jeudi 5 mars 2026

Pierre Loti a visité Persépolis le 3 mai 1900


Persépolis - La porte de toutes les nations, bâtie par Darius 1er et son fils Xerxès, Ve siècle


Persépolis - Escalier de l'apadana construit par Darius et Xerxès 1er, Ve siècle


Persépolis - Lion attaquant un taureau, décor d'un escalier du palais, Ve siècle


Persépolis - Façade du soubassement de l'apadana, Ve siècle


Persépolis - Sommet restauré d'une colonne de la porte de toutes les nations, Ve siècle

"Mais notre étape d'aujourd'hui sera de courte durée, car, au bout de quatre heures, nous devons rencontrer les grands palais du silence, les palais de Darius et de Xerxès, qui valent bien que l'on s'arrête. [...]
Depuis un peu plus de deux mille ans, depuis que le passage des armées du Macédonien en a révélé l'existence aux nations occidentales, cela porte un nom qui est devenu à lui seul imposant et évocateur : Persépolis. [...]
Oh ! mon saisissement d'être accueilli, dès l'entrée, par deux de ces mornes géants dont l'aspect, à moi, connu de très bonne heure, avait hanté mon enfance : corps de taureau ailé, et tête d'homme à longue barbe frisée, sous une tiare de roi mage ! [...]
Les deux géants ailés, qui me reçoivent au seuil de ces palais, c'est Xerxès qui eut la fantaisie de les poster ici en vedette. [...]
Toujours suivis de nos chevaux, dont les pas résonnent trop sur les dalles, nous nous avançons au cœur des palais, vers les quartiers magnifiques de Darius. Les colonnes brisées jonchent le sol ; il en reste debout une vingtaine peut-être, qui de loin en loin s'élèvent solitairement, toutes droites et toutes minces, dans le ciel pur ; elles sont cannelées du haut en bas ; leur socle est taillé en monstrueux calice de fleur, et leur chapiteau très débordant, qui paraît en équilibre instable dans l'air, représente, sur chacune de ses quatre faces la tête et le poitrail d'un bœuf. [...]
Les esplanades se superposent, les escaliers se succèdent à mesure que l'on approche des salles où trôna le roi Darius. Et la face de chaque assise nouvelle est toujours couverte de patients bas-reliefs, représentant des centaines de personnages, aux nobles raideurs, aux barbes et aux chevelures frisées en petites boucles : des phalanges d'archers, tous pareils et inscrits de profil ; des défilés rituels, des monarques s'avançant sous de grands parasols que tiennent des esclaves ; des taureaux, des dromadaires, des monstres. En quelle pierre merveilleuse tout cela a-t-il été ciselé, pour que tant de siècles n'aient même pu rien dépolir ?"
Pierre Loti, Vers Ispahan, Paris, Christian Pirot, 1988, p. 118, 119, 123-125.

Pierre Amiet, L'Art antique du Proche-Orient, Paris, Mazenod, 1977, pour les cinq photos : n° 147, 145, 150, 151, 146.

Viktor soufflait dans son saxo comme dans une corne d'abondance


Saxophone ténor © ALFAAL

"Viktor soufflait dans son saxo comme dans une corne d'abondance. Il puisait son souffle au tréfonds de son ventre, de son âme, et le jetait tout vif dans la nuit montante comme un orpailleur ivre semant par poignées à tous les vents l'or brut qu'il viendrait d'arracher à la terre. C'était le chant d'une chair exultante, c'était le cri d'un cœur strident de peine, la clameur d'une mémoire en crue ; c'était le tempo d'un amour chavirant entre douleur et joie. C'était le somptueux tumulte du désir qui dans un même temps s'afflige et s'émerveille de se sentir si ample et vigoureux au sein d'un monde qu'il lui faudra bientôt quitter."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 188

la péniche néerlandaise Providence passant à Thionville


La péniche néerlandaise Providence passant à Thionville le vendredi 27 janvier 2026

