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samedi 7 février 2026

Toyokuni III, Joueuse de shamisen


 Utagawa Kunisada (Toyokuni III, 1786-1862), Joueuse de shamisen se rendant à une  soirée
1856

De tous les élèves d'Utagawa Toyokuni, Kunisada fut incontestablement le plus prolifique, le plus influent et, au sein de sa génération, sauf peut-être Kuniyoshi, le plus doué. Sa carrière couvre un demi-siècle, depuis ses premières illustrations parues vers 1807, jusqu'à la suite extraordinaire de portraits d'acteurs en plan rapproché,  qu'il dessina peu avant sa mort, à 76 ans, et dans laquelle il montre toujours la même force. 
Il signa ses premières estampes Ichiyūsai Kunisada. Vers 1813,  il abandonna le gō Ichiyūsai pour celui de Gototei. Dans les années 1820, il en adopta un autre, Kochoro, qu'il conserva jusqu'en 1844. C'est alors qu'il s'attribua le nom de Toyokuni II, sans tenir compte du droit légitime de Toyoshige à le porter. Actuellement, pour éviter la confusion, on le dénomme Toyokuni III.
Estampes japonaises,  Collection des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 1989, p. 200.

jeudi 5 février 2026

Toyokuni I, Samouraï


Toyokuni I (1769-1825), Samouraï en armure, revêtu d'un manteau de paille
1810-1814

Fils d'un fabricant de poupées, élève d'Utagawa Toyoharu, Utagawa Toyokuni fut l'un  des plus brillants artistes novateurs des années 1790. Mais ce brio finit apparemment par freiner son imagination : il se retrouvera en effet esclave du renouveau qu'il avait inauguré dans le portrait d'acteur ; après 1800, la plupart de ses œuvres témoignent de ses tentatives plus ou moins réussies d'échapper aux conventions qu'il avait lui-même créées. Mais son originalité avait balayé une tradition et mis en place un autre style. Il vécut assez longtemps pour voir ses élèves perpétuer cette nouvelle orthodoxie.
Estampes japonaises,  Collection des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 1989, p. 148.

lundi 3 mars 2025

Eishōsai Chōki, La chasse aux lucioles


Eishōsai Chōki, La chasse aux lucioles la nuit
estampe, 1790
Exposition Contemplations japonaises - 17 janvier - 8 mars 2024
Puzzle - Thionville 

dimanche 2 mars 2025

Hiroshige, Vue de l'étang Shinobazu enneigé à Ueno


 Hiroshige, Vue de l'étang Shinobazu enneigé à Ueno
partie centrale du triptyque, 1846-1848
Exposition Contemplations japonaises - 17 janvier - 8 mars 2024
Puzzle - Thionville

jeudi 30 janvier 2025

Tamagawa Shūcho, La courtisane Nishikie de la maison Wakanaye


Tamagawa Shūcho (actif dans les années 1790), 
La courtisane Nishikie de la maison Wakanaye à sa toilette
Exposition Contemplations japonaises - 17 janvier - 8 mars 2024
Puzzle - Thionville
-
L'œuvre de Shūcho, très réduit, révèle un réel talent. Il est parfois considéré comme un élève d'Utamaro. Mais rien n'est moins certain, même si ses estampes montrent une influence du maître. En cela, il ne déroge pas à la règle générale : aucun artiste n'a échappé à l'ascendant d'Utamaro dans la seconde moitié de la décennie 1790. S'il avait été réellement son élève, il aurait selon l'usage  repris un idéogramme  du prénom d'Utamaro pour composer le sien. Se fondant précisément sur l'usage, certains spécialistes ont prétendu qu'il avait été l'élève de Bunchō ; mais c'est oublier que Bunchō  s'était retiré  de la scène de l'ukiyo-e longtemps avant sa mort, qui survint en 1794.
Estampes japonaises, Collection des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 1989, p. 133-134.

mardi 28 janvier 2025

Utamaro, La courtisane Takigawa


 La courtisane Takigawa, pensionnaire de la maison Gomeirō
oban - 367 x 235 mmm - fond micacé gris foncé, vers 1795
Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles

