" Un chef-d'oeuvre, c'est lorsque chaque motif, chaque phrase, chaque mot presque, ressemble à la tapisserie tout entière. Autrement dit : un chef-d'oeuvre , c'est quelque chose qui rappelle les fractals de Mandelbrot. Un chef-d'oeuvre, c'est lorsque la forme choisie épouse, sans le moindre millimètre pour les séparer, le fond de la réalité qu'elle révèle. Un chef-d'oeuvre, c'est lorsque tout est dit sur un sujet : lorsque tout est exhaustivement dit , mais surtout nouvellement dit, sur un sujet vieux comme le monde mais qui soudain scintille de feux inédits. Un chef-d'oeuvre, c'est lorsque le langage devient le héros du roman. Un chef-d'oeuvre, c'est lorsque tous les langages sont convoqués à la fois, en une démente polyphonie, pour faire rendre gorge, sous tous les angles, depuis tous les points de vue, dans toutes les dimensions à ce que nous nommons vainement le réel. "
Yann Moix, à propos du roman de Pierre Jourde, Le Maréchal absolu, Gallimard, 2012.