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jeudi 3 avril 2025

Nerval dans Solénoïde de Mircea Cărtărescu


Gérard de Nerval par Nadar
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Dans son  grand roman  Solénoïde, collection Points Signatures, Cărtărescu a inséré  des extraits du célèbre poème de Gérard de Nerval : El Desdichado.

"Mais de même que tout succès  dans la vie cache un échec et que chaque échec camoufle un succès, il te faut peut-être deux mains pour écrire un texte qui ne se veut pas seulement distraction, consolation ou hypnose. L'une d'elles est à celui qui écrit penché sur le manuscrit, l'ombrant et le dominant de son autorité, l'autre est au ténébreux, à l'anonyme inconsolé qui, se trouvant dans le manuscrit, sous la page qu'il est le premier à écrire, la remplit par en dessous avec ses propres signes, la colorie avec ses images, tapi sous le plafond, comme Michel-Ange sur son échafaudage de planches, la peinture lui coulant sur les yeux et la figure, peignant des personnes étranges sur le ciel intérieur de la chapelle" (p. 589).
Mircea Cărtărescu expose ici deux conceptions de la littérature.

"Vaschide n'essaya pas de la retrouver [Chloé] : la femme était littéralement sortie de son esprit. Il ne poursuivit pas non plus ses expériences sur les rêves — le lieu géométrique où le sexe s'allie au cerveau, et où le cœur est écarté du jeu — , car il était allé dans la Caverne où nage la Sirène" (p. 700).
Dans le poème de Nerval, c'est la grotte où nage la syrène. Dans certaines éditions on a sirène.

"Mais ce qui allait pour elle et pour nous, plus tard, ce qu'il allait advenir de notre monde plus triste que tous ceux  jamais imaginés sous le soleil noir de la mélancolie, nous ne pouvions pas le voir : la solution de l'énigme, la réponse donnée au Sphinx, la disposition finale des pièces du puzzle les unes dans les autres sortait du cadre immatériel de la bulle de savon, car cela n'entrait pas , à cet instant-là, dans les sept saintes longueurs d'onde de notre vision intérieure adossées à la courbure de la bulle de savon, c'était de l'infravie et de l'ultradestin, c'était la main qui dessine une autre main qui sort de la page et dessine la première, dans une suite sans fin" (p. 863-864).

On peut aussi signaler qu'il a repris la seconde phrase du début d'Aurélia
"Nous avons l'enfer en nous, nous avons aussi le paradis, la porte en corne  mais aussi la porte d'ivoire, nous avons à choisir entre plusieurs sorties, entre d'innombrables sorties, car innombrables sont les portes rouges, descendant sur des milliers d'étages, dans l'édifice hypogéique [hypogée] de notre esprit" (p. 786).
Voici la seconde phrase du début  d'Aurélia de Nerval : "Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible."

Le nom de Nerval est cité par Mircea Cărtărescu, accompagné d'autres auteurs :
"Les romantiques avaient découvert cinquante ans plus tôt le rivage perdu du rêve et de l'enfance. Achim et Bettina von Arnim, Jean Paul, Hoffmann, Chamisso, Nerval.. Poe... Ils avaient souvent écrit à tort et à travers, mais ils avaient su saisir, comme une petite flamme qui s'élève du bois humide, la grande lumière du rêve" (p. 683).

"Dès les bancs de la faculté, où il avait étudié Schopenhauer et Nietzsche et où il avait lu Nerval, Barbey d'Aurevilly et Baudelaire, Nicolas Vaschide avait compris le mécanisme du rêve et perçu ses détails scintillants, tout comme Tesla pouvait visualiser ses moteurs à courant alternatif, rendus concrets en l'air, pièce par pièce, sous ses yeux" (p. 685). 
À ma connaissance, n'est point évoqué le mécanisme du rêve dans les œuvres romanesques de Barbey d'Aurevilly. 