mercredi 4 mars 2026

travaux forestiers en forêt de Garche





le patrimoine moral des Persans

"Les Persans, dont je peux parler avec le plus de détail pour les avoir mieux vus, sont une nation très ancienne, et, comme il le disent eux-mêmes, la plus ancienne peut-être du monde qui ait eu un gouvernement régulier et ait fonctionné sur la terre comme un grand peuple. Cette vérité est présente à l'esprit de toute la famille iranienne. Ce ne sont pas seulement les classes lettrées qui la connaissent et qui l'expriment ; les gens du plus bas étage s'en repaissent, y reviennent volontiers, et en font le sujet de leurs conversations ordinaires. C'est là la base du ferme sentiment de supériorité qui constitue une de leurs idées communes, et une portion importante de leur patrimoine moral. Il m'est arrivé souvent de m'entendre faire ce compliment que les Français (autant qu'on pouvait le savoir) étaient par excellence la monarchie antique de l'Europe, et qu'en cela ils ressemblaient aux Persans. Dans la pensée de mes interlocuteurs, il y avait une politesse pour moi, et en même temps une grande gloire pour eux : car, en me montrant mon peuple au-dessus des autres en Europe, ils me donnaient assez à entendre combien grande encore était la distance qui le séparait d'eux-mêmes."
Arthur de Gobineau, Trois ans en Asie, Paris, Editions A.M. Métailié, p. 203.

Sylvain Divo, La Dame du Parc Napoléon de Thionville





 Sylvain Divo, La Dame du Parc Napoléon, 2025, bois de chêne

François Bouvet, Éclats sur fond jaune


 François Bouvet, Éclats sur fond jaune
2026 - fluorescence -  75 x 75 cm
Galerie Virelay - 3, place de l'Étang-Saint-Jean - Nancy 

l'instituteur qui m'apprit à nager dans le Rupt-de-Mad

 

Le Rupt-de-Mad à Jaulny

À la fin de mon année scolaire 1947-48, classe de 9e, à l'école Saint-Léon de Nancy, mon père voulut m'inscrire pour la rentrée de septembre 1948 en classe de 7e à l'Institution Saint-Joseph de Nancy, boulevard Albert 1er. Pour cela, je devais réussir un examen de passage en 7e puisque je sautais une classe. Mon père me fit donner pendant les vacances d'été à Jaulny des cours par Monsieur Marmois, l'instituteur. Essentiellement de petits cours de grammaire et d'arithmétique (opérations sur les fractions). De plus, pour m'éveiller l'esprit, Monsieur Marmois me prêtait Rallye, un hebdomadaire pour la jeunesse, où bandes dessinées et textes documentaires étaient alternés. Je crois avoir contenté Monsieur Marmois, car, en plus de son enseignement, il m'a apprit à nager dans le Rupt-de-Mad, au lieu-dit La Fosse.

Grâce à cet instituteur, j'ai réussi en rentrer en 7e à Saint-Joseph. Mes frères M. et P. me dirent que j'avais décroché la timbale. C'est en retrouvant son nom dans le Didot-Bottin de 1949 et dans Geneanet, que j'ai voulu rendre ce petit hommage à ce hussard noir de la République.

Camille Émile Marmois, né en 1912 à Rembercourt-sur-Mad, décédé en 1984 à Thiaucourt.

mardi 3 mars 2026

aïe ! coup de foudre


François Bouvet, Les Larmes


François Bouvet, Les Larmes, composition n° 67
2026, huile sur toile, 72 x 99 cm
Galerie Virelay - 3, place de l'Étang-Saint-Jean - Nancy 

