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mercredi 23 septembre 2026

l'absence de l'humain, un miracle noir

"Un papillon pique en banzaï sur une armada de pissenlits. Quand je vois un papillon, je vois Dieu : même démarche ivrogne, même gaieté peu bruyante et scandaleuse. Que Dieu existe ou non n'est pas mon affaire, mais l'humain qui n'est rien sans ce rien, oui. L'humain, nous ne souffrons pas encore assez de son absence. Elle se multiplie chaque jour, c'est un miracle noir."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 147.

samedi 19 septembre 2026

il n'existe pas d' « intelligence » artificielle

Il n'existe pas d' « intelligence » artificielle. La racine de l'intelligence, son centre invisible à partir de quoi tout rayonne, c'est l'amour. On n'a jamais vu et on ne verra jamais d' « amour artificiel ».
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 88. 

lundi 14 septembre 2026

l'odeur de miel me soûle

"L'odeur de miel me soûle en traversant le pont. Elle peint à la feuille d'or les alvéoles de mes poumons. Mon hôte qui me raccompagne à la gare de Strasbourg est un homme sensible. Il me montre les ruches alignées sur la berge en bas : la ville abandonne cet espace aux abeilles meilleures ouvrières de France. Je me penche, je regarde : les ruches, collées par cinq ou six les unes aux autres, ressemblent à des cercueils﹘les plus espérants que j'aie jamais vus. Elles dégagent une odeur de sainteté. Ce sucré de la fleur, c'est comme l'enthousiasmante odeur du pain chaud﹘quelque chose qui indique une porte ouverte du paradis, et même aucune porte. L'ouverture absolue.
Christian Bobin, La Nuit du cœur, Collection Folio Gallimard, 2021, p. 89. 

vendredi 11 septembre 2026

je cherche un abri dans cette vie terrible

"Le plongeon du geai sur le poirier : un vol plané très lent puis un piqué et l'atterrissage dans une aisselle de l'arbre. Le paraphe du vol, sa boucle sur le papier bruni de l'écorce : une écriture. Comme le geai, je cherche un abri dans cette vie terrible. Une abbatiale."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 151.

jeudi 10 septembre 2026

le silence de Bach

"Le silence de Bach. L'œuvre inachevée. La dernière variation de L'Art de la fugue, l'ultime note : le doigt levé d'un enfant qui s'apprête à interroger le maître, mais le maître est parti. Le doigt reste levé. Cette petite main, cette question qui ne monte pas aux lèvres﹘c'est l'axe du monde."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 165.

mardi 8 septembre 2026

qu'il ne soit plus jamais question du monde

"Qu'il ne soit plus jamais question du monde. De lui, je ne veux plus entendre parler. Des gens, oui. Des métamorphoses de leur visage, de leurs anesthésies spirituelles et de leurs sursauts de réveil, oui. Et leurs paroles brusques comme une patte d'ours. Mais le monde, ce plancher pourri sous leurs pieds, qu'il aille au diable."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Foilio Gallimard, 2021, p. 117.

jeudi 3 septembre 2026

le galet que j'ai ramassé sur la plage

"Le galet que j'ai ramassé sur la plage dort dans un tiroir. Il a fait un voyage de quatre cents kilomètres qui l'a séparé de ses frères. Une pierre blanche avec une veine noire qui palpite. On ne devrait toucher les choses qu'avec les yeux. Ce galet n'entendra plus la partition océane, le grondement des abîmes en marche. Les galets sont les spécialités de la mer, avec le miel craquant du sable. En prendre un dans la paume réjouit la main, fait courir une électricité enfantine à travers la gaine dénudée des nerfs."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 175. 

mardi 1 septembre 2026

une brume de peinture chinoise


"Au matin, poussant les volets, je fus accueilli par une brume de peinture chinoise errant sur la colline. Je m'étais couché au vingt et unième siècle. Je me réveillais au septième. Une fumée de nuages traînait au ciel. Une rouille verte réjouissait les toits. La mousse est le manteau de Dieu, dont il déchire des pièces pour les jeter sur les épaules frileuses des morts. Cette floraison timide qui ne va pas jusqu'aux fleurs, cette échine vert-de-gris d'un muret, la flatter de la main, c'est faire entrer dans son cœur la pensée qui délivre de toutes pensées, le consentement à vivre donc à perdre."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 12.