"Ce portrait en plan rapproché est l'un des plus audacieux de son époque par sa composition asymétrique. Il fait partie d'une suite de quatre, éditée par Takasu. On date en général cette suite des années 1795-1796, en raison, peut-être, de la raideur des personnages. Mais ce défaut pourrait être imputé au graveur de Takasu, dont c'est la seule prestation relative à l'œuvre d'Utamaro."
Estampes japonaises, Collection des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 1989, p. 124, n° 351. 

dimanche 26 janvier 2025

Utamaro, Mère et enfant


Cette estampe est, dans la catégorie mère et enfant, l'une des plus célèbres qu'Utamaro ait créées
(détail)
Exposition contemplations japonaises
estampes de Utamaro, Chōki, Eishi, Shūchō, Hokusai, Toyokuni, Hiroshige
17 janvier - 8 mars 2024
Puzzle - Thionville

mardi 21 janvier 2025

Yoshihiro, Femme au kimono aux blasons aux grues stylisées


 Yoshihiro (école d'Osaka), Femme au kimono aux blasons aux grues stylisées
estampe, vers 1840

lundi 20 janvier 2025

la lune de la montagne de Kintoki, estampe de Yoshitoshi


 Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892), La lune de la montagne de Kintoki
(Kintokiyama no tsuki), octobre 1890
une estampe de la série Cent aspects de la lune

La légende raconte qu'une jeune femme, abandonnée par son séducteur, un officier de la garde impériale, refusa le déshonneur et se suicida après avoir donné naissance à un fils. Cet enfant, trouvé abandonné à sa naissance, fut élevé dans la montagne sauvage d'Ashigara par la Femme des Bois, Yama-uba, la vieille femme des montagnes (un esprit féminin). L'enfant, appelé Kintaro, doué d'une force phénoménale, passa la plupart de son temps à s'ébattre et à lutter avec les animaux de la forêt.
Dans l'estampe de Yoshitoshi, Kintarō est vu regardant, amusé, la lutte entre un lièvre et un singe, comme deux sumotoris. Quand il eut grandi, il devint le guerrier très connu Sakata Kintoki.
Ce thème de Kintarō fut cher aux artistes ukiyo-e, à Utamaro plus qu'à tout autre, car il se plut à le représenter dans plus de cinquante estampes.

dimanche 19 janvier 2025

les estampes japonaises de Claude Monet à sa maison de Giverny




quatre estampes d'Utamaro


Kuniyoshi Utagawa (1798-1861), La rivière de cristal à Chidori dans la province de Mutsu
porteuse d'eau salée, cheveux au vent et la pipe à la bouche - oban-tate-e
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Geneviève Aitken, Marianne Delafond, La Collection d'estampes japonaises de Claude Monet, Maison de Monet à Giverny, Paris, La Bibliothèque des Arts, 1998, p. 126-127.