Gobineau arrive dans la plaine de Téhéran et voit le Demavend


"Nous partîmes le lendemain matin de bonne heure. La présence de la voiture avait un peu changé depuis Koum les conditions de la marche. On n'allait plus réunis. Différents membres de la mission avaient pris les devants, ,dans leur impatience, et s'étaient mis en route à minuit. Je fis le chemin presque seul, avec mon kaliandjy et deux autres domestiques.
Nos chevaux et ceux du reste de la caravane n'en pouvaient plus, de sorte que tout marchait lentement. Je traversai assez indifféremment une série de vallons et de collines, qui se succédaient les unes aux autres comme la veille, en se ressemblant, offrant toujours les mêmes caractères de stérilité et d'abandon ; mais à un tournant, j'aperçus tout à coup une plaine immense, une vallée d'une largeur grandiose courant de l'est à l'ouest : c'était la plaine de Téhéran. Au nord s'étendait une chaîne de montagnes dont les sommets étincelants de neige se relevaient à une hauteur majestueuse : c'était l'Elbourz, cette immense arête qui unit l'Hindou-Koush aux montagnes de Géorgie, le Caucase indien au Caucase de Prométhée ; au-dessus de cette chaîne, la dominant comme un géant, s'élançait dans les airs l'énorme cône pointu du mont Demavend, blanc de la tête au pied. On ne saurait rien imaginer de plus vaste ni de plus beau."
Arthur de Gobineau, Trois ans en Asie, Paris, Editions A. M. Métailié, 1980, p. 189-190.

lundi 2 mars 2026

un tableau de Claude Henri Schmitt d'après Maurice Estève


D'après Maurice Estève (1904-2001)
peinture - 1992 - 81 x 54 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

Dans les tableaux d'Estève il n' y a pas de lignes droites et de couleurs foncées ;
les couleurs d'Estève proviennent de celles des tableaux de Bonnard :

 
Maurice Estève, La Ramée
1945 - 65 x 81 cm

François Bouvet, Éclats dans le ciel noir


 François Bouvet, Éclats dans le ciel noir
2026 -  fluorescence - 95 x 68 cm
Galerie Virelay - 3, place de l'Étang-Saint-Jean - Nancy  

dimanche 1 mars 2026

l'avis de Gobineau sur la religion en Perse

"L'existence d'un corps ecclésiastique, le culte exagéré des Imams, une théologie toute raffinée et aussi exubérante en développements que le Koran se montre simple, enfin la vénération des saints poussée à un degré qui en fait des demi-dieux, tout cela fut rédigé en corps de doctrine et non plus seulement toléré ou favorisé, mais commandé. En pratique, les moullahs se trouvèrent les maîtres absolus de l'empire."
Arthur de Gobineau, Trois ans en Asie, voyage en Perse, 1855-1858, Paris, Editions A. M. Métailié, 1980, p. 223.

Pierre Loti entre à Téhéran le 27 mai 1900

"Comme tout est noir, au-dessus de cette capitale de l'Iran ! Des épaisseurs de nuées, derrière lesquelles on devine des épaisseurs de montagnes, emplissent le ciel de leurs masses presque terrifiantes. ᅳ Et toujours, dans une déchirure qui persiste, le Démavend [volcan éteint, point culminant 5 610 m.] nous montre confusément sa pointe, argentée sur un fond sombre ; on voit bien que ce n'est pas un nuage, que c'est une chose solide, de la nature des rocs, mais cela semble monté trop haut pour appartenir à la terre ; et puis on dirait que cela surplombe... Cela fait partie de quelque astre étranger sans doute, qui s'approche sans bruit derrière ces rideaux de ténèbres. ᅳ et le monde va finir..."
Pierre Loti, Vers Ispahan, Paris, Christian Pirot, 1988, p. 246

qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses

"Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses, prenne son parti de cheminer lentement à mes côtés, par étapes, ainsi qu'au Moyen Âge.
Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses, consente au danger des chevauchées par les sentiers mauvais où les bêtes tombent, et à la promiscuité des caravansérails où l'on dort entassés dans une niche de terre battue, parmi les mouches et la vermine.
Qui veut venir avec moi voir apparaître, dans sa triste oasis, au milieu de ses champs de pavots blancs et de ses jardins de roses roses, la vieille ville de ruines et de mystère, avec tous ses dômes bleus, tous ses minarets bleus d'un inaltérable émail ; qui veut venir avec moi voir Ispahan sous le beau ciel de mai, se prépare à de longues marches, au brûlant soleil, dans le vent âpre et froid des altitudes extrêmes, à travers ces plateaux d'Asie, les plus élevés et les plus vastes du monde, qui furent les berceau des humanités, mais sont devenus aujourd'hui des déserts."
Pierre Loti, Vers Ispahan, Paris, Christian Pirot, 1988, p. 23. 

