LE PAYS NATAL DE JLJ : LA LORRAINE
vendredi 12 juin 2026
Clarissa Dalloway chez Mulberry's, le fleuriste
Clarissa Dalloway chez Mulberry's, le fleuriste
"C'est ridicule, ridicule ! s'écria-t-elle in petto en poussant la porte battante de Mulberry's, le fleuriste. Elle s'avançait, légère, grande, très droite, et fut aussitôt accueillie par Miss Pym, au visage petit et rond, dont les mains étaient toujours rouge vif, comme si elles avaient trempé dans l'eau froide avec les fleurs.
Des fleurs, il y en avait : des delphiniums, des pois de senteur, des branches entières de lilas ; et des œillets, des brassées d'œillets. Il y avait des roses ; il y avait des iris. Oh oui — et elle inhalait la douce odeur de jardin, mêlée de terre, tout en restant à parler à Miss Pym qui se devait de l'aider, et qui appréciait sa bonté, car elle avait montré de la bonté jadis ; beaucoup de bonté, mais elle faisait plus vieux, cette année, à la regarder de tourner la tête de-ci, de-là au milieu des iris et des roses et des lilas qui se balançaient ; les yeux mi-clos, humant, après le tumulte de la rue, les odeurs délicieuses, la fraîcheur exquise. Puis elle ouvrit les yeux : qu'elles étaient fraîches, les roses, comme du linge tuyauté tout propre, rentrant de la blanchisserie dans des corbeilles d'osier ; et sombres et soignés les œillets rouges qui redressaient la tête ; et tous les pois de senteur s'étalant dans leurs vases, veinés de violet, d'un blanc de neige, pâles — comme si c'était le soir, et que des jeunes filles en robe de mousseline étaient venues cueillir les pois de senteur et les roses à la fin de la superbe journée d'été, avec son ciel bleu nuit, ses delphiniums, ses œillets, ses arums ; que c'était le moment où toutes les fleurs — les roses, les œillets, les iris, les lilas — luisent d'un doux éclat ; où chaque fleur semble brûler de ses propres feux, avec douceur, avec pureté, au milieu des massifs embrumés ; et comme elle aimait les papillons de nuit gris pâle qui tourbillonnaient en tout sens au-dessus de l'héliotrope, au-dessus des primevères du soir !"
Virginia Woolf, Mrs Dalloway, Collection Folio Classique, 2020, p. 74-75.
François Mauriac et Roger Martin du Gard
"Martin du Gard... Nous nous sommes rencontrés rarement mais nous étions attentifs l'un à l'autre, adversaires fraternels. Il ne me passait rien dans un certain ordre : c'est que la guerre de religion dont je parlais régnait entre nous : sans haine, je le crois de sa part, et je puis l'assurer de la mienne. Cet obstacle nous séparait : cette réponse différente que nous avions donnée, lui et moi, à la question posée dès le départ et qui presse l'écrivain, né, comme nous deux, en pays chrétien, d'une lignée bourgeoise et conservatrice : seras-tu docile ? ou vas-tu t'insurger ? Jean Barois [Par son testament, jusqu'après sa mort, le libre penseur Jean Barois aura vaincu le croyant torturé par le néant] fut la première réponse du jeune Martin du Gard, et Les Thibault ont formé livre après livre le dossier définitif que ce fils de la grande bourgeoisie a constitué contre sa classe avec une conscience scrupuleuse, servie par une technique sans défaut. Par là nous avons été proches l'un de l'autre : nous avons, sur le plan social et politique, pareillement réagi, — mais je le répète : notre guerre fut une guerre de religion."