vendredi 29 août 2014

le poète Nakamaro contemplant la lune


"En cette même année 1830, ou dans des années qui la touche de très près, paraît Shika Shashinkiô, IMAGES DES POETES, une série de dix grandes impressions en couleur (H.50, L. 22 centimètres) qui, selon moi, est la série révélatrice du grand dessinateur et du puissant coloriste qu'est Hokousaï.
Dans ces dix compositions, du plus fier dessin, de la plus savante assurance dans le trait, la coloration de l'aquarelle qui les recouvre a une solidité, pour ainsi dire, un gras qui vous enlève toute impression d'un coloriage sur du papier, mais vous fait regarder ces images ainsi que vous regarderiez des panneaux recouverts de la plus sérieuse peinture à l'huile. Non, rien ne peut donner une idée de la grandeur, du pittoresque, de la couleur à la fois réelle et poétique des paysages en hauteur où se passent ces scènes lyriques.
Les titres de cette série de la plus grande rareté tantôt portent le nom d'un poète, tantôt le titre d'une poésie.
V. Sous un immense pin, au bord de la mer, au-dessus de rochers rouges ayant la forme accidentée de congélations, adossé à la balustrade d'une haute terrasse, dans un élégant mouvement de retournement de la tête en arrière, un homme contemple le ciel où brille la lune.
C'est le poète japonais Nakamaro, devenu ministre en Chine, qui a fait, en sa nouvelle patrie, un poème où il dit que, lorsque son âme se promène dans le ciel et qu'il voit cette lune qu'il a vue aux flancs de la montagne de Mikasa, près de Kasouga, cette lune le console, lui fait oublier les misères de l'existence, lui rappelle son Japon, - une pièce qui fut cause de sa disgrâce, par le témoignage qu'elle apportait de son attachement pour son ancienne patrie."
Edmond de Goncourt, Outamaro, Hokousaï. L'art japonais au XVIIIe siècle, U.G.E., 10/18, 1986, p. 247-248.
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Quand Abe no Nakamaro (698-770) eut seize ans, il accompagna un envoyé diplomatique japonais en Chine pour essayer d'obtenir les secrets du système inventé par les Chinois pour le calcul du temps. Les visiteurs furent reçus de manière amicale par l'empereur de Chine, mais il fut refusé à Nakamaro de retourner dans son pays natal. Bien que retenu captif en Chine pour le reste de sa vie, il devint un administrateur capable et par la suite gouverneur provincial.  A un moment de sa carrière, il composa un célèbre poème pour exprimer sa nostalgie du Japon.
Ama no hara furisake mireba
Kasuga naru
Misaka no yama ideshi tsuki kamo.
Quand je regarde la plaine du ciel, je m'émerveille :
Est-ce la même lune qui se levait
Par-dessus le Mont Mikasa à Kasouga ?
Matthi Forrer, Hokusai, Prints and Drawings, München, Prestel-Verlag, 1991, n° 69.

mercredi 27 août 2014

le fantôme de la résidence aux assiettes



Katsushika Hokusai (1760-1849)
Le Fantôme de la résidence aux assiettes
c. 1830 - 26,2 x 18,9 cm
La servante Okiku, au corps composé d'assiettes de Delft,
 sortant du puits où elle s'était jetée.
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"En 1830, paraissent en planches séparées : Hiakou monogatari, LES CENT CONTES : une série d'estampes fantomatiques, d'un caractère terrifique tout à fait extraordinaire et dont il n'a paru que cinq planches, peut-être à cause de l'effroi qu'elles causaient.
... une pâle tête de morte chevelue, à la bouche ouverte d'où un soupir se dessine sur le ciel noir comme le dessin d'un souffle sur de l'air glacé, et le haut du corps sortant d'un puits formé comme des anneaux d'un serpent et qui sont un enchaînement d'assiettes vertes. C'est l'apparition de la petite Okikou dont j'ai raconté l'histoire dans la MANGWA."
"La servante Okikou était dans une maison où il y avait dix précieuses assiettes, et elle eut le malheur d'en casser une. Et le propriétaire des assiettes adressa des reproches si durs à la fillette qu'elle se jeta dans un puits. Or, depuis ce jour, elle revient toutes les nuits au-dessus du puits et, de la maison où est le puits et des maisons voisines, on l'entend dire, l'une après l'autre, les légendes des assiettes, puis, arrivée à la dixième, à celle qu'elle a cassée, on l'entend, cette fois, pousser un sanglot si déchirant, si déchirant que le voisinage a dû charger un prêtre de la faire monter au ciel par ses prières."
Edmond de Goncourt, Hokousaï, 1896.
Edmond de Goncourt, Outamaro, Hokousaï. L'art japonais au XVIIIe siècle, U.G.E., collection 10/18, 1986, p. 245-246 et p. 206-207 pour l'histoire d'Okikou.

mardi 26 août 2014

les estampes japonaises dans "Manette Salomon"







