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lundi 18 novembre 2024

Léonard de Vinci, De la cruauté des hommes

"Selon lui [Léonard de Vinci], sans s'en rendre compte, l'humanité court d'elle-même à sa perte. À peu près à l'époque où il peint la Cène, Léonard compose cette prophétie en forme devinette dont la réponse est De la cruauté des hommes : « On verra sur terre des créatures se combattre sans répit, avec de très lourdes pertes et des morts fréquentes des deux côtés. Leur malice ne connaîtra  point de bornes ; dans les immenses forêts du monde, leurs membres sauvages abattront un nombre immense d'arbres. Une fois repus de nourriture, ils voudront assouvir leur désir d'infliger la mort, l'affliction, le tourment, la terreur et l'exil à toute chose vivante. [...] O Terre ! que tardes-tu à t'ouvrir et les engouffrer dans les profondes crevasses de tes grands abîmes et de tes cavernes, et ne plus montrer à la face du ciel un monstre si cruel et si horrible ! »"
Une citation de Léonard de Vinci dans :
Serge Bramly, Léonard de Vinci, Paris, Jean-Claude Lattès, 1988, p. 309.

vendredi 15 novembre 2024

Marco d'Oggiono, La Cène d'après Léonard de Vinci



Judas tenant une bourse dans sa main gauche
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 Marco d'Oggiono, La Cène d'après Léonard de Vinci
Unus vestrum me traditurus est (L'un de vous s'apprête à me trahir)
1506-1509 - huile sur toile - 260 x 549 cm
Paris, Musée du Louvre (en dépôt au Musée de la Renaissance d'Ecouen)
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- Serge Bramly, Léonard de Vinci, Paris, Jean-Claude Lattès, 1988, p. 306-307 et 322-323 : "L'instant du Dernier Repas qu'il choisit de représenter n'est pas celui où Jésus institue l'Eucharistie (quoique le pain et le vin figurent devant lui), mais celui où il annonce à ses disciples que l'un d'eux le trahira. On lit ainsi dans l'œuvre la surprise, l'incrédulité, l'effroi, la colère, la dénégation, la suspicion : lequel des disciples a trahi ?... On ne se rend pas bien compte aujourd'hui, tant la peinture de la Cène s'est détériorée, de l'extraordinaire jeu de physionomies du Christ et des apôtres : il faut regarder les dessins préparatoires des visages, à la sanguine pour la plupart, si l'on veut s'en faire une idée. On est toujours emporté par le rythme de la composition, stupéfié par l'ingénieuse perspective, l'expressivité des gestes, mais les figures de ce tableau que Prud'hon, dans une lettre aux Goncourt, juge « le plus beau tableau du monde et le chef-d'œuvre de toute la peinture » ont perdu leurs contours, elles sont tout écaillées, moisies, érodées, comme noyées dans la mur - « l'ombre d'une ombre », dit Henry James (Italian Hours, 1870)... Si elle n'est plus aujourd'hui qu'un  « malade illustre » (Henry James), les innombrables copies qu'on en a faites au XVIe siècle, certaines par des disciples directs du Vinci (Boltraffio, Marco d'Oggiono, Cesare Magni), permettant de deviner plus ou moins ce qu'elle était à l'origine (notamment pour ce qui est des détails, des couleurs) et, en même temps, d'apprécier son incroyable rayonnement : l'art de la peinture prend un nouveau cour - les artistes ne s'y trompent pas - avec cette œuvre de Léonard."

- Vincent Delieuvin, Louis Frank (sous la direction de), Léonard de Vinci, Paris, Louvre éditions et Hazan, 2019, p 220 : La peinture, aujourd'hui ruinée, est largement reconstituée grâce aux copies anciennes. Celle du Louvre, déposée au château d'Ecouen, est la plus vénérable et la plus fidèle d'entre toutes, puisqu'elle fut commandée en 1506, du vivant de Léonard, à son disciple Marco d'Oggiono, par Gabriel Gouffier, doyen de la cathédrale de Sens. Le musée des Beaux-Arts de Strasbourg conserve six copies au pastel d'après la Cène, que la critique attribue à l'autre grand disciple de Léonard, Boltraffio. L'un des plus beaux dessins autographes de la collection royale d'Angleterre est une étude à la sanguine pour le saint Jacques.

- Vincent Delieuvin, Louis Frank (sous la direction de), op. cit., p. 218 : En 1498, l'avis du mathématicien Luca Pacioli sur la Cène : "Notre Léonard a si dignement , de sa gracieuse main, fait en sorte,  par des actes et des gestes de l'un à l'autre et de l'autre au premier, qu'ils paraissent parler avec l'étonnement et l'affliction de la vie."

- Sylvie Germain, Éclats de sel, Gallimard, 1996, p. 16-17 : "Un second article proposait une étude de la construction de la Cène et analysait la dynamique des poses et des gestes des personnages ; cet exposé était illustré de reproductions, particulièrement des détails des mains. Celles écartées du Christ, délimitant un vide central, et celles des disciples, d'une telle expressivité qu'elles semblaient avoir pris la parole, s'étonnant, s'exclamant, s'entre-interpellant, quêtant du sens, soupesant le poids de l'instant. Un poids tragiquement lourd, car chargé de la révélation que le Maître vient de faire aux apôtres : l'un d'entre eux va le trahir. Le détail des mains de celui auquel incombe l'œuvre au noir de cette trahison figurait dans l'iconographie. par contraste avec les mains si lestes et vives des onze fidèles, celles de Judas paraissaient pesantes, crispées, surtout la droite, resserrée sur la bourse emplie des funestes deniers. Et de cette main alourdie il venait de renverser, sans y prendre garde, une salière dont le contenu se répandait sur la nappe. Judas, celui qui a brisé l'Alliance, refusé de devenir le sel de la terre."

mercredi 13 novembre 2024

une petite fable de Léonard de Vinci

"Une pierre de belle dimension, mise à nue par la pluie, se trouvait en lieu élevé, planté de fleurs multicolores, en bordure d'un bosquet surplombant un chemin rocailleux. À force de regarder les cailloux de la route, le désir lui vint de se laisser choir parmi eux. Que fais-je ici, au milieu des végétaux ? se disait-elle. Je devrais être là-bas, avec les miens. Elle roula donc en bas de la pente et rejoignit les autres pierres. Mais les roues de charrettes, les sabots des chevaux et les pieds des voyageurs la réduisirent au bout de quelque temps à un état de continuelle détresse. C'était à qui roulerait sur elle, la piétinerait. Parfois, quand elle était souillée de boue ou des excréments des bêtes, il lui arrivait de se redresser un pet et de regarder - en vain - le lieu qu'elle avait quitté - ce lieu de solitude et de bonheur paisible. Ainsi arrive-t-il à qui veut abandonner la vie solitaire et contemplative pour venir habiter la ville, parmi des gens d'infinie malignité."
Une citation de Léonard de Vinci dans :
Serge Bramly, Léonard de Vinci, Paris, Jean-Claude Lattès, 1988, p. 163-164.

dimanche 17 novembre 2019

ne sais-tu pas que notre âme est faite d'harmonie



Léonard de Vinci, L'Homme vitruvien


Léonard de Vinci (1452 - 1519)
médaille de Raymond Joly (1911-2006), ancien graveur de la Monnaie de Paris