Claude Henri Schmitt, Gilgamesh II


 Gilgamesh II
monotype - 1998 - 81 x 54 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

samedi 28 février 2026

des extraits du "Désert" de Pierre Loti

"Vers le soir, nous approchons d'une région de hauts sommets. Et, à l'heure triste où le soleil d'hiver étend démesurément nos ombres, dans un grand cirque de sable et de pierre où nous sommes, ces montagnes devant nous étalent un merveilleux luxe de couleurs, des violets d'iris pour les bases, des roses de pivoine pour les cimes, le tout profilé sur la limpidité d'un ciel vert."

"Chaque matin, s'éveiller en un point différent du vaste désert. Sortir de sa tente et se trouver dans la splendeur du matin vierge ; détendre ses bras, s'étirer demi-nu dans l'air froid et pur ; sur le sable, enrouler son turban et se draper de ses voiles de laine blanche ; se griser de lumière et d'espace ; connaître au réveil, l'insouciante ivresse de seulement respirer, de seulement vivre."

"Nous passons dans les parages de la « Montagne de la Myrrhe » et maintenant tout le désert embaume ; de maigres petites plantes clairsemées, qui, de temps à autre, s'écrasent sous les pieds de nos dromadaires, répandent des arômes exquis et inconnus."

"Alors, tout à coup, du haut de la petite citadelle solitaire, la voix du muezzin s'élève, une voix haute, claire, qui a le mordant triste et doux des hautbois, qui fait frissonner et qui fait prier, qui, plane dans l'air d'un grand vol et comme un tremblement d'ailes... Devant ces magnificences de la terre et du ciel, dont l'homme est confondu, la voix chante, chante, psalmodie au dieu de l'islam, qui est aussi le dieu des grands déserts..."

"Quand la nuit est venue, quand les étoiles sont allumées dans l'immense ciel, et que nos Bédouins, comme de coutume, se sont assis en rond autour de leurs feux de branches - silhouettes noires sur des flammèches jaunes - douze d'entre eux se détachent, viennent se ranger devant nos tentes, en cercle autour de l'un qui joue de la musette, et commencent de chanter un chœur. Suivant la cadence lente que le joueur de musette leur marque, ils balancent la tête en chantant. L'air est vieux et lugubre, tel sans doute qu'on en entendait au désert quand passa Moïse. Plus triste que le silence, cette musique bédouine qui s'élève, inopinément gémissante, et qui paraît se perdre dans l'air déshabitué de bruit, avide de son comme ces sables d'ici seraient avides de rosée..."

"Maintenant, le soleil est à demi plongé derrière le désert ; on ne voit que la moitié de son disque de feu rouge, comme en mer les soirs de calme, mais ses rayons ont assez de force encore pour dessiner nos ombres, qui sont de longues raies parallèles, des raies infinies sur la plaine. Et une grande chamelle blanche, seule debout parmi notre caravane couchée, les contours sertis d'une ligne d'or, fait sa bête géante, en silhouette contre la lumière qui va s'éteindre. Elle pousse un long cri mélancolique vers ce soleil qui s'abîme là-bas, dans sa pleine splendeur ; en elle peut-être s'ébauche quelque rudimentaire tristesse, quelque contemplation qui ne se définit pas..."

"Quand le soleil se couche, toutes ces montagnes aux plissures d'étoffe prennent de sinistres couleurs, jaune verdâtre avec rayures de brun ardent, le tout d'une netteté violente, découpé à l'emporte-pièce sur un triste ciel lie de vin qui semble un énorme rubis vu par transparence. Puis, la lune du ramadan surgit, dans ce rose violacé et froid, la grande pleine lune, qui d'abord a l'air d'un disque en étain à peine distant de la terre. Et l'ensemble devient déroutant et effroyable : on croirait maintenant voir, dans le recul des âges cosmiques, le lever d'un satellite mort sur une planète morte."

Pierre Loti, Le Désert, Paris, Christian Pirot, 1987, préface de Jacques Lacarrière, p. 36-37, 42-43, 44, 49, 109-110, 160-161, 175.