"Coriolis feuilletait toujours [des albums d'estampes japonaises] : et devant lui passaient des femmes, les unes dévidant de la soie cerise, les autres peignant des éventails ; des femmes buvant à petites gorgées dans des tasses de laque rouge ; des femmes interrogeant des baquets magiques ; des femmes glissant en barque sur des fleuves, nonchalamment penchées sur la poésie et la fugitivité de l'eau. Elles avaient des robes éblouissantes et douces, dont les couleurs semblaient mourir en bas, des robes glauques à écailles, où flottait comme l'ombre d'un monstre noyé, des robes brodées de pivoines et de griffons, des robes de plume, de soie, de fleurs et d'oiseaux, des robes étranges, qui s'ouvraient et s'étalaient au dos, en ailes de papillon, tournoyaient en remous de vague autour des pieds, plaquaient au corps, ou bien s'en envolaient en l'habillant de la chimérique fantaisie d'un dessin héraldique. Des antennes d'écaille piquées dans les cheveux, ces femmes montraient leur visage pâle aux paupières fardées, leurs yeux relevés au coin comme un sourire ; et accoudées sur des balcons, le menton sur le revers de la main, muettes, rêveuses, elles semblaient ronger leur vie, en mordillant un bout de leur vêtement."
Edmond et Jules de Goncourt, Manette Salomon, Gallimard, collection Folio, 1996, p. 262-263.
J'ai illustré le texte des Goncourt avec des estampes de Kunichica et de Yoshitoshi.

Edmond de Goncourt et Utamaro


Utamaro, L'Heure du Singe
de la série Les douze heures des maisons vertes, c. 1794
-
"De toutes ces séries, la plus joliment parlante aux yeux est la série intitulée Seirô jûnitoki, qui se traduit par les : DOUZE HEURES DES MAISONS VERTES. Oui, les douze heures du Japon répondant aux vingt-quatre heures de l'Europe, oui, l'heure de la Souris, qui est minuit ; l'heure du Bœuf, qui est deux heures ; l'heure du Tigre, qui est quatre heures ; l'heure du Lapin, qui est six heures ; l'heure du Dragon, qui est huit heures ; l'heure du Serpent, qui est dix heures ; l'heure du Cheval, qui est midi ; l'heure du Mouton, qui est deux heures ; l'heure du Singe, qui est quatre heures ; l'heure du Coq, qui est six heures ; l'heure du Chien, qui est huit heures ; l'heure du Sanglier, qui est dix heures ; - ces douze heures japonaises, Outamaro les a symbolisées en d'élégantes attitudes et de charmants groupements de femmes.
Et jamais Outamaro n'a eu une linéature plus délicate de la femme, en ses mouvements de grâce, que dans cette série, en même temps que le peintre des belles robes de l'Orient, n'a jamais montré en ces femmes, comme habillées des couleurs lumineuses de l'anémone, un goût d'habillement plus distingué, et n'a fait nulle part un choix plus original des soieries, aux douces et chatoyantes couleurs. Des roses, d'un rose si peu rose, qu'ils semblent s'apercevoir à travers un tulle, des mauves se dégradant si joliment en gorge de pigeon, des verts de la nuance vert d'eau, des bleus, bleutés seulement du rien d'un linge passé au bleu, et toute une série de gris indicibles, des gris qui semblent teintés de reflets lointains, tout à fait lointains, de couleurs voyantes."
Outamaro, le peintre des maisons vertes, 1891.
Edmond de Goncourt, Outamaro, Hokousaï. L'art japonais au XVIIIe siècle, U.G.E., collection 10/18, 1986, p. 40.

jeudi 14 août 2014

Cao Zheng le boucher, estampe de Kuniyoshi


"Votre serviteur est originaire de Kai-feng-fu et disciple de l'instructeur Lin Chong, des Huit cent mille gardes. Mon nom est Cao, mon prénom, Zheng. descendant d'une ligné de bouchers, votre serviteur s'entend à l'abattage du bétail et sait si bien découper et trancher, désosser et racler, dépecer et dépouiller les bêtes, qu'on l'a surnommé le Démon-du-couperet."
Shi Nai-an, Au bord de l'eau I, Folio, p. 417.
Pour l'illustration :
Inge Klompmakers, o.c., p. 63 n° 11. Dans cette estampe, des oiseaux sont suspendus au plafond au fond à gauche ; un large couteau et de la viande sont disposés sur une table ; Cao Zheng est tatoué avec des images de poissons, d'une pieuvre et d'une seiche.

