samedi 28 février 2026

des extraits du "Désert" de Pierre Loti

"Vers le soir, nous approchons d'une région de hauts sommets. Et, à l'heure triste où le soleil d'hiver étend démesurément nos ombres, dans un grand cirque de sable et de pierre où nous sommes, ces montagnes devant nous étalent un merveilleux luxe de couleurs, des violets d'iris pour les bases, des roses de pivoine pour les cimes, le tout profilé sur la limpidité d'un ciel vert."

"Chaque matin, s'éveiller en un point différent du vaste désert. Sortir de sa tente et se trouver dans la splendeur du matin vierge ; détendre ses bras, s'étirer demi-nu dans l'air froid et pur ; sur le sable, enrouler son turban et se draper de ses voiles de laine blanche ; se griser de lumière et d'espace ; connaître au réveil, l'insouciante ivresse de seulement respirer, de seulement vivre."

"Nous passons dans les parages de la « Montagne de la Myrrhe » et maintenant tout le désert embaume ; de maigres petites plantes clairsemées, qui, de temps à autre, s'écrasent sous les pieds de nos dromadaires, répandent des arômes exquis et inconnus."

"Alors,, tout à coup, du haut de la petite citadelle solitaire, la voix du muezzin s'élève, une voix haute, claire, qui a le mordant triste et doux des hautbois, qui fait frissonner et qui fait prier, qui, plane dans l'air d'un grand vol et comme un tremblement d'ailes... Devant ces magnificences de la terre et du ciel, dont l'homme est confondu, la voix chante, chante, psalmodie au dieu de l'islam, qui est aussi le dieu des grands déserts..."

"Quand la nuit est venue, quand les étoiles sont allumées dans l'immense ciel, et que nos Bédouins, comme de coutume, se sont assis en rond autour de leurs feux de branches - silhouettes noires sur des flammèches jaunes - douze d'entre eux se détachent, viennent se ranger devant nos tentes, en cercle autour de l'un qui joue de la musette, et commencent de chanter un chœur. Suivant la cadence lente que le joueur de musette leur marque, ils balancent la tête en chantant. L'air est vieux et lugubre, tel sans doute qu'on en entendait au désert quand passa Moïse. Plus triste que le silence, cette musique bédouine qui s'élève, inopinément gémissante, et qui paraît se perdre dans l'air déshabitué de bruit, avide de son comme ces sables d'ici seraient avides de rosée..."

"Maintenant, le soleil est à demi plongé derrière le désert ; on ne voit que la moitié de son disque de feu rouge, comme en mer les soirs de calme, mais ses rayons ont assez de force encore pour dessiner nos ombres, qui sont de longues raies parallèles, des raies infinies sur la plaine. Et une grande chamelle blanche, seule debout parmi notre caravane couchée, les contours sertis d'une ligne d'or, fait sa bête géante, en silhouette contre la lumière qui va s'éteindre. Elle pousse un long cri mélancolique vers ce soleil qui s'abîme là-bas, dans sa pleine splendeur ; en elle peut-être s'ébauche quelque rudimentaire tristesse, quelque contemplation qui ne se définit pas..."

"Quand le soleil se couche, toutes ces montagnes aux plissures d'étoffe prennent de sinistres couleurs, jaune verdâtre avec rayures de brun ardent, le tout d'une netteté violente, découpé à l'emporte-pièce sur un triste ciel lie de vin qui semble un énorme rubis vu par transparence. Puis, la lune du ramadan surgit, dans ce rose violacé et froid, la grande pleine lune, qui d'abord a l'air d'un disque en étain à peine distant de la terre. Et l'ensemble devient déroutant et effroyable : on croirait maintenant voir, dans le recul des âges cosmiques, le lever d'un satellite mort sur une planète morte."

Pierre Loti, Le Désert, Paris, Christian Pirot, 1987, préface de Jacques Lacarrière, p. 36-37, 42-43, 44, 49, 109-110, 160-161, 175.