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 693.
jeudi 11 juin 2026
Frans Masereel, Le Pendu
Frans Masereel (Blankenberge, Belgique, 1889 - Avignon, 1972), Le Pendu
bois gravé - une gravure de la série La Ville, 1925
st Antoine de Padoue guérit des malades, vitrail de la chapelle de Kaltweiler
vitrail de Linster et Schmit, Mondorf, 1901
Chapelle Saint-Antoine de Padoue, Kaltweiler, Montenach, Moselle
la mondaine Clarissa Dalloway
Clarissa Dalloway tenant un bouquet de roses blanches
elle ramène ces fleurs de Mulberry's, le fleuriste
"La paix descendait sur elle [Clarissa Dalloway raccommode sa robe verte déchirée, une robe de sirène en vert argenté], le calme, la sérénité, cependant que son aiguille, tirant doucement sur le fil de soie jusqu'à l'arrêt sans brutalité, rassemblait les plis verts et les rattachait, en souplesse, à la ceinture. C'est ainsi que par un jour d'été les vagues se rassemblent, basculent, et retombent ; et le monde entier semble dire : « Et voilà tout. » Ne crains plus, dit le cœur. Ne crains plus, dit le cœur, confiant son fardeau à quelque océan, qui soupire, prenant à son compte tous les chagrins du monde, et qui reprend son élan, rassemble, laisse retomber. Et seul le corps écoute l'abeille qui passe ; la vague qui se brise ; le chien qui aboie, au loin, qui aboie, aboie."
Virginia Woolf, Mrs Dalloway, collection Folio Classique, 2020, p. 111.
La vague est l'une des métaphores obsédantes de Virginia Woolf. On peut ajouter l'oiseau.
mercredi 10 juin 2026
les artistes dans les romans de Sylvie Germain
Dans les romans de Sylvie Germain, les artistes —
peintres, sculpteurs, créateurs — jouent un rôle central : ils incarnent la
quête spirituelle, la mémoire, et la puissance transformatrice de l’imaginaire. Plusieurs
œuvres de Sylvie Germain mettent en scène des personnages artistes liés à la création : Ragouël,
dans Éclats de sel, est un peintre
en quête d’inspiration et de transfiguration artistique. Il cherche à dépasser
le destin tragique de sa fille par l’acte de peindre. Dans Opéra muet, le protagoniste est un photographe
dont la vie et l’art se délitent après un drame amoureux ; une fresque peinte
sur un mur devient son unique présence familière. Dans L’Enfant Méduse, la peinture joue un rôle symbolique majeur : le roman s’ouvre sur
une éclipse
et se clôt sur la description d’une fresque de Taddeo Gaddi, qui devient
un espace de rédemption. Ces artistes ne sont jamais de simples
figurants : ils incarnent la tension entre création, souffrance et révélation.
Les romans de
Germain sont traversés par des références à de nombreux artistes majeurs : Germaine Richier, Klee, Piero della Francesca, Giacometti, Arcimboldo, Picasso, Rothko, Bacon,
Velázquez, Rembrandt, Le Caravage, Marquet, apparaissent dans ses récits, parfois comme images
mentales, parfois comme miroirs des personnages. Ces références ne sont pas décoratives : elles
servent à éclairer l’intériorité des personnages, à créer des correspondances
symboliques, ou à ouvrir des espaces de méditation.
Sylvie Germain crée ses propres tableaux imaginaires : le
tableau d’ouverture d’Éclats de sel. Les
« tableaux » qui ouvrent les chapitres de L’Enfant Méduse. Ces images littéraires fonctionnent comme des peintures verbales, où la lumière, les couleurs et les formes deviennent
des vecteurs de sens.
Les artistes, réels
ou fictifs, permettent à Sylvie Germain d’explorer : la frontière entre visible et invisible (héritée de son travail
sur Vermeer et la mystique), la
mémoire traumatique, souvent figurée par des images picturales,
la quête de sens, où
l’art devient un espace de résistance intérieure, la transfiguration du réel, cœur de
son esthétique.
François Mauriac, Le dernier taureau
"Si nous choisîmes ce dimanche-là, comme but de notre promenade, à plus de cent kilomètres, le bourg landais de Saint-Vincent-de-Tyrosse, ce fut bien moins pour la corrida qui s'y donnait, que pour le prétexte de suivre une route aimée entre toutes : celle qui, de Langon à Bayonne, par Bazas, Captieux, Roquefort, Tartas, Mont-de-Marsan, traverse la forêt de pins et de chênes.
