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jeudi 29 mai 2025

le culte d'hyperdulie de l'abbé Serge Mouret

"Et, lorsqu'il avait tout donné à Marie, son corps, son âme, ses biens terrestres, ses biens spirituels, lorsqu'il était nu devant elle, à bout de prières, les litanies de la Vierge jaillissaient  de ses lèvres brûlées, avec leurs appels répétés, entêtés, acharnés, dans un besoin suprême de secours céleste. Il lui semblait qu'il gravissait un escalier de désir ; à chaque saut de son cœur, il montait une marche. D'abord, il la disait Sainte. Ensuite, il l'appelait Mère, très pure, très chaste, aimable, admirable. Et il reprenait son élan, lui criant six fois sa virginité, la bouche comme rafraîchie chaque fois par ce mot de vierge, auquel il joignait des des idées de puissance, de bonté, de fidélité. À mesure que son cœur l'emportait plus haut, sur les degrés de lumière, une voix étrange, venue de ses veines, parlait en lui, s'épanouissant en fleurs éclatantes. Il aurait voulu se fondre en parfum, s'épandre en clarté, expirer en un soupir musical. Tandis qu'il la nommait Miroir de justice, Temple de la sagesse, Source de sa joie, il se voyait pâle d'extase dans ce miroir, il s'agenouillait sur les dalles tièdes de ce temple, il buvait à longs traits l'ivresse de cette source. Et il la transformait encore, lâchant la bride à sa folie de tendresse pour s'unir à elle d'une façon toujours plus étroite. Elle devenait un Vase d'honneur choisi par Dieu, un  Sein d'élection où il souhaitait de verser son être, de dormir à jamais. Elle était la Rose mystique, une grande fleur éclose du paradis, faite des Anges entourant leur Reine, si pure, si odorante, qu'il la respirait du bas de son indignité avec un gonflement de joie dont ses côtes craquaient. Elle se changeait en Maison d'or, en Tour de David, en Tour d'ivoire, d'une richesse inappréciable, d'une pureté jalousée des cygnes, d'une taille haute, forte, ronde, à laquelle il aurait voulu de ses bras tendus une ceinture de soumission. Elle se tenait debout à l'horizon, elle était la Porte du ciel, qu'il entrevoyait derrière ses épaules, lorsqu'un souffle de vent les plis de son voile. Elle grandissait derrière la montagne, à l'heure où la nuit pâlit, Étoile du matin, secours des voyageurs égarés, aube d'amour. Puis, à cette hauteur, manquant d'haleine, non rassasié encore, mais les mots trahissant les forces de son cœur, il ne pouvait plus que la glorifier du titre de Reine qu'il lui jetait neuf fois comme neuf coups d'encensoir. Son cantique se mourait  d'allégresse dans ces cris du triomphe final : Reine des vierges, Reine de tous les saints, Reine conçue sans péché ! Elle, toujours plus haut, resplendissait. Lui, sur la dernière marche, la marche que les familiers de Marie atteignent seuls, restait là un instant, pâmé au milieu de l'air subtil qui l'étourdissait, encore trop loin pour baiser le bord de la robe bleue, se sentant déjà rouler, avec l'éternel désir de remonter, de tenter cette jouissance surhumaine."
Émile Zola, La Faute de l'abbé Mouret, Les Rougon-Macquart, tome 1, Bibliothèque de la Pléiade, 1960, p. 1293-1294.

