LE PAYS NATAL DE JLJ : LA LORRAINE
jeudi 12 février 2026
l'explicit d' "Un homme qui dort" de Georges Perec
"Non. Tu n'es plus le maître anonyme du monde, celui sur qui l'histoire n'avait pas de prise, celui qui ne sentait pas la pluie tomber, qui ne voyait pas la nuit venir. Tu n'es plus l'inaccessible, le limpide, le transparent. Tu as peur, tu attends. Tu attends, place Clichy, que la pluie cesse de tomber."
Georges Perec, Un homme qui dort, 1967.
Clauder Henri Schmitt, Tableau abstrait I
Claude Henri Schmitt (Hargarten-aux-Mines, 1935 - Mazirot, 2021), Tableau abstrait I
peinture - 1991 - 100 x 81 cm
Exposition Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026
mercredi 11 février 2026
Claude Henri Schmitt, Völundskvädet IV
Völundskvädet IV
(Völunddskvädet, poème en vieux norrois, traduit en suédois)
monotype - 2007 - 100 x 81 cm
Exposition Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026
Claude Henri Schmitt, Lagash II
Lagash II
peinture - 1998 - 65 x 54 cm
Exposition Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026
vantardise et style du cardinal de Retz
"Tout le monde me suivit, et j'en eus besoin, car je trouvai cette fourmilière de fripiers toute en armes. Je les flattai, je les caressai, je les injuriai, je les menaçai : enfin je les persuadai. Ils quittèrent les armes, ce qui fut le salut de Paris [!], parce que, si ils les eussent eues encore à la main, à l'entrée de la nuit, qui s'approchait, la ville eût été infailliblement pillée.
Je n'ai guère eu en ma vie de satisfaction plus sensible que celle-là ; et elle fut si grande, que je ne fis pas seulement de réflexion sur l'effet que le service que je venais de rendre devait produire au Palais-Royal."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 91.
"À l'en croire, il aurait sauvé non seulement le régiment des gardes, mais tout Paris, en marchant, par une manœuvre de diversion, dans la direction des Halles. Il se flatte assurément. Le peuple de déposa pas les armes et, si la ville échappa au pillage, c'est parce qu'il construisit des barricades."
Simone Bertière, La vie du cardinal de Retz, Paris, Éditions de Fallois, 1990, p. 158.
l'explicit de "Quel petit vélo au guidon chromé..." de Georges Perec
"Alors Pollak Henri et nous autres, on s'en est revenu sur la route versaillaise. On a repris le train jusques aux Invalides. On s'est partagé les bouquins, les cigarettes, les chocolats. On est allé boire un pot à la terrasse du Sélect et on a vidé la bouteille de whisky. Et puis chacun est rentré chez soi. Et plus jamais on a entendu parler de ce mauvais coucheur."
Georges Perec, Quel petit vélo au guidon chromé au fond de la cour ?, 1966.
Claude Henri Schmitt, Maison orange
Claude Henri Schmitt (Hargarten-aux-Mines, Moselle, 1935 - Mazirot, Vosges, 2021), Maison orange
peinture - 1988 - 81 x 100 cm
Exposition Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026
mardi 10 février 2026
l'explicit des "Anges noirs" de François Mauriac
"Andrès s'étant levé, baisa son père au front. Alain descendit avec lui, tira le verrou de la porte. Sur les marches usées, dont la lune éclairait chaque ride, ils demeurèrent debout face à face. Et, en ce moment-là, un simple regard leur suffit, une pression de la main, pour découvrir combien ils s'aimaient."
François Mauriac, Les Anges noirs, 1936.
Claude Henri Schmitt, Village
Claude Henri Schmitt (Hargarten-aux-Mines, Moselle, 1935 - Mazirot, Vosges, 2021), Village
peinture -1991 - 81 x 54 cm
Exposition Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026
lundi 9 février 2026
les amours tumultueuses de Paul de Gondi et de Madame de Guémené
"Les affaires publiques ne m'occupaient pas si fort, que je ne fusse obligé de vaquer à des particulières, qui me donnèrent bien de la peine. Mme de Guémené [Anne de Rohan, princesse de Guémené], qui s'en était allée d'effroi, comme je crois vous avoir déjà dit, dès les premiers jours du siège de Paris, revint de colère à la première nouvelle qu'elle eut de mes visites à l'hôtel de Chevreuse [pour les beaux yeux de Charlotte-Marie de Lorraine, demoiselle de Chevreuse ; il entretint avec elle pendant trois ans des relations presque conjugales]. Je fus assez fou pour la prendre à la gorge sur ce qu'elle m'avait lâchement abandonné ; elle fut asse folle pour me jeter un chandelier à la tête sur ce que je ne lui avais pas gardé fidélité à l'égard de Mlle de Chevreuse."
- Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de La Pléiade, 1956, p. 304.
- Simone Bertière, La Vie du cardinal de Retz, Paris, Éditions de Fallois, 1990, p. 101-102.
exposition Claude Henri Schmitt au château de Courcelles de Montigny-lès-Metz
Exposition Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026
Né en
1935 à Hargarten-aux-Mines, au carrefour des cultures latine et germanique,
Claude Henri Schmitt a grandi dans un univers de frontières qu’il n’a cessé d’interroger
et de dépasser : entre réel et imaginaire, figuration et abstraction, paysages
extérieurs et intérieurs, art et vie.
Son œuvre
fait dialoguer objets du quotidien et toiles abstraites lyriques, paysages
lorrains et géographies secrètes de l’âme, portraits et signes empruntés aux
runes nordiques.
L’exposition
CHS, le « passe-frontières » rassemble une soixantaine d’œuvres qui révèlent la
force et la richesse colorée de ce peintre discret, resté méconnu de son vivant
mais qui mérite aujourd’hui toute l’attention des amateurs d’art. dimanche 8 février 2026
la guerre
"Abel ne se sent pas concerné par cette guerre qui a ravagé son pays d'origine et englouti son enfance dans un oubli total ; c'est un conflit parmi tant d'autres. Il a vite compris, en étudiant la géographie et l'histoire, que la guerre est une passion congénitale de l'humanité, elle ne cesse jamais sur la terre, pas un jour, pas une heure, elle se déplace, c'est tout, elle change de lieu, de forme, de prétextes, d'armement, de stratégie, d'intensité, de durée, de ceci de cela, mais le résultat est toujours pareil, des tombereaux de morts, des flopées d'infirmes, des hordes d'endeuillés, des ruines à profusion, du malheur à l'excès et de la haine à foison qui fermente longtemps après la fin des combats, bonne à se réinjecter dans un prochain conflit. C'est peut-être pourquoi le trou à pic de plus de dix ans qui crève sa mémoire à sa source ne le tourmente pas beaucoup, cela le délivre du poids de souvenirs terrifiants, lui épargne le lancinement de deuils inconsolables."
Sylvie Germain, À la table des hommes, Paris, Albin Michel, 2016, p. 197.
ah ! le vin de Thiaucourt, apprécié à Phalsbourg au XIXe siècle
"À chacun de ses passages, l'oncle Garnier venait embrasser sa belle-sœur Catherine et vider une bouteille de Thiaucourt."
Émile Erckmann, La première campagne du grand-père Jacques. Alsaciens et Vosgiens d'autrefois, Paris Hetzel, 1895, p. 5.
samedi 7 février 2026
Toyokuni III, Joueuse de shamisen
Utagawa Kunisada (Toyokuni III, 1786-1862), Joueuse de shamisen se rendant à une soirée
1856
De tous les élèves d'Utagawa Toyokuni, Kunisada fut incontestablement le plus prolifique, le plus influent et, au sein de sa génération, sauf peut-être Kuniyoshi, le plus doué. Sa carrière couvre un demi-siècle, depuis ses premières illustrations parues vers 1807, jusqu'à la suite extraordinaire de portraits d'acteurs en plan rapproché, qu'il dessina peu avant sa mort, à 76 ans, et dans laquelle il montre toujours la même force.
Il signa ses premières estampes Ichiyūsai Kunisada. Vers 1813, il abandonna le gō Ichiyūsai pour celui de Gototei. Dans les années 1820, il en adopta un autre, Kochoro, qu'il conserva jusqu'en 1844. C'est alors qu'il s'attribua le nom de Toyokuni II, sans tenir compte du droit légitime de Toyoshige à le porter. Actuellement, pour éviter la confusion, on le dénomme Toyokuni III.