Prokop s'abandonnait dans l'abandon même de Dieu

"Accueillir, accepter, consentir ; écouter le silence et scruter l'invisible, — tels sont les plus hauts actes de l'attention et de la conscience que doivent accomplir les vivants. Il faut renoncer à l'impatience, au désir de recevoir des signes, à la fébrilité des preuves. Il n'y a que des traces impalpables disséminées de-ci de-là, et qui parfois affleurent, fugaces, à l'improviste au détour d'un instant. Des traces aussi discrètes que troublantes qui n'octroient aucune certitude, mais assignent sans fin à l'étonnement, au songe et à l'attente. [...] Le réel et son double ne faisaient qu'un ; le réel contenait dans les replis de sa chair foisonnante une multitude de doubles,  — ombres, reflets, échos et résonnances. Il se pouvait qu'il recélât aussi l'empreinte de Dieu comme un creux irradiant. Il se pouvait tout autant qu'il ne renfermât rien. Cela n'importait plus ; Prokop venait enfin de renoncer à tout, jusqu'à l'assurance que Dieu fût,  jusqu'au tourment causé par cette incertitude. Il s'abandonnait dans l'abandon même de Dieu."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 193. 

vendredi 27 février 2026

les jonquilles de mon jardin

la hauteur de la Moselle à Thionville

la ville de Gaza en 1894, vue par Pierre Loti

"Gaza, l'une des villes les plus vieilles du monde, nommée déjà dans la Genèse aux ténébreuses époques antérieures à Abraham (Genèse, X, 19), Gaza fut prise et reprise, anéantie et relevée par tous les peuples antiques de la terre ; les Egyptiens l'ont vingt fois possédée ; elle a appartenu aux Philistins, aux géants de la race d'Énac (Josué, XI, 21,22), aux Assyriens, aux Grecs, aux Romains, aux Arabes et aux Croisés. Son sol, encombré de débris, plein d'ossements et de trésors, est travaillé jusque dans ses profondeurs. La colline de pierre qui la supporte est une colline artificielle, maçonnée par en dessous en des temps reculés et imprécis ; ses alentours sont minés de souterrains de tous les âges, aux aboutissements inconnus ; ses campagnes sont criblées de trous sans fond où gitent des serpents et des lézards.
À plusieurs reprises, elle fut splendide, surtout à l'époque du dieu Marnas, qui y possédait un célèbre temple. Aujourd'hui, les sables ont comblé son port, enfoui ses marbres. Elle n'est plus qu'un humble marché, à la porte du désert, où s'approvisionnent les caravanes.
Son aspect est resté sarrasin ; au-dessus de l'amas délabré de ses maisons, s'élèvent des mosquées et des kiosques funéraires aux coupoles blanches, s'élancent des palmiers sveltes et de grands sycomores.
Pays de ruines et de poussière. Quartiers d'argile, de boue séchée, avec çà et là, incrusté dans les matériaux vils, un vieux marbre sarrasin, un blason des croisades, un morceau de colonne antique, un saint ou un Baal. Débris de temples, pavant les rues ; frises de palais grecs, par terre, au seuil des portes.
Peu de passants, et bien entendu, aucune trace de voitures ; des dromadaires, des chevaux, des ânons.
Quelques immobiles turbans, blancs ou verts, assis sur les marches des lieux d'adoration. Tout le mouvement, dans le bazar obscur, couvert de palmes fanées, où des Bédouins des différentes tribus du désert achètent, avec de l'argent de pillage, des harnais de chameaux, des étuis de sabre, de l'orge ou des dattes."
Pierre Loti, Le Désert, Paris, Christian Pirot, 1987, préface de Jacques Lacarrière, p. 200-201.