"Tu n'as pas choisi au hasard Le Musée noir, ni Malpertuis, ni les poèmes de Nerval, ni Malte Laurids Brigge, ni Le Horla, ni Maldoror, ni le génial texte du Président Schreiber, ni Blecher, ni Kavafis, ni le maître des rêves, Kafka..." (p. 882).

"Vers le plus obscur de ces cinémas menait un passage qui abritait aussi un photographe et un atelier de remaillage de collants pour dames. Au bout de ce passage s'ouvrait une placette, et la salle se trouvait là, à l'arrière, avec son entrée bordée de deux vitrines étroites remplies d'antiques photographies. Les portes étaient grandes ouvertes, comme toutes les autres dans tout le centre-ville qu'on  aurait dit abandonné pour toujours. Le nom de ce cinéma, auquel je n'avais jamais prêté attention avant, était La Chimère" (p. 940). 
C'est évidemment en référence au recueil poétique Les Chimères de Nerval que Mircea Cărtărescu a choisi le nom de ce cinéma.

mardi 1 avril 2025

Gérard de Nerval, un écrivain féministe

"J'avais déjà séjourné là dans quelque autre existence, et je croyais reconnaître les profondes grottes d'Ellorah. Peu à peu un jour bleuâtre pénétra dans le kiosque et y fit apparaître des images bizarres. Je crus alors me trouver au milieu d'un vaste charnier où l'histoire universelle était écrite en traits de sang. Le corps d'une femme gigantesque était peint en face de moi, seulement ses diverses parties étaient tranchées comme par le sabre ; d'autres femmes de races diverses  et dont les corps dominaient de plus en plus, présentaient sur les autres murs un fouillis sanglant de membres et de têtes, depuis les impératrices et les reines jusqu'aux plus humbles paysans [paysannes ?]. C'était l'histoire de tous les crimes, et il suffisait de fixer les yeux sur tel ou tel point pour voir s'y dessiner une représentation tragique.  — Voilà, me disais-je, ce qu'a produit la puissance déférée aux hommes. Ils ont peu à peu détruit et tranché en mille morceaux  le type éternel de la beauté, si bien que les races perdent de plus en plus en force et perfection... Et je voyais, en effet, sur une ligne d'ombre qui se faufilait par un des jours de la porte, la génération descendante des races de l'avenir."
Gérard de Nerval, Aurélia,  précédé des Illuminés et de Pandora, Le Livre de Poche Classique, 1999, p. 471-472.

dimanche 4 juin 2023

qu'un livre dans sa poche !

"Gardez-vous d'un homme qui n'a qu'un livre dans sa poche."

Gérard de Nerval, Histoire de l'abbé de Bucquoy, Les Illuminés, Le Livre de Poche Classique, 1999, p. 131.

vendredi 11 septembre 2020

le soleil noir de la mélancolie...


 Le soleil noir de la mélancolie...
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"Porte le Soleil noir de la Mélancolie" est le quatrième vers du sonnet El Desdichado de Gérard de Nerval, de 1853.


Melencolia I  est le nom d'une gravure de Dürer, de 1516. Cette gravure est évoquée dans le Voyage en Orient de Nerval :
"Le soleil noir de la mélancolie, qui verse des rayons obscurs sur le front de l'ange rêveur d'Albert Dürer, se lève aussi parfois aux plaines lumineuses du Nil, comme sur les bords du Rhin, dans un froid paysage d'Allemagne."
On retrouve une autre évocation de la gravure de Dürer dans Aurélia du même auteur :
"Je pus le contempler un instant. Il était coloré de teintes vermeilles, et ses ailes brillaient de mille reflets changeants. Vêtu d'une robe longue à plis antiques, il ressemblait à l'ange de la Mélancolie d'Albrecht Dürer."

