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jeudi 6 janvier 2022

le chiffonnier dans un conte de Guillaume Apollinaire


Un matin, à cinq heures, une insomnie m'avait fait me lever et sortir. C'était la fin de mars. Les rues bleuissaient, froides et désertes. Des porteurs de journaux passaient. Les sous-sols des boulangeries laissaient sortir la chaleur de la dernière fournée, et des gens nus et enfarinés gesticulaient, tachés de lueurs venues du brasier. Je suivis le boulevard de Courcelles et longeai le parc Monceau, à cette heure pleine de chants d'oiseaux et du mystère suscité par l'étang que veille la colonnade ruinée, tandis que les arbres élançaient le galbe de leurs fûts et secouaient leur frondaison nouvelle.
Un homme passa, tenant un crochet, une lanterne sourde, et chargé d'une hotte. Je le suivis et le vis s'approcher successivement de plusieurs boîtes à ordures où il fouillait avec son crochet. Après avoir visité quelques boites, l'homme, voyant que je ne le quittais pas, se retourna et souleva sa lanterne, qu'il darda  sur ma face afin de m'examiner. En même temps il m'apostropha /
- Voudriez-vous me faire concurrence ? 
- Dieu garde ! m'écriai-je. Je suis seulement curieux et voudrais vous accompagner afin de visiter votre hotte sous votre surveillance, chez vous.
Il dit :
- J'y consens. Mais ne me troublez pas, suivez-moi sans rien dire.
.    .    .    .    .    .    .    .    .   .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .   .   .   .   .
Le butin de la matinée fut répandu sur le sol. J'en examinai chaque pièce, que je passais au fur et à mesure à Pertinax qui triait le tout. 
Je trouvais : des timbres-poste oblitérés, des enveloppes de lettres, des boîtes d'allumettes, des billets de faveur pour divers théâtres, une cuiller de métal, sans valeur, du tulle illusion froissé, des morceaux de balayeuses, des rubans fanés, des mégots de cigares, des fleurs artificielles flétries, un faux-col gauchi, des épluchures de pommes de terre, des écorces d'oranges, des pelures d'oignons, des épingles à cheveux, des cure-dents, de petits écheveaux emmêlés de cheveux, un vieux corset sur lequel s'était collé une tranche de citron, un œil de verre, une lettre froissée, un peigne édenté, quelques rubans de décorations tenant à des boutons de culotte, un abat-jour déchiré mais charmant, une pipe, quelques flacons à parfumerie, des fioles de pharmacie, une éponge, un paquet de cartes transparentes, non obscènes, - l'acheteur, trompé par un camelot, les avait jetées de dépit - un carnet contenant les comptes faits par une cuisinière au sujet du marché, un éventail brisé, des gants dépareillés, une brosse à dents, du marc de café, des boîtes de conserves éventrées, des os, un de ces œufs de bois que l'on met dans les chaussettes à raccommoder, et enfin une bague étrange que j'achetai au chiffonnier.
Guillaume Apollinaire, Histoire d'une famille vertueuse, d'une hotte et d'un calcul, conte du recueil L'Hérésiarque et Cie, Paris, C.F.L., 1954, p. 189-190, 197 et 199.

lundi 11 décembre 2017

les chiffonniers chez Blasco Ibañez


Si Victor Hugo a mentionné dans Les Châtiments et Les Misérables les chiffonniers avec leurs hottes et leurs crochets, l'auteur qui a fait des chiffonniers l'un des thèmes principaux de son roman La Horde (1905), c'est Vicente Blasco Ibañez (1867-1928).