jeudi 26 février 2026

les primevères sont déjà fleuries


Claude Henri Schmitt, Cueilleur de pommes

 Cueilleur de pommes
peinture - 1987 - 146 x 114 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

mercredi 25 février 2026

Claude Henri Schmitt, Chaise et bassine


Chaise et bassine
peinture - 1987 - 81 x 54 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

défense de la forêt par Astrov, personnage de "L'Oncle Vania" de Tchekhov

"Tu peux chauffer tes poëles avec de la tourbe et construire les hangars en pierre. Bien, j'admets que l'on coupe les bois par nécessité, mais pourquoi les détruire ? Les forêts russes gémissent sous la hache, des milliards d'arbres périssent, les gîtes des bêtes, les nids des oiseaux se vident, les rivières s'ensablent et se dessèchent, des paysages ravissants disparaissent pour toujours, et tout cela parce que l'homme est paresseux et qu'il n'a pas assez de sens commun pour se baisser et ramasser le combustible [...]. Il faut être un barbare pour follement brûler dans un poële toute cette beauté, pour détruire ce que nous ne pouvons pas créer. L'homme est doué d'une raison et d'une force créatrice, pour multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu'ici, il n'a pas encore créé, il n'a que détruit. Il y a de moins en moins de forêts, les rivières se dessèchent, le gibier a disparu, le climat est plus rude et la terre s'appauvrit  et enlaidit de jour en jour. (À Voïnitzki = Vania.) Je te vois qui me regardes avec ironie, et tout ce que je dis te semble manquer de sérieux et... et, peut-être est-ce vraiment de la manie, mais quand je passe à côté de la forêt que j'ai sauvée, ou quand j'entends le bruissement de ma jeune forêt que j'ai plantée de mes mains, je deviens conscient du fait que le climat aussi est un peu entre mes mains et que si, dans mille ans, l'homme doit être heureux, cela sera un peu de ma faute à moi aussi. Quand je plante un jeune bouleau et que je le vois ensuite se couvrir de feuilles vertes et se balancer dans le vent, mon cœur se rempli de fierté."
Tchekhov, L'Oncle Vania, acte I. Traduction d'Elsa Triolet. 

mardi 24 février 2026

Oncle Vania dans "Immensités" de Sylvie Germain

"Ils s'assirent [Prokope et Aloïs] sur le canapé et burent leur bière tandis que les trains repartaient le long des rails en vrombissant. Une fine neige se mit à tomber derrière la fenêtre. Aloïs ne tarda pas en enfourcher son sujet favori, le théâtre. Il en revenait toujours à ses auteurs préférés, Tchekhov et Shakespeare. La dernière fois qu'il était monté sur scène, une vingtaine d'années auparavant, ç'avait été pour jouer l'Oncle Vania, et depuis ce personnage l'obsédait. À force de ressasser les répliques du malheureux Vania il avait fini par les faire siennes. Sa femme Marketa affirmait même qu'il clamait souvent la nuit, pendant son sommeil, des tirades d'Oncle Vania."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 82-83.

Paris, 1959. Mon frère et moi sommes allés au Studio des Champs Élysées pour entendre Sacha Pitoëff dans L'Oncle Vania de Tchekhov. C'était lui l'oncle Vania, Voinitzki, à la voix grave, au débit ralenti. Vania, enlisé dans sa vie sans relief, plein de regret pour s'être sacrifié inutilement au profit de Serebriakov,  professeur en retraite, un égoïste. Vania aurait voulu une autre vie. À la fin de la pièce, Vania et sa nièce Sonia, pleins d'amertume, se résigneront. C'est moi qui dit se résignerons, car Sonia, avec un discours de consolation,  a encore un peu d'espoir et elle dit à Vania quatre fois : nous nous reposerons ; et puis  la vie deviendra douce, tendre, bonne, comme une caresse. La voix de Sacha Pitoëff est inoubliable, comme d'ailleurs celle de Louis Jouvet.

