"Ils s'assirent [Prokope et Aloïs] sur le canapé et burent leur bière tandis que les trains repartaient le long des rails en vrombissant. Une fine neige se mit à tomber derrière la fenêtre. Aloïs ne tarda pas en enfourcher son sujet favori, le théâtre. Il en revenait toujours à ses auteurs préférés, Tchekhov et Shakespeare. La dernière fois qu'il était monté sur scène, une vingtaine d'années auparavant, ç'avait été pour jouer l'Oncle Vania, et depuis ce personnage l'obsédait. À force de ressasser les répliques du malheureux Vania il avait fini par les faire siennes. Sa femme Marketa affirmait même qu'il clamait souvent la nuit, pendant son sommeil, des tirades d'Oncle Vania."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 82-83.
Paris, 1959. Mon frère et moi sommes allés au Studio des Champs Élysées pour entendre Sacha Pitoëff dans L'Oncle Vania de Tchekhov. C'était lui l'oncle Vania, Voinitzki, à la voix un peu traînante et grave. Vania, enlisé dans sa vie sans relief, plein de regret pour s'être sacrifié inutilement au profit de Serebriakov, professeur en retraite, un égoïste. Vania aurait voulu une autre vie. À la fin de la pièce, Vania et sa nièce Sonia, pleins d'amertume, se résigneront. C'est moi qui dit se résignerons, car Sonia, avec un discours de consolation, a encore un peu d'espoir et elle dit à Vania quatre fois : nous nous reposerons ; et puis la vie deviendra douce, tendre, bonne, comme une caresse. La voix de Sacha Pitoëff est inoubliable, comme d'ailleurs celle de Louis Jouvet.





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