Oui, cette corrida n'était qu'un prétexte. Les ayant beaucoup aimées dans ma jeunesse, depuis la guerre je n'y suis presque plus revenu (une fois à Madrid, deux ou trois fois à Bordeaux). Mais durant les vacances, les chroniques d'une si curieuse verve de don Severo, dans la Petite Gironde, ne me laissent rien ignorer de ce petit monde fanatique. Don Severo est le janséniste de l' « afición » ; il en est le Saint-Cyran : d'une rigueur terrible, impitoyable aux matadors qui ne travaillent pas presque immobiles et dans les cornes du fauve selon l'exemple du grand Belmonte.
Je fus donc à cette corrida de Saint-Vincent-de-Tyrosse. Il m'a fallu, ce jour-là, crever un de mes derniers ballons, renoncer à l'un de mes derniers plaisirs. Non ! Plus jamais je n'assisterai à une course de taureaux. Sans doute serait-il injuste de les juger toutes sur celle-là qui fut au-dessous du pire, moins par la faute des matadors que par celle d'un bétail exécrable, fuyant, et comme on dit, « manso ». Mais nous eût-il donné de voir une belle corrida et d'applaudir un Martial Lalanda, nous aurions dû tout de même subir ce qui, tout à coup, me paraissait horrible à crier : l'attachement de cette foule assise, inactive, abritée, embusquée, « planquée », à un spectacle dangereux pour l'homme, mortel pour la bête. Quant à cet art que j'ai tant admiré, toute sa science repose sur le leurre : une bête seule contre dix, trompée, dupée jusqu'à la mort... L'étrange est qu'elle s'en aperçoive, parfois, qu'elle le devine. Les taureaux « manso » ne sont si méprisés du public que parce qu'ils savent tout d'avance. L'un d'eux, à Saint-Vincent-de-Tyrosse, ne voulait pas sortir du toril. Et quand on l'eut traîné de force dans le cirque, il semblait faire non, encore, de sa grosse tête d'innocent...
Pourtant ce qui m'arracha ce vœu : « Je n'y reviendrai jamais plus... », ce ne fut pas tant cette horreur toute physique, ce dégoût, cette pitié, ni même la honte que me donnait la présence des Anglais venus de Biarritz — de ce garçon surtout dont le beau visage était comme durci par le mépris. Non, la raison de mon désenchantement, elle m'apparut tout à coup : impossible d'ignorer, aujourd'hui, de quoi notre goût pour les corridas est le signe. Nous savons, nous ne pouvons plus ne pas savoir ce que dissimule dans son cœur cette foule qui hurle autour d'une bête couverte de sang."
Dans Journal III, 1940, de François Mauriac.
J'ai assisté à une seule corrida, c'était en juillet 1957, aux arènes de Palma de Mallorca. Ce jour-là toréait Ordoñez, le grand toréador, et il obtint deux oreilles et la queue. Ce qui est inoubliable aussi, c'est d'avoir entendu El gato montés, ce magnifique pasodoble.
mardi 9 juin 2026
la Présentation au temple, vitrail de l'église Notre-Dame de Metz
Présentation de Jésus au Temple
vitrail de Charles Laurent Maréchal, Metz, 1857 ?
Église Notre-Dame-de-l'Assomption - Metz
lundi 8 juin 2026
Adrienne Jouclard, Rentrée de moisson à Villecey-sur-Mad
Adrienne Jouclard, Rentrée de moisson à Villecey
hst, sbd, signé et titré au dos - 38 x 46,5 cm
Deburaux et Du Plessis - Paris - 10.06.2026
Jean Picart Le Doux, Hommage à la Meurthe-et-Moselle
Jean Picart Le Doux, Hommage à la Meurthe-et-Moselle
Nancy, Lunéville, Toul, Briey - Lorraine
sérigraphie sur laine, d'après la tapisserie originale de l'artiste
Nabécor Enchères - Nancy - 11 juin 2026
Apparition du Christ aux Apôtres, vitrail de l'église Notre-Dame de Metz
Apparition du Christ aux Apôtres dans le Cénacle
(Jean, 20, 19-23)
vitrail de Charles Laurent Maréchal, Metz, 1857
Église Notre-Dame-de-l'Assomption - Metz
dimanche 7 juin 2026
sainte Madeleine d'un confessionnal de l'église Notre-Dame de Metz
Sainte Madeleine en pénitente sur un confessionnal
Église Notre-Dame-de-l'Assomption - Metz
-
En haut des confessionnaux on peut aussi voir le roi David agenouillé, avec l'inscription MISERERE MEI DEUS (Seigneur, ayez pitié), et le fils prodigue agenouillé devant son père, avec l'inscription PATER PECCAVI (Père, j'ai péché).