Claude Henri Schmitt, Hyndla II


Hyndla II
monotype - 1998 - 81 x 65 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

"De 2006 à 2017, c’est dans des lexiques de mythologie nordique que CHS puise les titres de ses monotypes provoquant ainsi des rencontres inattendues de couleurs et de formes avec des imaginaires mythiques. Hyndla est, dans la mythologie scandinave, une géante aux pouvoirs magiques qui se déplace en chevauchant un loup."
Karin Schmitt 

Prokop chaviré par une bulle de savon qui lui claqua au nez


Édouard Manet, Les bulles de savon
© Calouste Gulbenkian Museum, Lisbonne

"Un jour, alors qu'il s'apprêtait à traverser une rue, il vit un petit garçon accoudé à une fenêtre du deuxième étage d'une maison située devant lui. L'enfant jouait à souffler des bulles de savon. Des grappes de bulles de toutes tailles jaillissaient, s'éparpillaient, éclataient en vol ou retombaient tout doucement en zigzaguant dans l'air. L'un de ces globules, tout irisé de mauve, de vert absinthe, strié de filaments dorés et  cerclé de violet vif vint flotiller jusque sous les yeux de Prokope qui eut juste le temps d'entr'apercevoir son propre reflet inversé parmi les moires de la sphère. Et ploc, la bulle claqua au bout de son nez. Rien de bien considérable dans cette plaisante vétille, si ce n'est que Prokope en eut la tête à l'envers pendant un moment qui lui sembla interminable. La tête pour de bon à l'envers, et qui s'envolait à mi-hauteur des murs le long de la rue. Prokop ne pouvait plus avancer ni reculer, il avait perdu sa vue de bipède lesté au sol, il se trouvait soudain doté d'une vue d'opossum suspendu tête en bas et mis en apesanteur. Il ne reconnaissait plus rien, était incapable de s'orienter, de faire le moindre geste ou pas, et il en avait le vertige. Sa grosse bulle de tête dans les yeux de laquelle se reflétaient des images distordues louvoya un moment jusqu'u bout de la rue et finit par exploser contre un réverbère. Prokope ressentit dans tout son corps la détonation ; sa tête se remit en bonne et due place sur son cou, il la saisit à deux mains pour s'assurer de sa présence, cligna des yeux et repartit en titubant."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 135-136.

Pour le tableau de Manet :
António Filipe Pimentel (sous la direction), Guide du Musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne,  Ediciones El Viso, 2025, p. 248-249.

lundi 23 février 2026

Claude Henri Schmitt, Homme à la pipe

Homme à la pipe
peinture - 1985
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

savons-nous lire juste ?

"Personne,  ou presque, ne peut affirmer qu'il sait lire juste. La pesanteur qui nous leste est telle qu'elle opacifie notre regard de taies, le balise d'œillères. Il faudrait s'être délivré de toute velléité de jugement pour parvenir à lire les autres avec justesse, et ainsi leur rendre justice."
Sylvie Germain, Les Personnages, Gallimard, 2004, p. 35. 

dimanche 22 février 2026

la solitude de la croix de pierre


Croix de Nervieux, Loire, fin  XVe siècle, dessin de Louis Bernard

"Écoute, jeune fille, toi qui pleures de n'être pas aimée, je te raconterai combien est grande la solitude de cette croix de pierre qui se dresse là-bas. Nul n'a souci d'elle, elle est à l'abandon
Nul ne la fleurit ou s'incline devant elle. Nul ne la maudit non plus. Car s'il y eut autrefois des passants qui s'agenouillèrent et se signèrent devant elle, il y en eut aussi qui jetèrent des jurons et des crachats au pied de son socle.
Prières et blasphèmes se sont tus depuis longtemps. Mais je ne les ai pas oubliés. Je sais que chaque prière qui fut adressée à Dieu, face à la croix de pierre, fut entendue et recueillie. Chaque prière, qu'elle fût de louange ou de lamentation, se fit murmure qui respira dans la pierre, souffle qui s'exhala du torse de la croix, et le grain du granit devenait alors pareil à celui d'une peau d'homme. Je sais aussi que chaque crachat qui fut lancé contre elle l'a blessée comme un outrage, comme la trahison d'un frère, le reniement d'un fils, comme la malédiction d'un père. Et j'ai vu sur la pierre perler une sueur de sang.
Écoute, jeune fille, toi qui pleures d'aimer sans l'être en retour, je te raconterai le combat incessant que doit livrer cette croix. Le vent, les pluies, le gel ont érodé sa pierre, le lichen la ronge, les crachats l'ont souillée. Mais elle demeure droite, les bras ouverts, le torse offert dans la plus nue des nudités. Son endurance est infinie. Et pourtant sa vulnérabilité est extrême. Elle résiste en silence, ne cède à aucune tentation."  
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 164-165.