vendredi 12 décembre 2014

les 20 livres qui ont changé votre vie

Hier, l'émission  La Grande Librairie sur France 5, présentée par François Busnel, a dévoilé le palmarès des vingt livres qui ont changé la vie des fidèles de cette émission.
 1. Saint-Exupéry (Antoine de), Le Petit Prince.
 2. Camus (Albert), L'Etranger.
 3. Céline (Louis-Ferdinand), Voyage au bout de la nuit.
 4. Vian (Boris), L’Écumé des jours.
 5. Proust (Marcel), A la recherche du temps perdu.
 6. Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes.
 7. Coelho (Paulo), L'Alchimiste.
 8. Cohen (Albert), Belle du seigneur.
 9. Garcia Marquez (Gabriel), Cent ans de solitude.
10. Baudelaire (Charles), Les Fleurs du mal.
11. Camus (Albert), La Peste.
12. Rowling (Joanne K.), Harry Potter.
13. Orwell (George), 1984.
14. Irving (John), Le Monde selon Garp.
15. Dostoïevski (Fiodor), Crime et châtiment.
16. Tolkien (John Ronald R.), Le Seigneur des anneaux.
17. Süskind (Patrick), Le Parfum.
18. Anne Frank, Journal ou Le Journal d'Anne Frank.
19. Flaubert (Gustave), Madame Bovary.
20. Hugo (Victor), Les Misérables.
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Pour commenter les livres du palmarès, François Busnel était entouré des auteurs Boris Cyrulnik, Marie-Hélène Lafon, Amélie Nothomb, Jean d'Ormesson, Erik Orsenna, Jean Teulé, de la  comédienne Dominique Blanc, des comédiens François Cluzet, Robin Renucci.
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Le livre qui a changé ma vie et qui m'a fait prendre un chemin de traverse pendant quelques années :
Giono (Jean), Que ma joie demeure.
Je peux ajouter d'autres livres : la première partie du Don Quichotte de Cervantès et dans une moindre mesure La Peste d'Albert Camus, Sylvie de Gérard de Nerval, Le Pays où l'on n'arrive jamais d'André Dhôtel, Les Illusions perdues d'Honoré de Balzac, L'Erreur de Narcisse de Louis Lavelle, etc.

samedi 9 octobre 2010

l'oiseau Hud-Hud


La huppe en porcelaine de Meissen

La huppe de Béni Hassan
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" La princesse sourit, et prit sur son poing l'oiseau Hud-Hud, que les courtisans contemplèrent avec une vive curiosité.
Il n'est pas d'oiseau plus illustre ni plus respecté dans tout l'Orient. Ce n'est point pour la finesse de son bec noir, ni pour ses joues écarlates ; ce n'est pas pour la douceur de ses yeux gris de noisette, ni pour la superbe huppe en menus plumages d'or qui couronnent sa jolie tête ; ce n'est pas non plus pour sa longue queue noire comme du jais, ni pour l'éclat de ses ailes d'un vert doré, rehaussé de stries et de franges d'or vif, ni pour ses ergots d'un rose tendre, ni pour ses pattes empourprées, que la sémillante Hud-Hud était l'objet des prédilections de la reine et de ses sujets. Belle sans le savoir, fidèle à sa maîtresse, bonne pour tous ceux qui l'aimaient, la huppe brillait d'une grâce ingénue sans chercher à éblouir."
Gérard de Nerval dans Oeuvres tome II, Voyage en Orient, Les Nuits du Ramazan, ch. III, Le Temple, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1956, p. 528.

