Affichage des articles dont le libellé est Courier(Paul-Louis). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Courier(Paul-Louis). Afficher tous les articles

mardi 31 octobre 2023

Charles de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, dans Erckmann-Chatrian

" Triboulet, le percepteur, passa sur son char à bancs, disant qu'il fallait dissoudre la Chambre et faire de nouvelles élections [nous sommes en 1830]. Il avait le mandement de Mgr Forbin-Janson, notre évêque, ordonnant des actions de grâce [à la suite de la prise d'Alger en juin 1830] dans toutes les églises du diocèse, pour célébrer la victoire de notre sainte religion sur les infidèles.
On annonçait aussi de nouvelles missions dans les départements de l'Est, pour convertir les luthériens et les juifs, chose qui me parût bien étonnante, puisqu'ils ne nous faisaient pas la guerre, étant de notre propre pays.
.../...
Lorsque les premières nouvelles  de la révolte des Parisiens contre Charles X arrivèrent [les Trois Glorieuses, 27, 28, 29 juillet 1830], et que Nicolas Guette, Jean Limon, l'épicier Claudel, M. Jacques [le frère du maire] et cinq ou six autres notables réunis le soir à l'auberge du Pied-de-Bœuf, se permirent de chanter des chansons de Béranger, contre le roi, le clergé et la noblesse, seulement alors, je vis le véritable caractère de notre maire [Jean, qui veut dénoncer son frère Jacques].
Et je crois réellement que la dénonciation était partie, que les gendarmes devaient venir, quand tout à coup on apprit que les Parisiens avaient massacré les Suisses et la garde royale ; qu'ils étaient les maîtres partout ; que Charles X se sauvait, et que Louis-Philippe d'Orléans venait d'être nommé lieutenant général du royaume.
On apprit presque aussitôt que notre évêque Forbin-Janson était chassé de Nancy, que le peuple avait ravagé son palais ; et le surlendemain de ces terribles nouvelles, la fureur fut déchaînée chez nous..."
Erckmann-Chatrian, Les deux frères. Contes et romans nationaux et populaires, tome 11, Paris, Pauvert, 1963, p. 360-362.

Lors de l'enterrement de l'ancien curé de Sainte-Suzanne [Phalsbourg], le grand-père Lebigre écoute l'éloquent Mgr de Forbin-Janson retraçant l'existence de M. Lèthe, curé assermenté, qui avait eu la faiblesse de prêter serment aux puissances de la terre... 
" Que ceux qui sont touchés de ma parole, que tous les fidèles émus par ma foi s'agenouillent et prient avec moi, pour appeler la miséricorde du Seigneur sur cette âme un instant égarée." 
De toute la foule présente à l'enterrement, seuls, le grand-père Lebigre ne s'agenouilla pas, ainsi que le notaire Eschbach, le père du professeur Eschbach, de Strasbourg.
Erckmann-Chatrian, Le grand-père Lebigre. Contes et romans nationaux et populaires, tome 12, Paris, Pauvert-Ramsay-Tallandier, 1990, p. 89-91.

"Le lendemain, on n'a jamais su comment, la plaine et la montagne connaissaient l'insurrection de Paris [les Trois Glorieuses], et ceux qui la veille détournaient la tête en passant devant notre porte nous saluaient de loin ; des gens qu'on aurait cru les plus dévots du monde, comme le Père Papelot, au lieu d'aller à la chapelle, venaient chez nous en disant :
- Ah! Seigneur Dieu, quel bonheur ! Nous allons donc être délivrés !
- De quoi ? lui demanda l'oncle.
- Ah! de ce qui nous gêne.
Le télégraphe de Hautmartin ne finissait pas de jouer ; une foule de gens sur la côte, au-dessus du village, regardaient ce télégraphe, comme s'ils avaient pu y comprendre quelque chose.
Mais le lendemain, 1er août, on apprit que M. Fischer [curé, favorable à la noblesse d'Ancien Régime et à la catéchisation en allemand en Meurthe de l'Est] venait de disparaître dans la nuit, et ce même jour, que Mgr de Forbin-Janson, avec son secrétaire Briesar et le Père Donatien, avaient aussi levé le pied ; que le peuple de Nancy s'était précipité dans le palais épiscopal, qu'il avait tout brisé, jeté les meubles par les fenêtres.
La nation était si contente d'être débarrassée des jésuites, qu'elle n'en demanda pas plus et que Louis-Philippe, parce qu'il s'était déclaré contre eux avec ses amis Paul-Louis [le 24 juillet 1823, Paul-Louis Courier est vraisemblablement reçu par Louis-Philippe] et Béranger, eut l'estime de tout le peuple et des bourgeois."
Erckmann-Chatrian, Annette et Jean-Claude. Contes et romans nationaux et populaires, tome 12, Paris, Pauvert-Ramsay-Tallandier, 1990, p. 354-355.