Estampes japonaises, Collection des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 1989, p. 200.
vendredi 6 février 2026
l'explicit d' "À la table des hommes" de Sylvie Germain
"Le jour commence à poindre, les étoiles pâlissent, mais le jour et la nuit ne sont pas exclusifs, rien de l'est, mais le jour et la nuit ne sont pas exclusifs, rien ne l'est, sauf la haine en son orgueil inepte, tout s'interpénètre, se ramifie et se féconde. Les étoiles peuvent bien disparaître de la vue, elles ne désertent pas le ciel où elles diffusent leur feu depuis des milliards d'années, et leur lumière survit longtemps à leur extension. Et il est indifférent aux étoiles d'être ou non regardées par des admirateurs, comme cela l'est aussi aux arbres, aux montagnes et aux fleuves, aux fleurs et aux animaux. Seuls les hommes ont ce souci rongeant, et pour être remarqués, autant que pour éliminer qui s'avise de leur faire de l'ombre ou simplement qui ose de pas les glorifier ni se soumettre à eux, ils sont prêts à tout, à commencer par tuer. Abel, [Babel, un enfant sauvage, renommé Abel à l'âge adulte ] se relève, les bêtes s'en retournent vaguer sur les pelouses, brouter dans les massifs. Dans quelques heures, il en sera fini de leur escapade. Il sort de la ménagerie. Il se sent aussi nu qu'au matin de son réveil dans le lavoir d'un village en ruine. Mais il n'est plus avide de découvrir davantage le langage des hommes, il lui suffit de faire bon usage des mots qu'il a appris, de préserver autour de chacun d'eux un espace de silence où les faire résonner. Il n'est plus désireux de plaire à ses semblables, d'être accepté par eux, il lui suffit d'avoir été aimé par quelques-uns et d'avoir aimé ceux-là. Il a reçu sa part de fraternité, des destructeurs la lui ont arrachée, mais sous la douleur de ce rapt, il conserve la joie d'avoir un jour reçu cette part d'amour et d'amitié, et cette joie, personne ne pourra la lui retirer."
Sylvie Germain, À la table des hommes, Paris, Albin Michel, 2016.
Pour l'Enfant sauvage, voir Victor de l'Aveyron dans Wikipédia.
jeudi 5 février 2026
Toyokuni I, Samouraï
Toyokuni I (1769-1825), Samouraï en armure, revêtu d'un manteau de paille
1810-1814
Fils d'un fabricant de poupées, élève d'Utagawa Toyoharu, Utagawa Toyokuni fut l'un des plus brillants artistes novateurs des années 1790. Mais ce brio finit apparemment par freiner son imagination : il se retrouvera en effet esclave du renouveau qu'il avait inauguré dans le portrait d'acteur ; après 1800, la plupart de ses œuvres témoignent de ses tentatives plus ou moins réussies d'échapper aux conventions qu'il avait lui-même créées. Mais son originalité avait balayé une tradition et mis en place un autre style. Il vécut assez longtemps pour voir ses élèves perpétuer cette nouvelle orthodoxie.
Estampes japonaises, Collection des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 1989, p. 148.
mercredi 4 février 2026
Cahier Sylvie Germain - L'Herne
Cahier Sylvie Germain - L'Herne janvier 2026
Depuis quarante ans, Sylvie Germain a construit une œuvre
d’une grande originalité qui se démarque tant par la puissance de son
imaginaire que par la profondeur de sa réflexion philosophique et spirituelle. Sa
vision du monde passé et actuel ainsi que ses préoccupations éthiques rendent
sa lecture nécessaire dans un monde troublé en perte de repères. Ce Cahier se
veut une mise en perspective qui permet de renouveler l’approche de l’œuvre de
Sylvie Germain et d’approfondir l’étude de sa spécificité dans le champ littéraire
actuel. Refusant tout dogmatisme, elle décentre, déplace et renverse nos
perceptions et nos modes de pensée en questionnant des thèmes universels (le
mal, la mémoire, la quête de sens, la folie,…) et contemporains (violences
intra-familiales et incestueuses ; traumatismes des guerres, hantise de la
disparition, exclusion des minorités, solitude contemporaine,…).