dimanche 2 octobre 2022

Erckmann-Chatrian critiqué par Émile Zola

"Erckmann-Chatrian n'a pas écrit de romans, si on entend par ce mot une étude franche et hardie du cœur humain. La créature chez lui est une poupée faisant aller les bras et les jambes avec une merveilleuse perfection. Cette poupée sait pleurer ou sourire au moment voulu ; elle parle sa langue avec justesse, elle vit même une vie douce et lente. Faites défiler devant vos yeux une dizaine de ces pantins, et vous serez frappé de leur ressemblance morale. Chacun d'eux a, il est vrai, les gestes de son âge et de son sexe ; mais tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, ont le même cœur, la même naïveté, la même bonté. Sans doute, ça et là, on trouve un coquin ; mais quel pauvre coquin, et comme on voit que l'auteur n'est pas habitué à peindre de telles natures ! Là est, selon moi, la grande lacune dans le monde d'Erckmann-Chatrian. Il n'y a pas création d'âmes différentes, et, par conséquent, lutte entre les passions humaines. L'écrivain a pétri de ses mains un personnage suivant ses instincts, et ce personnage, à l'aide de quelques légères modifications, lui a servi à peupler tous ses livres. D'ailleurs, l'être lui importe peu ; le drame n'est pas dans la créature, mais plutôt dans les évènements. Dès lors, on comprend cette insouciance des individualités. Les figures qu'il crée sont surtout remarquables par leur vérité physique ; elles agissent toutes sous l'empire d'un sentiment simple et nettement accusé ; en un mot, elles sont surtout là pour supporter ou déterminer une action. Mais jamais l'auteur n'étudie la créature pour elle-même, jamais il ne va jusqu'à son âme, afin d'en analyser les désespoirs et les espérances. Lorsqu'il risque l'étude d'un cœur, il semble perdre tout à coup la finesse d'observation qu'il possède à l'égard des détails extérieurs ; il est poussé fatalement à faire une peinture fade et doucereuse, d'une grande bonhomie, si l'on veut, mais radicalement fausse dans sa généralité. Son monde n'est pas assez mauvais pour vivre de la vie réelle."

"Il [Erckmann-Chatrian] a un style simple, peut-être un peu négligé."

Émile Zola, Mes Haines. Causeries littéraires et artistiques, Paris, Charpentier, 1879, p. 181-182 et 200.

jeudi 13 juin 2013

monument du général Margueritte à Fresnes-en-Woëvre





Monument du général Jean Margueritte (1823-1870)
souscription nationale de 1883 - érigé en 1884
Fresnes-en-Woëvre (Meuse)
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Jean Margueritte, né à Manheulles (Meuse, 3 km à l’ouest de Fresnes)
 mortellement blessé en 1870 à la bataille de Sedan
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Lucien Leblanc, architecte ; Albert Lefeuvre, sculpteur à Paris
groupe fondu à la fonderie de Tusey de Vaucouleurs
les deux soldats du groupe ont été décapités par les Allemands
pendant la guerre 1914-1918
 les têtes ont été remplacées en 1931 par le sculpteur Gaston Broquet
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La charge des cavaliers de Margueritte à Floing
Toute la division Margueritte, trois régiments de chasseurs d'Afrique, un de chasseurs de France et un de hussards, venait d'être réunie dans un pli de terrain, un peu au-dessous du calvaire, à gauche de la route. Les trompettes avaient sonné "Pied à terre !" Et le commandement des officiers retentit :
"Sanglez les chevaux, assurez les paquetages !"
Quand on va charger, chacun peut se dire : "Cette fois, j'y reste !" Cela dura bien cinq ou six minutes, on racontait que le général Margueritte était allé en avant, pour reconnaître le terrain. On attendait. Les cinq régiments s'étaient formés en trois colonnes, chaque colonne avait sept escadrons de profondeur, de quoi donner à manger aux canons.
Tout d'un coup, les trompettes sonnèrent : A cheval ! Et, presque aussitôt, une autre sonnerie éclata : Sabre à la main ! 
Le colonel de chaque régiment avait déjà galopé, prenant sa place de bataille, à vingt-cinq mètres en avant du front. Les capitaines étaient à leur poste, en tête de leurs hommes. Et l'attente recommença, dans un silence de mort. Plus un bruit, plus un souffle sous l'ardent soleil. Les cœurs seuls battaient. Un ordre encore, le dernier, et cette masse immobile allait s'ébranler, se ruer d'un train de tempête. 
Mais, à ce moment, sur la crête du coteau, un officier parut, à cheval, blessé, et que deux hommes soutenaient. On ne le reconnut pas d'abord. Puis, il grondement s'éleva, roula en une clameur furieuse. C'était le général Margueritte, dont une balle venait de traverser les joues, et qui devait en mourir.
Émile Zola, La Débâcle, Folio Gallimard, 2011, deuxième partie, chapitre V, p. 302-303.

