"Le
chardon est une mauvaise plante qui pousse facilement dans les céréales et qui
fait beaucoup de tort à l'agriculture.
C'est
très utile de détruire le chardon qui se trouve dans les champs. On fait cet
ouvrage au mois de mai quand les céréales ne sont pas trop grandes ; c'est très
bon de faire la guerre au chardon car, si on n'y veille, il a bientôt fini
d'envahir une contrée comme les Allemands.
Avant
la guerre, le Préfet de la Meuse envoyait un ordre dans toutes les communes
d'opérer l'échardonnage ; les habitants ne l'exécutaient pas trop, car on ne
punissait pas souvent, mais le chardon qu'on laissait, lui, punissait les négligents,
surtout au moment de la moisson.
Maintenant
que nous sommes envahis par les ennemis, il faut bien qu'on les écoute, il faut
leur obéir ou alors gare aux amendes !
Le
travail n'est pas bien fait quand même ; d'abord les Allemands, tout malins
qu'ils se font, ont fait commencer cette tâche trop tard et cela déchire les céréales
qui sont déjà grandes. De plus, comme nous savons que la récolte est pour eux,
nous travaillons le plus mal possible : inutile de travailler pour le roi de
Prusse !
Je
voudrais bien que les Allemands soient partis et que l'on reçoive des ordres du
Préfet de la Meuse. Je vous assure que cette fois on les exécuterait d'un bon cœur."
La rédaction du mercredi 7 juin 1916 de René Henrion, élève de 12 ans d'un village meusien occupé par les Allemands.
La rédaction du mercredi 7 juin 1916 de René Henrion, élève de 12 ans d'un village meusien occupé par les Allemands.
Les Instituteurs meusiens, témoins de l'occupation allemande, 1914-1918, Bar-le-Duc, Conseil général de la Meuse, 2003, p. 184-185.



