Pour la croix ci-dessus :
Louis Bernard, Les Croix monumentales du Forez, Saint-Étienne, Conseil général de la Loire, 1971, p. 50.

exposition Frans Maserel au Musée de l'Image d' Epinal

 

Exposition Frans Maserel
Un  art entre rêverie et révolte
Musée de l'Image d'Épinal
14 février - 20 septembre 2026 

samedi 21 février 2026

les personnages de théâtre dans "Hors champ" de Sylvie Germain


Affiche d'Eugène Grasset pour la pièce de théâtre Jeanne d'Arc de Jules Barbier (1825 - 1901)
avec Sarah Bernhardt dans le rôle de Jeanne
-
"Ah, il [Aurélien] se souvient, Botho Strauss, inspiré par Shakespeare, et lâchant des personnages du Songe d'une nuit d'été dans un parc berlinois vers la fin du vingtième siècle. C'est que les personnages de théâtre, ça a la peau dure, le verbe vivace, et de la ruse à foison pour s'incarner et se réincarner sans cesse, pour naviguer à fleur du temps, franchir les siècles. Ils ne sont pas seulement en perpétuelle quête d'auteurs, mais aussi de nouveaux acteurs et de metteurs en scène, et bien sûr de public. Que ce dernier vienne à manquer, et c'est la dissolution dans l'oubli pour les personnages. Ils se métamorphosent, ils font peau neuve — parce qu'une peau d'encre, un corps de pure suggestion, c'est à la fois coriace et très souple, fabuleusement malléable et transmuable. Ils se sentent à l'aise en toute époque, dans toutes les langues et n'importe quel costume —  du moment que l'on garde leur esprit."
Sylvie Germain, Hors champ, Albin Michel, 2009, p. 188.

Après ce qu' a exprimé Sylvie Germain, je pense au personnage d'Électre : Eschyle (Les Choéphores), Sophocle, Euripide, Crébillon père, Hugo von Hofmannsthal (Elektra), Giraudoux, Sartre (Les Mouches). Les acteurs habillés d'époque ou en contemporain de l'auteur, les textes retraduits ou réinterprétés. 
De même pour Antigone : Sophocle, Sénèque, Robert Garnier, Rotrou, Cocteau, Brecht...
Pour Jeanne d'Arc : Voltaire, Schiller, Jules Barbier, George Bernard Shaw, Anouilh (L'Alouette)...
Gœtz von Berlichingen mit der eisernen Hand  de Gœthe et Le Diable et le Bon Dieu de Sartre.
Titus Andronicus de Shakespeare et Schändung de Botho Strauss.

Claude Henri Schmitt, Sången am Sigfrida III


 Sången Am Sigfrida III
monotype - 2008 - 81 x 54 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

"De 2006 à 2017, c’est dans la mythologie nordique que CHS puise les noms de ses monotypes. Il semble avoir utilisé plusieurs lexiques en les suivant dans l’ordre alphabétique (lexiques de noms de personnages et de lieux de la mythologie nordiques et épisodes tirés de l’Edda). Grâce à la technique particulière d'impression monotypique CHS provoque des rencontres inattendues de formes et de couleurs et explore les possibilités que le hasard de ces rencontres fait surgir. Pour le plus grand bonheur du spectateur, le tableau devient un espace de rencontres invitant à la rêverie: rencontres de couleurs, de formes et - par le titre arbitrairement choisi dans le répertoire de la mythologie nordique - d’imaginaires mythiques. Il existe 5 tableaux portant le titre « Sången om Sigdrifa » (chant scaldique évoquant la valkyrie Sigdrifa). Ils ont tous été réalisés en 2008 et sont numérotés de I à V. "
Karin Schmitt      