mercredi 22 septembre 2010

le repos de la Sainte Famille à Matariyya, Le Caire


Le repos de la Sainte Famille au pied du sycomore fendu
Shagarat Mariam - Al-Matariyya
Le Caire
(photo JLJ)
sur la fresque, peinte sur un mur concave, on voit l'obélisque de Sésostris 1er
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En février 2001, j'ai voulu aller voir l'endroit de l'une des stations de la Sainte Famille lors de de sa fuite en Egypte. Devant la gare Ramsès du Caire, j'ai pris un vieux tramway, lent, aux ressorts très fatigués, pour Héliopolis, avec arrêt à Matariyya. L'endroit de cette station est un enclos sacré copte renfermant un sycomore planté en 1670 pour remplacer l'ancien arbre de la Vierge, mort quelques années auparavant. La Sainte Famille se serait reposée au pied du sycomore près duquel coulait une source d'eau douce. La légende raconte que c'est l'Enfant Jésus qui aurait fait jaillir cette source d'eau douce, unique dans la région.
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Voici ce que raconte Gérard de Nerval dans son Voyage en Orient :
"Le jardinier qui veille à la conservation du dernier monument de cette cité illustre (l'obélisque d'Héliopolis) ... m'a donné un de ses fellahs pour me conduire à Matarée. Après quelques minutes de marche dans la poussière, j'ai retrouvé une oasis nouvelle, c'est-à-dire un bois tout entier de sycomores et d'orangers ; une source coule à l'entrée de l'enclos, et c'est, dit-on, la seule source d'eau douce que laisse filtrer le terrain nitreux de l'Egypte. Les habitants attribuent cette qualité à une bénédiction divine. Pendant le séjour que la sainte famille fit à Matarée, c'est là, dit-on, que la Vierge venait blanchir le linge de l'Enfant-Dieu.
Il reste à voir encore dans le bois le sycomore touffu sous lequel se réfugia la sainte famille, poursuivie par la bande d'un brigand nommé Disma. "
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Shagarat Mariam - Al-Matariyya : billet d'entrée 6 L.E. pour les touristes étrangers (tourisme équitable ...), 1 L.E. pour les Coptes Égyptiens.

vendredi 27 août 2010

voiles blanches et blanches colombes

Est-ce Gérard de Nerval qui, pour la première fois, a comparé les voiles des bateaux à des colombes ? Dans Corilla, j'ai noté cette belle phrase : " ... la mer noircissait dans le golfe, et les voiles blanches se hâtaient vers la terre comme des colombes attardées...(1)." De plus, écrire voiles pour bateaux c'est faire une synecdoque, prendre la partie pour le tout. Pendant longtemps j'ai cru que c'était Paul Valéry qui, dans la célèbre première strophe du Cimetière marin, avait comparé pour la première fois les voiles des bateaux à des colombes : " Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer, toujours recommencée ! O récompense après une pensée Qu'un long regard sur le calme des dieux ! " Ce toit tranquille étant la mer. Peut-être qu'à l'époque de Valéry, cette comparaison était déjà un poncif.
1. Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Le Livre de poche classique (édition de Michel Brix), 1999, p. 95.

jeudi 12 août 2010

la presse

" La polémique fait la puissance de la presse et détermine son utilité. "
Gérard de Nerval

vendredi 6 août 2010

rats de bibliothèque

" Ah ! faites bien attention à ces livres du fonds de Saint-Germain-des-Prés, à cause des rats... On en a signalé tant d'espèces nouvelles sans compter le rat gris de Russie venu à la suite des Cosaques. Il est vrai qu'il a servi à détruire le rat anglais ; mais on parle à présent d'un nouveau rongeur arrivé depuis peu. C'est la souris d'Athènes. Il paraît qu'elle peuple énormément, et que la race en a été apportée dans des caisses envoyées ici par l'université que la France entretient à Athènes. "
Gérard de Nerval, Angélique, Les Filles du feu, Le Livre de Poche Classique, 1999, p. 148.

