Quant à ceux qui nient le vol des sorcières, qu'ils se représentent Simon le Magicien qui fut enlevé dans les airs par le Mauvais Esprit, et retomba grâce à la prière de saint Pierre. Nikolaus Remigius, qui fut un homme brave, savant et raisonnable et n'a pas fait brûler qu'une demi-douzaine de sorcières dans le duché de Lorraine, dit, parlant de Johann de Hembach, que sa mère qui était une sorcière l'avait emmené avec elle à son assemblée dans la seizième année de son âge afin, ayant appris à jouer du fifre, qu'il leur jouât une musique de danse ; à cette fin, il monta sur un arbre, joua du fifre et regarda la danse avec attention (peut-être parce que tout lui semblait bizarre). Enfin il dit : « Dieu garde ! D'où vient tel peuple de bouffons et d'insensés ? » Mais à peine avait-il prononcé ces paroles qu'il chut à bas de l'arbre, se luxa une épaule et appela au secours, mais n'était là personne que lui ; quand par la suite il en fit des cancans, la plupart le prirent prirent une fable jusqu'à ce qu'à peu de là on arrêtât pour magie Catharina Prevotia, laquelle avait été aussi de ladite danse ; elle avoua tout comme c'était arrivé bien qu'elle ignorât que la rumeur publique disait que Hembach avait parlé."
Grimmelshausen, Les aventures de Simplicissimus, Paris, Fayard, 1990, p. 134.
Présentation du livre ci-dessus : Dans La Démonolâtrie, édité en 1595, le procureur Nicolas Rémy livre un récit détaillé de plus de 900 procès en sorcellerie qu’il a conduits en Lorraine sur une période de 15 ans. L’homme de loi ne manque pas d’arguments pour justifier la traque des démons et ceux qui les adorent. L’auteur, érudit, multiplie les références aux penseurs de l'Antiquité et à la Bible, tout en prônant une violence impitoyable pour arrêter la contagion du mal. Sous son autorité, des centaines de femmes, mais aussi des hommes et des enfants, soupçonnés de faire commerce avec le diable, furent torturés, condamnés et conduits au bûcher. Un document historique aussi exceptionnel que glaçant.