saint Bonaventure et l'Immaculée Conception de la Vierge Marie
Saint Bonaventure et l'Immaculée Conception de la Vierge Marie
SOLVS FILIVS VIRGI: FVIT AB ORIGI: CVLPA IMMVNIS ET IPSA MATER EJVS VIRGO
Le Fils unique d'une Vierge fut exempt de toute tache initiale et sa mère elle-même, une Vierge
partie du vitrail de l'Immaculée Conception, de Charles Laurent Maréchal, Metz, 1856
Église Notre-Dame-de-l'Assomption - Metz
samedi 6 juin 2026
François Mauriac et la poétesse Marie Noël
"Pourquoi suis-je demeuré loin de Marie Noël jusqu'à ce jour ? C'est que plus nous avons aimé la poésie dans le temps de notre jeunesse et plus nous sommes les prisonniers de ceux qui l'incarnaient pour nous. Notre cœur se referme sur ces inspirés préférés à tous les autres. À partir d'un certain âge, nous n'accueillons plus personne.
Paul Valéry, au déclin de la Grande Guerre, aura été le dernier qui aura, en quelque sorte, forcé ma mémoire. Même Apollinaire sera resté sur le seuil. Depuis Valéry, aucune voix ne s'est plus mêlée au chœur familier de mes poètes : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Claudel, Jammes, Anna de Noailles. En ce qui concerne Marie Noël, peut-être cédais-je aussi à une prévention : je m'en faisais l'idée d'une Eugénie de Guérin, mais sans Maurice. Or c'est Maurice que j'aime dans Eugénie.
Paul Valéry, au déclin de la Grande Guerre, aura été le dernier qui aura, en quelque sorte, forcé ma mémoire. Même Apollinaire sera resté sur le seuil. Depuis Valéry, aucune voix ne s'est plus mêlée au chœur familier de mes poètes : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Claudel, Jammes, Anna de Noailles. En ce qui concerne Marie Noël, peut-être cédais-je aussi à une prévention : je m'en faisais l'idée d'une Eugénie de Guérin, mais sans Maurice. Or c'est Maurice que j'aime dans Eugénie.
Elle est de ces poètes comme il n'en existe presque plus chez nous, qui échappent aux exclusives de l'avant-garde, qui sont aimés de ceux qui les aiment en dehors de toutes les considérations d'écoles et de modes littéraires. Même ses lecteurs qui n'ont part ni à sa foi ni à son espérance bénéficient de l'amour qui l'a portée elle-même, qui l'a soutenue, qui lui a inspiré les chansons dont elle berçait sa souffrance et la nôtre. Car nous sommes tous pareils, en dépit de nos vies différentes ; et tous les cœurs d'une certaine race auront eu la même histoire."
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 667 et 670.
Suzanne Julliard, Anthologie de la poésie française, Paris, Éditions de Fallois, 2002. Marie Noël, pages 986-992.
les regards qui se posent sur nous
"Il est un temps de la vie où nous ne souffrons pas des regards qui se posent sur nous, et il est un autre temps où le vieillard paierait cher pour posséder l'anneau qui rendait Gygès invisible."
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 646.
Yo también.
le monument aux morts de Metz par Paul Niclausse
Au morts de la guerre
sculpture de Paul Niclausse (Metz, 1879 - Paris, 1958), 1935
Metz, place Galliéni
vendredi 5 juin 2026
Joël Leick, Feuille
Joël Leick, Feuille
Exposition Joël Leick - Paysages de papier
23 mai - 5 juillet 2026
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
Jésus remet la clé d'argent à saint Pierre, vitrail de l'église Notre-Dame de Metz
Jésus remet la clé d'argent à saint Pierre agenouillé
vitrail de Charles Laurent Maréchal, Metz, 1841
Église Notre-Dame-de-l'Assomption - Metz
jeudi 4 juin 2026
Inscription à :
Articles (Atom)


.png)













.png)