jeudi 5 août 2010

L'Histoire du Sr. Abbé Comte de Bucquoy

Histoire de l'abbé de Bucquoy, livre mis aux enchères

" Samedi dernier, à sept heures, je revenais de Soissons, où j'avais cru pouvoir trouver des renseignements sur les Bucquoy, afin d'assister à la vente, faite par Techener (1), de la bibliothèque de M. Maréchal, bibliophile messin, qui dure encore... Une vente de livres ou de curiosités a, pour les amateurs, l'attrait d'un tapis vert. Le râteau du commissaire, qui pousse les livres et ramène l'argent, rend cette comparaison fort exacte. Les enchères étaient vives. Un volume isolé parvint jusqu'à six cents francs. A dix heures moins un quart, l'Histoire de l'abbé de Bucquoy fut mise sur la table à vingt-cinq francs... A cinquante-cinq francs, les habitués et M. Techener lui-même abandonnèrent le livre : une seule personne poussait contre moi. A soixante-cinq francs, l'amateur a manqué d'haleine. Le marteau du commissaire priseur m'a adjugé le livre pour soixante-six francs. On m'a demandé ensuite trois francs vingt centimes pour les frais de la vente. J'ai appris depuis que c'était un délégué de la Bibliothèque nationale qui m'avait fait concurrence jusqu'au dernier moment. "
 (1) Jacques-Joseph Techener, le plus renommé des libraires parisiens de l'époque de Nerval, exerçant 18 place du Louvre, ayant fondé le Bulletin du bibliophile.
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" Le livre que je viens d'acheter à la vente Maréchal vaudrait beaucoup plus de soixante-six francs vingt centimes, s'il n'était cruellement rogné. La reliure, toute neuve, porte en lettres d'or ce titre attrayant : Histoire du sieur abbé comte de Bucquoy, etc. La valeur de l'in-12 vient peut-être de trois maigres brochures en vers et en prose, composées par l'auteur, et qui étant d'un plus grand format, ont les marges coupées jusqu'au texte, qui cependant reste lisible.
Le livre a tous les titres cités déjà qui se trouvent énoncés dans Brunet, dans Quérard et dans la Biographie de Michaud. En regard du titre est une gravure représentant la Bastille, avec ce titre au-dessus : L'Enfer des vivants, et cette citation : Facilis descensus Averni (Il est facile de descendre à l'Averne, Virgile, Enéide, VI, 126). "
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- Gérard de Nerval, "Angélique", dans Les Filles du feu, Le Livre de Poche classique, 1999, p. 221 et 227, avec les rectifications données par les notes.
En plus :
- Gérard de Nerval, "Histoire de l'Abbé de Bucquoy", dans Les Illuminés, Le Livre de Poche classique, 1999.
- Gérard de Nerval, Les Faux Saulniers, dans Oeuvres complètes tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1984, p. 4-7 et 114-115.

mercredi 4 août 2010

le capharnaüm de Nerval

" J'ai trouvé là tous les débris de mes diverses fortunes, les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans. C'est un capharnaüm comme celui du docteur Faust. Une table antique à trépied aux têtes d'aigle, une console soutenue par un sphinx ailé, une commode du dix-septième siècle, une bibliothèque du dix-huitième, un lit du même temps, dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas rouge ; une étagère rustique chargée de faïences et de porcelaines de Sèvres ; un narguilé rapporté de Constantinople, une grande coupe d'albâtre, un vase de cristal ; des panneaux de boiseries provenant de la démolition d'une vieille maison que j'avais habitée, et couverts de peintures mythologiques ; deux grandes toiles dans le goût de Prudhon, représentant la Muse de l'histoire et celle de la comédie.
Mes vêtements arabes, mes deux cachemires industrieusement reprisés, une gourde de pèlerin, un carnier de chasse.
Au-dessus de la bibliothèque s'étale un vaste plan du Caire ; une console de bambou, dressée à mon chevet, supporte un plateau de l'Inde vernissé.
Un petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l'Amour, des trumeaux de chasseresses et de satyres, et une flèche que j'avais conservée en mémoire des compagnies de l'arc du Valois.
Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie, à réjouir les ombres de Pic de la Mirandole, du sage Meursius et de Nicolas de Cusa, - la tour de Babel en deux cents volumes,  - on m'avait laissé tout cela !"
Gérard de Nerval, "Aurélia", dans Œuvres tome I, Bibliothèque de la Pléiade, 1952, p. 405-406.