mardi 3 février 2026
la fantaisie dans "Le vent reprend ses tours" de Sylvie Germain
"S'il retrouve Gavril, il le sortira de l'établissement où il est interné, il l'emmènera avec lui, ils voyageront, ils irons là où le vieil homme en aura envie ; ils parleront, ils se raconteront toutes ces années perdues loin de l'autre et rappelleront à leur mémoire celles du passé. Quatre-vingts ans, ce n'est pas si âgé, se rassure Nathan, l'affiche des « Disparus » ne signale aucune infirmité physique ni déficience mentale particulière. Et si Gavril ne veut pas voyager, ils s'installeront là où il le voudra, et s'il ne veut pas parler, ils garderont le silence. Ou ils joueront de l'un des instruments à souffle qu'inventait Gavril — de l'olifantastique, du cor-et-à-cri, du picologatome, de la trompette-à-rimes, du saxhoquet, du tuyau-soupir, de la flûte-à-couacs ou du poèmophone... À force de passer en revue les noms des instruments , de ces instruments fantasques et de s'efforcer de les visualiser, Nathan finit par s'endormir."
"Les jours suivants, il [Nathan] avait cherché l'échassier [Gavril] dans le quartier en vain. Deux semaines plus tard, il l'avait revu, sa haute silhouette se dandinait sur une place devant la terrasse d'un café ; il jouait de l'olifantastique dont le son évoquait le ululement du hibou aussi bien que le chant plaintif d'une baleine."
Sylvie Germain, Le Vent reprend ses tours, Paris, Albin Michel, 2019, p. 19-20 et 25.
un "je-ne-sais-quoi" de Sylvie Germain
" L'aspect de cet homme l'avait mise assez mal à l'aise ; la couleur de ses yeux, pareille à celle d'oiseaux nocturnes ou d'un fauve décati, son fort accent qui brouillait la compréhension de ce qu'il disait, et aussi ce je-ne-sais-quoi d'excentricité, d'assurance et de désinvolture qu'elle avait flairé en lui."
Sylvie Germain, Le Vent reprend ses tours, Paris, Albin Michel, 2019, p. 179.
lundi 2 février 2026
dimanche 1 février 2026
samedi 31 janvier 2026
catalogue de la statuaire royale de la XIXe dynastie de l'ancienne Egypte
Hourig Sourouzian, Catalogue de la statuaire royale de la XIXe dynastie
Institut Français d'Archéologie Orientale
vendredi 30 janvier 2026
la source des Rhénanes d'Apollinaire est-elle dans Erckmann-Chatrian ?
"Sous l'influence des romans noirs anglais, Erckmann a débuté par des contes fantastiques que l'on relira longtemps, tout comme la plupart de ses œuvres. Si Sainte-Beuve n'a pas fait mention de son nom, ce fut uniquement pour des raisons politiques. Son influence est durable. Guillaume Apollinaire l'a certainement lu attentivement ᅳ nous en trouvons les preuves dans ses Rhénanes. Les contes d'Erckmann soutiennent la comparaison avec les contes d'E.T.A. Hoffmann."
Maxime Alexandre, "Littérature alsacienne", dans Histoire des littératures, III, Littératures françaises, connexes et marginales, Encyclopédie de la Pléiade, 1958, p. 1551.
J'ai relu les Rhénanes d'Apollinaire, les poèmes qui sont dans Alcools et dans Le Guetteur mélancolique, et, ayant lu pratiquement tout l'œuvre d'Erckmann-Chatrian, je n'ai pas trouvé d'indices ou de réminiscences comme quoi Apollinaire aurait lu attentivement ces deux auteurs, sauf peut-être le poème Schinderhannes (dans Alcools). Effectivement Schinderhannes, ce criminel, voleur et assassin, qui agissait en bande, est raconté et évoqué plusieurs fois dans Erckmann-Chatrian. Mais Apollinaire ayant séjourné en Allemagne, notamment en Rhénanie, d'août 1901 à août 1902, il est fort possible qu'il ait entendu parler de Schinderhannes.
- Apollinaire, Œuvres poétiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 111-124 et 529-539.
- Erckmann-Chatrian, Schinderhans, publication en 18 feuilletons, du 14 mai au 1er juillet 1850, dans Le Toulonnais.
- Erckmann-Chatrian, Schinderhannes ou les Brigands des Vosges, 1855.
- Erckmann-Chatrian, Schinderhanns (nouvelle), dans la Revue Alsacienne, mars et avril 1878.
de Limbourg-sur-la Lahn à Francfort
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