Pour le général Margueritte à Floing, voir La Guerre de 70 de François Roth, collection Pluriel Hachette, 1993, p. 122. 

vendredi 5 octobre 2012

l'âne Gédéon

" L'écurie était sans doute mal fermée, soudain l'on aperçut l'âne, Gédéon, au milieu du potager, tondant gaillardement un plant de carottes. Du reste, cet âne, un gros âne, vigoureux, de couleur rousse, la grande croix grise sur l'échine, était un animal farceur, plein de malignité ; il soulevait très bien les loquets avec sa bouche, il entrait chercher du pain dans la cuisine ; et, à la façon dont il remuait ses longues oreilles, quand on lui reprochait ses vices, on sentait qu'il comprenait. "
Émile Zola, La Terre, Le Livre de Poche, 2006, p. 131.

dimanche 12 août 2012

sa passion était surtout les images

Zéphyrin a la passion des images, comme beaucoup d'autres personnes...
"Sa passion était surtout les images. Le long des routes, il ramassait les papiers qui avaient enveloppé du chocolat ou des savons, et sur lesquels on voyait des nègres et des palmiers, des almées et des bouquets de roses. Les dessus des vieilles boîtes crevées, avec des dames blondes et rêveuses, les gravures vernies et le papier d'argent des sucres de pomme, jetés dans les foires des environs, étaient ses grandes trouvailles, qui lui gonflaient le cœur." Dans Émile Zola, Une page d'amour, deuxième partie, chap. 1.

samedi 4 août 2012

les fleurs du Paradou

Acanthes, agératums, amarantes, ancolies, anémones, aspérules, asphodèles, balsamines, belles-de-jour, benoîtes écarlates, bleuets, boutons d'or, calcéolaires, campanules, capucines, centranthus, chardons, chèvrefeuilles, chrysanthèmes, cinéraires, clématites, colinsia blancs, coquelicots, cynoglosses, datura, digitales rouges, fenouils, fraxinelles, fuchsias, géraniums, giroflées, glaïeuls, glycines, haricots d'Espagne, héliotropes, iris, jacinthes, jasmins, juliennes de Mahon, lagurus, leptosiphon jaunes, lilas, lins rouges,lis, lobelia, lupins bleus, muguets, myosotis, oeillets mignardise, mimulus, mufliers fauves, némophila, pâquerettes, pavots, pélargoniums, pensées, pervenches, pétunias, phlox, pieds d'alouette, pivoines, primevères, pois de senteur, quarantaines, renoncules, résédas, rhodantes, rhododendrons,  ricins, roses, roses jaunes, roses paille, roses citron, roses couleur de soleil, roses thé, roses lie de vin, roses trémières, saponaires, scabieuses, schizanthus, sédum, sélaginoïdes, silènes roses, soucis, tournesols, tubéreuses, tulipes, véroniques, verveines, violettes, viscaria roses, volubilis, zinnias.

mardi 10 janvier 2012

le tictac du petit bonheur

" Et elle entendait le tictac régulier des aiguilles de la tante, tandis qu'elle regardait fixement dans la glace pour lire cet avenir de paix qui lui avait échappé."
Émile Zola, La Curé. Les Rougon-Macquart, tome 1, Bibliothèque de la Pléiade, 1960, p. 573.
Je cite cette phrase de Zola, car je l'associe au tictac du petit bonheur relevé dans Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche.
N.B. Tictac, nouvelle orthographe.

dimanche 17 avril 2011

Nathalie Stutzmann, contralto


Nathalie Stutzmann, contralto
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1er Prix de chant et art lyrique 1983
du Conservatoire de Nancy
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" Que tu me plais, ô timbre étrange !
Son double, homme et femme à la fois,
Contralto, bizarre mélange,
Hermaphrodite de la voix ! "
(Théophile Gautier, Xe strophe de "Contralto" d' Émaux et camées)
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" Une voix de femme superbe, un contralto d'une puissance mélancolique et profonde,... exhalant une plainte de tendresse, éperdue, d'une ampleur tragique..."
(Émile Zola, dans L'Argent)