mardi 3 octobre 2023

une référence à Paul-Louis Courier dans Erckmann-Chatrian

"Ce n'est pas en moi, votre frère aîné, que vous avez confiance, c'est en M. le curé Blanchard, qui vous est étranger !... Encore pour M. Blanchard, passe !... je n'ai rien à redire, c'est un brave homme, un vieux curé gallican que nous connaissons l'un et l'autre depuis des années... Mais qu'il en vienne un autre : un de ces jeunes gens pleins de zèle, dont parle Paul-Louis, il en sera de même, n'est-ce pas, Clarisse ? Vous irez tout lui raconter de préférence à moi ?..."
Erckmann-Chatrian, Le grand-père Lebigre. Contes et romans nationaux et populaires, tome 12, Paris, Pauvert-Ramsay-Tallandier, 1990, p. 12-13.

Paul-Louis, c'est Paul-Louis Courier (1772-1825). Un de ces jeunes curés pleins de zèle, c'est celui d'Azai, mentionné par Paul-Louis :
"Le curé d'Azai, au contraire, est un jeune homme, bouillant de zèle, à peine sorti du séminaire, impatient de se distinguer. Dès son installation, il attaqua la danse, et semble avoir promis à Dieu de l'abolir dans sa paroisse, usant pour cela de plusieurs moyens, dont le principal et le seul efficace, jusqu'à présent, est l'autorité du préfet."
Paul-Louis Courier, Pétition pour des villageois. Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1964, p. 140.  

vendredi 22 février 2019

une erreur de Marcel Proust à propos de Paul-Louis Courier

"J'écoutais sa conversation [celle de Mme de Guermantes] comme une chanson populaire délicieusement française, je comprenais que je l'eusse entendue se moquer de Maeterlinck (qu'elle admirait d'ailleurs maintenant par faiblesse d'esprit de femme, sensible à ces modes littéraires dont les rayons viennent tardivement), comme je comprenais que Mérimée se moquât de Baudelaire, Stendhal de Balzac, Paul-Louis Courier de Victor Hugo, Meilhac de Mallarmé."
Marcel Proust, La Prisonnière, Le Livre de Poche classique, 2008, p. 75.

Paul-Louis Courier (1772-1825) ne s'est pas moqué de Victor Hugo, mais de Lamartine (1790-1869) :
"Monsieur de Lamartine, dont vous louez les ouvrages, me semble avoir pris dans nos lois une bonne partie de son style, ou bien nos lois ont été faites en style de M. de Lamartine, celles au moins qui ne sont pas vieilles. Outrager la morale publique, est une phrase tout à fait  dans le goût des Méditations, et hors de ce commun langage que le monde parle et entend ; elle s'applique à bien  des choses."
Paul-louis Courier, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1951, p. 204-205.

Les Méditations parurent le 13 mars 1820, eurent un grand écho et beaucoup de lecteurs. Paul-Louis Courier, l'ancien officier d'artillerie, le propriétaire terrien de Touraine, l'helléniste, l'esprit libre, le pamphlétaire au style caustique, alerte et pittoresque, a pu déplorer dans le recueil de Lamartine une rhétorique traditionnelle, une poésie trop lisse avec des périphrases nobles et des langueurs élégiaques.

Voir aussi :
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, tome VI, Paris, Garnier Frères,18.., p. 330 :
"... il [Paul-Louis Courier] n'a jamais prisé les plus remarquables des littérateurs et des poètes de ce siècle, ni Chateaubriand, ni Lamartine, qu'il raille tous deux volontiers à la rencontre..."