lundi 31 août 2026

raison de vivre - pèlerin

"Il n'y pas d'autre raison de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore."
"Un pèlerin, c'est quelqu'un qui tire son diable sur les chemins pour le faire maigrir."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 16 et 60.

dimanche 30 août 2026

l'écriture suivant Christian Bobin

"Dans le tiroir de la machine à coudre de ma mère, il y avait un aimant. J'étais fasciné par la vitesse avec laquelle il capturait les aiguilles vagabondes. Il n'en oubliait aucune. Cet aimant m'enseigna l'écriture, travail qui consiste à agglomérer sur une étroite surface de papier toutes les images vitales éparpillées en nous."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 112.   

jeudi 27 août 2026

le génie des églises

"Ce qui fait le génie des églises, c'est qu'elles ne sont ni confortables, ni distrayantes. Les bancs sont durs aux fesses. Les bougies ignorent nos crédulités. Un rien d'ennui persille notre pensée. Tout est fait pour que l'âme, avançant dans les allées, boite et — comme elle n'est que ce boitement  — apparaisse enfin."
Christian Bobin, La nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 122. 

dimanche 12 juin 2022

Christian Bobin et André Dhôtel

« Voilà comme je vous lis, cher André Dhôtel : vos livres, vous les écrivez pour amener l’homme à la hauteur de la femme, rude tâche en vérité. Vous tenez ensemble la chair — le flux d’une histoire peuplée — et l’esprit — la délivrance de l’amour par l’amour. Ensemble : ce mot est un clef d’or à votre trousseau de phrases. Les hommes et les femmes apparaissent, dans la vie commune, si peu faits les uns pour les autres que c’en est parfois comique, souvent désespérant. En vous lisant je retrouve une communauté possible, une communauté intacte dessous la communauté détruite. La vieille opposition du réel et du songe, cette distinction amère avec laquelle on agace les dents des jeunes gens, elle est chez vous révoquée : rien ne fait plus rêver que le réel pur. Et puis, permettez-moi cette insolence, le miracle est que par endroits vous écrivez si mal : dans chacun de vos livres j’ai trouvé une zone d’ennui, un marais où l’histoire devenait brumeuse et où les phrases n’avançaient presque plus. J’ai bientôt compris que ces pertes étaient indispensables à l’éclat du livre, qu’elles étaient même une partie constituante de cet éclat, comme les broussailles font corps avec la clairière qu’elles protègent. Il y a, certes, des écrivains qui ont un plus beau toucher de phrase que vous, mais la plupart sont si encombrés d’eux-mêmes que leur livre ne sait comment nous parvenir : cérémonieux, pesant, il s’effondre avant de nous atteindre. Vous, vous avancez à pas léger. Vous ressemblez à votre héroïne qui,  je ne sais plus dans lequel de vos récits, je les confonds tous, murmure, en tournant le dos à un ami trop raisonneur : je ne songe jamais à ce qui se passera plus tard. »
Christian Bobin, L'épuisement, Gallimard, 2015

dimanche 30 août 2009

Christian Bobin et les livres

"Les livres sont un acquis, une montagne dans laquelle se réfugier quand la plaine est inondée par un torrent d'images. Contrairement à la doxa je suis très espérant dans l'avenir du livre. Quelqu'un arrive en toute confiance, se remet entre vos mains, tourne vers vous son visage de papier et vous dit comment il voit la vie : cette figure-là est éternelle."
Christian Bobin

mardi 18 mars 2008

romans et nouvelles d' André Dhôtel



Je viens de lire trois livres [d’André Dhôtel]. J’y ai retrouvé un goût d’adolescence, le désir contradictoire de parvenir vite au dernier mot et de ralentir l’allure des phrases, tellement on est bien dans la cabane d’encre, sous le feuillage d’une voix . J’ai commandé cinq autres de [ses] livres à mon libraire. Et je les lirai. Tous. Et je ferai venir les autres ensuite.
Christian Bobin

samedi 15 mars 2008

"Pays Natal" d'André Dhôtel

Je viens de lire trois livres [d’André Dhôtel]. J’y ai retrouvé un goût d’adolescence, le désir contradictoire de parvenir vite au dernier mot et de ralentir l’allure des phrases, tellement on est bien dans la cabane d’encre, sous le feuillage d’une voix . J’ai commandé cinq autres de [ses] livres à mon libraire. Et je les lirai. Tous. Et je ferai venir les autres ensuite.
Christian Bobin