"A mesure que Maltrana remontait vers les Cuatro Caminos, l'invasion des chiffonniers se faisait plus dense, et le jour croissant permettait de mieux distinguer les véhicules et ceux qui étaient censés les conduire. Les légères carrioles, en forme de caisses, étaient pour la plupart découvertes et peintes en bleu vif, avec un ovale rouge où était inscrit le nom du propriétaire...
Les chiffonniers trop pauvres pour avoir une carriole marchaient à côté d'un bourriquet dont les pattes étaient cachées par les grands couffins de paille destinés à recevoir les ordures. Quant aux matrones du crochet, elles passaient droites sur leurs baudets qu'elles excitaient avec un bâton, les épaules affublées d'un foulard rouge dont les pointes pendaient en arrière...
Les ânes, fidèles compagnons des chiffonniers, étaient des bêtes petites et mal tenues, d'une malice presque humaine. Rarement ils cherchaient leur nourriture à la campagne : ils préféraient se garnir la panse avec les garbanzos restant des pot-au-feu de Madrid, mâchaient dans leurs auges ce qui avait passé la veille dans les cuisines de la ville... 
Ainsi passaient, passaient les chiffonniers avec leurs carrioles et leurs bêtes, telle une horde préhistorique talonnée par la faim et poussée en avant par l'âpre désir de vivre."

mercredi 6 décembre 2017

le chiffonnier dans "Les Châtiments" de Victor Hugo

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Si par hasard, la nuit, dans les carrefours mornes,
Fouillant du croc l'ordure où dort plus d'un secret,
Un chiffonnier trouvait cette âme au coin  des bornes,
Il la dédaignerait !
Les Châtiments, livre IV, VIII, Déjà nommé, vers 49-52. 

L'arsenic indigné dénonçant la morphine,
La hotte injuriant la borne, Messaline
Reprochant à Goton son regard effronté,
Et Dupin accusant Sauzet de lâcheté !
.   .   .   .   .  .  .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
L'immondice au sommet de l'état se déploie.
Les chiffonniers, la nuit, courbés, flairant leur proie,
Allongent leurs crochets du côté du sénat.
Les Châtiments, livre VI, V, Éblouissements, vers 9-12 et vers 69-71.

Si par hasard, portant son panier qu'il cahote,
Un chiffonnier avait trouvé cette âme au coin d'un mur, 
Il la rejetterait bien vite au tas impur,
De peur que ce haillon ne salisse sa hotte.
Les Châtiments, Reliquat, IV, Ébauches et fragments.

Or les sages pensifs font remarquer aux princes
Qu'il est toujours aisé d'empoigner des provinces,
Mais qu'un roi ne peut prendre, en eût-il grand besoin, 
Un muscle de son râble au crocheteur du coin.
Un césar souvent porte, à son dos qui cahote, 
Son empire moins bien qu'un chiffonnier sa hotte,
Mais il ferait tuer ses preux jusqu'au dernier
Avant de conquérir les reins du chiffonnier.
Les Quatre Vents de l'Esprit, Le Livre satirique, XLI, vers 51-58.

lundi 27 octobre 2014

exposition Jacques Koskowitz à Toul


à Vincent - 2 mai 1990
tableau de la collection du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, Nancy


Exposition Jacques Koskowitz (Nancy 1932 - 1998)
Musée d'Art et d'Histoire de Toul
18 septembre 2014 - 5 janvier 2015
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J'ai vu la première (?) exposition de Jacques Koskowitz au château de Lunéville, il y a fort longtemps, ce devait être en 1964. Il y exposait de très grandes toiles abstraites où le bleu et le rouge dominaient. Il était présent avec un journaliste à qui il expliquait sa peinture. Et j'écoutais à faible distance...
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La première exposition personnelle de ses peintures a eu lieu à La Librairie des Arts de Nancy en 1963.
Denis Grandjean, "Les expositions de Jacques Koskowitz", dans Jacques Koskowirz, les étapes d'une oeuvre, Musée d'Art et d'Histoire de Toul, 2014, p. 36. "C'est probablement à cette époque (1965-1966) que prend place une grande exposition au musée de Lunéville alors dirigé par Pierre Chanel... Une centaine de toiles sont présentées dans plusieurs salles du premier étage." La date de l'exposition à Lunéville n'est pas indiquée ; ce serait entre 1964 et 1966. 
Mes souvenirs étaient donc des  "souvenirs gauchis par l'oubli et le temps", des "souvenirs apocryphes". Tournures d'André Compagnon dans La Classe de rhéto.