Prokop s'abandonnait dans l'abandon même de Dieu

"Accueillir, accepter, consentir ; écouter le silence et scruter l'invisible, — tels sont les plus hauts actes de l'attention et de la conscience que doivent accomplir les vivants. Il faut renoncer à l'impatience, au désir de recevoir des signes, à la fébrilité des preuves. Il n'y a que des traces impalpables disséminées de-ci de-là, et qui parfois affleurent, fugaces, à l'improviste au détour d'un instant. Des traces aussi discrètes que troublantes qui n'octroient aucune certitude, mais assignent sans fin à l'étonnement, au songe et à l'attente. [...] Le réel et son double ne faisaient qu'un ; le réel contenait dans les replis de sa chair foisonnante une multitude de doubles,  — ombres, reflets, échos et résonnances. Il se pouvait qu'il recélât aussi l'empreinte de Dieu comme un creux irradiant. Il se pouvait tout autant qu'il ne renfermât rien. Cela n'importait plus ; Prokop venait enfin de renoncer à tout, jusqu'à l'assurance que Dieu fût,  jusqu'au tourment causé par cette incertitude. Il s'abandonnait dans l'abandon même de Dieu."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 193. 

vendredi 27 février 2026

les jonquilles de mon jardin

la hauteur de la Moselle à Thionville


la ville de Gaza en 1894, vue par Pierre Loti


"Gaza, l'une des villes les plus vieilles du monde, nommée déjà dans la Genèse aux ténébreuses époques antérieures à Abraham (Genèse, X, 19), Gaza fut prise et reprise, anéantie et relevée par tous les peuples antiques de la terre ; les Egyptiens l'ont vingt fois possédée ; elle a appartenu aux Philistins, aux géants de la race d'Énac (Josué, XI, 21,22), aux Assyriens, aux Grecs, aux Romains, aux Arabes et aux Croisés. Son sol, encombré de débris, plein d'ossements et de trésors, est travaillé jusque dans ses profondeurs. La colline de pierre qui la supporte est une colline artificielle, maçonnée par en dessous en des temps reculés et imprécis ; ses alentours sont minés de souterrains de tous les âges, aux aboutissements inconnus ; ses campagnes sont criblées de trous sans fond où gitent des serpents et des lézards.
À plusieurs reprises, elle fut splendide, surtout à l'époque du dieu Marnas, qui y possédait un célèbre temple. Aujourd'hui, les sables ont comblé son port, enfoui ses marbres. Elle n'est plus qu'un humble marché, à la porte du désert, où s'approvisionnent les caravanes.
Son aspect est resté sarrasin ; au-dessus de l'amas délabré de ses maisons, s'élèvent des mosquées et des kiosques funéraires aux coupoles blanches, s'élancent des palmiers sveltes et de grands sycomores.
Pays de ruines et de poussière. Quartiers d'argile, de boue séchée, avec çà et là, incrusté dans les matériaux vils, un vieux marbre sarrasin, un blason des croisades, un morceau de colonne antique, un saint ou un Baal. Débris de temples, pavant les rues ; frises de palais grecs, par terre, au seuil des portes.
Peu de passants, et bien entendu, aucune trace de voitures ; des dromadaires, des chevaux, des ânons.
Quelques immobiles turbans, blancs ou verts, assis sur les marches des lieux d'adoration. Tout le mouvement, dans le bazar obscur, couvert de palmes fanées, où des Bédouins des différentes tribus du désert achètent, avec de l'argent de pillage, des harnais de chameaux, des étuis de sabre, de l'orge ou des dattes."
Pierre Loti, Le Désert, Paris, Christian Pirot, 1987, préface de Jacques Lacarrière, p. 200-201.

jeudi 26 février 2026

les primevères sont déjà fleuries


Claude Henri Schmitt, Cueilleur de pommes

 Cueilleur de pommes
peinture - 1987 - 146 x 114 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026

mercredi 25 février 2026

Claude Henri Schmitt, Chaise et bassine


Chaise et bassine
peinture - 1987 - 81 x 54 cm
Exposition  Claude Henri Schmitt
Le passe-frontières
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
7 février - 29 mars 2026