Tang Long le forgeron, estampe de Kuniyoshi


" Votre serviteur se nomme Tang Long. mon père était commandant de camp à Yan-an-fu, et son habileté comme forgeron lui avait fait troiver un emploi au service de son S.E. le grand marescalier (1) Zhong l'Ancien ; il est mort il y a quelques années alors qu'il occupait cette charge. Votre serviteur, qui aime le jeu, a trimardé un peu partout parmi les rivières et les lacs... Finalement, je me suis provisoirement établi ici, où je gagne ma vie comme forgeron. Mais si une passion me tient jusqu'aux moelles, c'est bien celle des arts martiaux."
1. Marescalier, officier chargé de la garde des frontières.
Shi Nai-an, Au bord de l'eau II, collection Folio, p. 402.
Pour l'illustration :
Inge Klompmakers, o.c., p. 107 n° 29. Dans cette estampe, Tang Long est montré exerçant son métier. Il inspecte une barre qu'il vient de forger pour voir si elle est droite. Une enclume et des armes forgées apparaissent  en bas à gauche et un petit feu de charbon brûle en bas à droite. 

mercredi 13 août 2014

la traversée du fleuve Abe


Un portefaix-passeur du fleuve Abegawa guettant le client sur le chemin menant au gué avait déjà avisé nos deux voyageurs.
"Vos Seigneuries montent sur la capitale, je présume ?
- Mais d'abord, qui es-tu, toi ? s'effarouche Yajirobei.
- Le passeur de fleuve, pour vous servir. Prenez-moi, je prends pas cher !
- Combien ? s'enquiert Kitahachi.
 Dame, c'est qu'avec les pluies d'hier, les eaux sont ben hautes, on est à soixante-quatre mailles.
- Ah, mais c'est bien cher ! s'insurge Kitahachi.
- Mais enfin ! Voyez vous-mêmes les eaux ! repartait imperturbable le passeur emmenant ces clients méfiants jusqu'au bord du fleuve.
- Oui, en effet ! Voilà un courant bien impétueux ! admet Yajirobei. N'allez pas nous y faire choir !
- Cela ne craint rien ! Allons ! tournez-vous !"
Et hop, il les ramasse tous deux, chacun sur une épaule, et s'engage hardiment dans le flot.
"Doux Amida ! Doux Amida ! Je me sens gagné de vertige ! s'effarouche Kitahachi.
- Prenez bien appui sur ma tête, conseille le passeur. Ah !mais ne mettez donc  pas vos mains ainsi devant mes yeux ! Je ne vois plus l'autre rive !
- C'est que ça devient profond ! s'alarme Yajirobei. Ne nous faites pas tomber, vous !
- Tomber ? Je connais mon boulot !
- Mais si d'aventure vous nous laissiez tomber, qu'arriverait-il ? insiste Yajirobei qui désire savoir.
- Cela ne fait aucun doute que vous seriez emportés, comme ça, par le courant !
- Pensez-vous que nous nous laisserions entraîner ! Victoire !Nous voilà rendus ! Merci, grand merci !"
Ils descendent des épaules du passeur et lui règlent son dû.
"Tenez, et seize mailles de pourboire en sus ! consent Yajirobei encore tout pantelant.
- Alors là, bien merci à vous !"
Et tout en continuant à remercier, le passeur se dirige un peu en amont, là où il savait le fleuve particulièrement peu profond, et repasse sur l'autre rive.
" Ce n'est pas croyable, Yaji ! Il nous a emmenés où c'était profond pour nous extorquer soixante-quatre mailles!"
Jippensha Ikkû (1765-1831), A pied sur le Tôkaidô, Éditions Philippe Picquier, collection de Poche, 1998, p. 217-218.
Pour l'illustration :
Gisèle Lambert, Jocelyn Bouquillard, Le Tôkaidô de Hiroshige, Paris, Bibliothèque de l'Image, 2002, p. 40, 19e relais : Fuchû. Traversée du fleuve Abe à gué par des porteurs spécialisés, les kumosuke, seulement vêtus d'un pagne. 