dimanche 25 juillet 2010

Pückler-Muskau et Nerval

Graffiti PÜKLER MUSKAU
croix et croissant
sur une colonne du Ramesseum
Louxor
et au Soudan comportent le C de Pückler.
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" Je serais toutefois plus Allemand encore que vous ne pensez si j'avais intitulé la présente épître : Lettre d'un mort, ou Extraits des papiers d'un défunt, d'après l'exemple du prince Puckler-Muskau.
C'est pourtant ce prince fantasque et désormais médiatisé, qui m'avait donné l'idée de parcourir l'Afrique et l'Asie. Je l'ai vu un jour passer à Vienne, dans une calèche que le monde suivait. Lui, aussi, avait été cru mort, ce qui donna sujet à une foule de panégyriques et commença sa réputation ; - par le fait, il avait traversé deux fois le lac funeste de Karon, dans la province égyptienne du Fayoum. Il ramenait d'Egypte une Abyssinienne* cuivrée qu'on voyait assise sur le siège de sa voiture à côté du cocher. La pauvre enfant frissonnait sous son habbarah quadrillé, en traversant la foule élégante, sur les glacis et les boulevards de la porte de Carinthie, et contemplait avec tristesse le drap de neige qui couvrait les gazons et les longues allées d'ormes poudrés à blanc."
Gérard de Nerval, Lorely, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Œuvres tome II, 1956, p. 741.

 * Mahbouba (la Bien-Aimée) mourut de la tuberculose en 1840.

somnambulisme

En lisant le Carnet du Caire de Gérard de Nerval, je tombe sur le mot somnamb (1). Somnambule ou somnambulisme ? Pérégrinus était-il somnambule ?
Dans ma jeunesse, j'ai eu trois accès de somnambulisme. Le dernier à l'âge de seize ans. Ce fut pendant les vacances d'été 1957. J'avais réussi à me faire embaucher dans une ferme de l'île de Majorque pour gauler les amandes. J'étais nourri (bien faiblement) et logé (peu confortablement) à l'étage dans une sorte de grenier avec un ouvrier agricole du prénom de Pablo. Nous avions chacun un lit placé aux angles de la pièce, et dormions en slip, le corps recouvert d'un drap, tellement les nuits étaient étouffantes. Une nuit (c'est ce qu'on m'a raconté le lendemain matin), je me suis levé, recouvert de mon drap, ouvert la porte de ce dortoir rustique et resté quelques instants sur le palier de l'escalier extérieur en bois. En rentrant dans la pièce, Pablo, réveillé par les craquements du plancher, le grincement de la porte, poussa un petit cri en croyant voir un fantôme se détachant dans la clarté lunaire de l'encadrement de la porte. J'ai refermé la porte et je me suis recouché. Le lendemain, au petit déjeuner collectif, Pablo raconta avec amusement mon dernier accès de somnambulisme.
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(1) Gérard de Nerval, Oeuvres complètes, tome II, nouvelle édition, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1984, p. 853.

vendredi 16 juillet 2010

Nerval n'a pas visité Cythère

Dans la présentation et une note de son édition à Sylvie de Gérard de Nerval (LGF, 1999), Marie-France Azéma écrit : " La référence au tableau de Watteau L'Embarquement pour Cythère (1717) se combine au rappel de la visite que fit Nerval à cette île, relatée dans Voyage en Orient".
Or, tout nervalien sait que Gérard n'a pas visité Cérigo (Cythère).
Comme l'a démontré Gilbert Rouger dans l'introduction de son édition du Voyage en Orient (Editions Richelieu, 1950, 4 vol.), Gérard a utilisé deux relations de voyage pour écrire son texte sur l'île sans l'avoir visitée.

