Construction de l'arche de Noé, chapiteau de l'église abbatiale de Vézelay
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"Ce fut vers onze ans que mon père découvrit Vézelay. Il s'y était rendu à bicyclette avec son père à travers la vallée de la Cure. Mais sitôt atteint, ce but de promenade se retourna en nouveau point de départ. Ce fut pour lui sa première rencontre avec la beauté, avec la démesure de la beauté. Il connaissait alors la ville et la campagne, et la beauté propre à chacune. Mais cette beauté-là, immense, insolite, dressée à la croisée du ciel et de la terre, des hommes et du divin, il ne l'avait encore jamais approchée, peut-être même pas soupçonnée. Il ressentit ce même étonnement qui autrefois saisissait les pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle. Vézelay était une halte sur leur parcours de dévotion. Ils allaient de mystère en mystère. Et la basilique élevée sur la colline qu'ils qualifiaient de sacré était par excellence un lieu de mystère. Elle prétendait abriter dans sa crypte les reliques de celle qui fut appelée l'Amica Christi, Marie-Madeleine, et se voulait le corps second de la sainte. Un corps de gloire, magnifié dans la pierre, visible jusqu'à l'admirable. Un corps de pierre écrite, d'une écriture tout à la fois naïve et très savante, murmurant entre les lignes de sa légende sainte, toute de figures et de personnages, un autre récit, tout de symboles et de nombres. Un corps paré de fantaisie apparente, mais bâti et sculpté selon la plus rigoureuse arithmétique.
Et lui, l'enfant venu à bicyclette, resta confondu par ce grand corps de pierre blanche proliférant de signes, de chiffres et de marques qu'il ne savait pas lire. Il regardait, et son regard était remis au monde. Les cadres du visible, qui jusqu'alors lui avaient été familiers, d'un coup se trouvait renversés ; ils éclataient. Son regard découvrait le mystère du visible, la force inouïe mûrissant dans les formes, l'infini enclos à l'intérieur des lignes, la vitesse filant au cœur de l'immobilité. L'espace se révélait vigueur, clarté, clameur et élan. Il venait d'apprendre à voir."
Sylvie Germain, Le Monde sans vous, Albin Michel, 2911, p. 99-100.
Pour la photo du chapiteau de Vézelay :
Raymond, Oursel, Bourgogne romane, 7e édition, La Pierre-qui-Vire, Éditions Zodiaque, 1979, pl. 102.

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