lundi 11 août 2014

Wu Yong, l'Astre-de-sapience, estampe de Kuniyoshi


"Quant à l'inconnu, il avait tout l'air d'un clerc : coiffé d'une toque tubulaire descendant sur le front jusqu'aux sourcils ; vêtu d'une ample tunique de toile de chanvre à ourlet noir, serrée à la taille par une ceinture couleur thé, à breloques ; portant tricouses (guêtres) de soie et chausses immaculées, l'homme, qui avait des sourcils de forme exquise, des yeux magnifiques, le teint clair, et une longue barbe, n'était autre que l'Astre-de-sapience, Wu Yong ; son nom social était Xue-jiu, le Clerc ; son nom de taoïste était Maître-de-plus-grande-clarté."
Shi Nai-an, Au bord de l'eau I, Folio, p. 358.
Pour l'illustration :
Inge Klompmakers, Of brigands and bravery : Kuniyoshi's heroes of the Suikoden, Amsterdam, Hotei Publishing, 2003, p. 59, n° 9. Les vêtements de Wu Yong sont décorés de dragons et d'oiseaux. La façon dont Kuniyoshi rend la tête de Wu Yong, visible à travers une coiffe diaphane, est particulièrement belle. 

Zhu Gui, les yeux et les oreilles du capitaine Wang, estampe de Kuniyoshi


"Votre serviteur est, pour ainsi parler, les yeux et les oreilles du capitaine Wang. Mon nom est Zhu, mon prénom, Gui. Je suis originaire de la sous-préfecture de Yi-shui de la circonscription de Yi-Zhou. Parmi les rivières et les lacs, tout le monde a donné à votre petit frère le surnom de Caïman-sur-le-sec... Les chefs du repaire m'ont fait ouvrir ici une taverne. Pur prétexte, car je suis tout spécialement chargé de prendre des renseignements sur les voyageurs et les marchands qui passent par ici. Dès qu'il y a de l'argent et des pièces de soie en vue, je vais avertir la bande du repaire.
(Zhu Giu va aider Lin Chong a atteindre le repaire des bandits en faisant venir une barque).
Zhu Gui, au pavillon du bord des eaux, fit glisser la fenêtre, prit un arc peint orné de pies, y plaça une sagette sonore et, visant sur l'autre rive certain lieu de joncs brisés et de roseaux coupés, décocha son trait.
"Qu'est-ce que cela signifie ? demanda Lin Chong.
- Ces flèches sont sonores et servent de signal au repaire de montagne. Dans un moment, une barque va venir nous chercher."
Shi Nai-an, Au bord de l'eau I, Gallimard, Folio, p. 299-301.
Pour l'illustration :
Inge Klompmakers, Of brigands and bravery..., p. 55, n° 7.



le redoutable guerrier Hua Rong, estampe de Kuniyoshi


"Hua Rong ajusta sa flèche, banda l'arc, visa en se concentrant et, le moment venu, décocha son trait... Il atteignit effectivement la troisième oie sauvage, qui alla choir  au bas de la falaise. On ordonna aux gardes de courir la ramasser et quand ils la rapportèrent, force fut de constater que la flèche lui avait transpercé la tête, très exactement."
Shi Nai-an, Au bord de l'eau vol. I, Gallimard, collection Folio, 1997, chap. XXXV, p. 900.
Pour l'illustration :
Inge Klompmakers, Of brigands and bravery : Kuniyoshi's heroes of the Suikoden, Amsterdam, Hotei Publishing, 2003, p. 87. La façon dont Hua Rong tient son arc est inhabituelle : la corde de l'arc est dessinée sur le côté gauche du bras droit, ce qui serait très difficile pour tirer une flèche avec la main droite. L'influence de l'art occidental dans cette œuvre de Kuniyoshi est déjà visible dans les blanches formations de nuages.