vendredi 20 février 2026

une tête en bois de Claude Henri Schmitt

Tête en bois peint
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

les morphoses dans "Hors champ" de Sylvie Germain

"Un vent froid et humide se lève, Aurélien presse le pas, il se murmure la liste des «morphoses» égrénée par Joël : «métamorphose, anamorphose, paramorphose, tératomorphose, hagiomorphose, patamorphose...»  Et il ajoute :  «On y arrivera, vieux frère, on  y arrivera.» Mais où, à quoi exactement, sont-ils censés arriver tous les deux, il ne sait pas trop."

"Il parle tout haut, de toute façon cela ne dérange personne. Il zigzague dans ses pensées, il cherche ses mots. Il se refuse encore à reconnaître l'énormité de son désastre - de son «apomorphose» ou «antimorphose»  tragique et ridicule en personnage totalement imperceptible, privé soudain du moindre « mot à dire dans la réalité» car expulsé de l'apparence, alors même que, de cette réalité, de la communauté humaine, il entend comme jamais les pulsations du cœur. Ce n'est d'ailleurs pas tant qu'il la refuse, cette néant-morphose, il est sidéré. Et soudain, devant tant d'aberration, il éclate de rire."

Sylvie Germain, Hors champ, Albin Michel, 2009, p. 31 et 158.

jeudi 19 février 2026

l'explicit de "Prime jeunesse" de Pierre Loti

 "Bon quart, tribord ! Bon quart, bâbord !... Quand sonna la demi-heure suivante,  je crois bien que la plupart d'entre nous n'entendirent même plus le chant des hommes de vigie chargés de veiller sur notre repos. Confiants tous en la mer, heureux de nous être livrés à elle , amusés de l'écouter et même ravis, nous perdîmes bientôt conscience de toutes choses, dans la symphonie de ses myriades de légers clapotis berceurs..."
Pierre Loti, Prime jeunesse, 1919.

la lecture dans "Hors champ" de Sylvie Germain


"Le lecteur, si vraiment il s'engage dans sa lecture,  devient un personnage lié au roman qu'il lit puisqu'il entre à son tour dans l'histoire et refait, à sa façon, tout le parcours du texte. Mais ce personnage échappe totalement au pouvoir, à la volonté, à l'imagination de l'auteur du livre dont il n'est pas une « création », mais un invité. Un drôle d'invité, anonyme, venu on ne sait d'où, qui arrive à l'improviste et sort quand ça lui chante de l'espace du livre, sans souci de ponctualité, de la moindre convenance, qui s'y attarde ou le traverse à toute allure, riant, bâillant d'ennui, râlant, applaudissant ou se moquant, selon son humeur, sa sensibilité, ses intérêts. Les grands romans grouillent ainsi d'hôtes anonymes qui fouillent dans les coins, dérobent par-ci par-là une poignée de mots [ce que je fais souvent], une ou deux idées, quelques images qu'ils utilisent ensuite dans leur vie. Les romans ont, très concrètement et puissamment, « leur mot à dire » dans la réalité, quand, de celle-ci, ils savent écouter au plus près les pulsations du cœur. Et ces pulsations émettent une fabuleuse cacophonie, il y en a des cristallines, des enjouées, des vivaces, candides et audacieuses, il y en a des confuses, envasées et clapotantes dans la fadeur, la pesanteur, il y en a des visqueuses et acides qui grondent, vocifèrent ou ricanent, il y en a de toutes sortes, de tout timbre. Un roman doit savoir les brasser, sinon le chant du monde sonne faux."
Sylvie Germain, Hors champ, Albin Michel, 2009, p. 25-26.

d'après Jackson Pollock, tableau de Claude Henri Schmitt


D'après Jackson Pollock
tableau - 1996 - 100 x 81 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

mercredi 18 février 2026

la rose et les deux tulipes de Lunéville



Claude Henri Schmitt, Village aux mirabelles


Village aux mirabelles
peinture - 1984 - 100 x 81 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026