mercredi 14 juillet 2010

la Bibliothèque Nationale vue par Nerval

" On l'a dit encore avec raison, un établissement unique au monde comme celui-là ne devrait pas être un chauffoir public, une salle d'asile, dont les hôtes sont, en majorité, dangereux pour l'existence et la conservation des livres. Cette quantité de désoeuvrés vulgaires, de bourgeois retirés, d'hommes veufs, de solliciteurs sans places, d'écoliers qui viennent copier leur version, de vieillards maniaques, comme l'était ce pauvre Carnaval, qui venait tous les jours avec un habit rouge, bleu clair, ou vert pomme, et un chapeau orné de fleurs, mérite sans doute considération, mais n'existe-t-il pas d'autres bibliothèques, et même des bibliothèques spéciales à leur ouvrir ?..."

dimanche 18 avril 2010

je n'aime pas les volcans... islandais

Je n'aime pas les volcans ...
(photographié à Pont-à-Mousson)
" Il (le petit prince) ramona soigneusement ses volcans en activité. Il possédait deux volcans en activité. Et c'était bien commode pour faire chauffer le petit déjeuner du matin. Il possédait aussi un volcan éteint. Mais, comme il disait, "On ne sait jamais !" Il ramona donc également le volcan éteint. S'ils sont bien ramonés, les volcans brûlent doucement et régulièrement, sans éruptions. Les éruptions volcaniques sont comme des feux de cheminée. Évidemment sur notre terre nous sommes beaucoup trop petits pour ramoner nos volcans. C'est pourquoi ils nous causent des tas d'ennuis. "
- Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Gallimard, 1964, chapitre IX, p. 34.
***
" Je sais pourquoi là-bas le volcan s'est rouvert ...
C'est qu'hier tu l'avais touché d'un pied agile,
Et de cendres soudain l'horizon s'est couvert."
- Gérard de Nerval, premier tercet de "Myrtho" du recueil Les Chimères.

jeudi 12 juin 2008

l'établissement de Paul Niquet

L'établissement de Niquet
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" J'ai passé des heures à dormir, à dériver dans un sommeil d'une épaisseur marneuse, à me chauffer près du grand âtre du salon, à fumer et à boire presque chaque jour de petits verres à l'Ancre, qui ressemble en ce moment à l'établissement de Niquet dont parle Nerval."
Philippe Claudel, Meuse l'oubli, collection Folio, p. 89.
*
Allons voir à quoi ressemble l'établissement de Niquet :
" Le souper fait, nous allâmes prendre le café et le pousse-café à l'établissement de Paul Niquet. - Il y a là évidemment moins de millionnaires que chez Baratte... Les murs, très élevés et surmontés d'un vitrage, sont entièrement nus. Les pieds posent sur des dalles humides. Un comptoir immense partage en deux la salle, et sept ou huit chiffonnières, habituées de l'endroit, font tapisserie sur un banc opposé au comptoir. Le fond est occupé par une foule assez mêlée, où les disputes ne sont pas rares. Comme on ne peut pas à tout moment appeler la garde, - le vieux Niquet, si célèbre sous l'Empire par ses cerises à l'eau-de-vie, avait fait établir des conduits d'eau très utiles dans le cas d'une rixe violente."
Gérard de Nerval, Les Nuits d'octobre, chapitre XV : Paul Niquet, dans Œuvres, collection de la Pléiade, 1952, p. 120.

jeudi 24 janvier 2008

une pensée pour Gérard de Nerval

La dernière phrase de la dernière lettre de Gérard
du 24 janvier 1855 :
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche."
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"Nous vivons avec les défunts bien plus qu'en compagnie des vivants ; notre mémoire les accueille inlassablement, ces défunts, non seulement ceux que nous avons côtoyés mais les autres, l'ombreuse armée de ceux que les livres et les récits nous ont rendus familiers et qui nous sont plus proches que les inconnus croisés chaque jour." (Richard Millet).