dimanche 6 septembre 2026

il n'a pas plu depuis sept semaines

"J'écris sur un banc de pierre, dans un bourdonnement vague. Il est midi. Le soleil achève de tuer les lilas. Même les oiseaux ne s'affairent plus et ne chantent qu'à mi-voix comme s'ils se parlaient à eux-mêmes. Il n'a pas plu depuis sept semaines. On ne peut labourer tant la terre est dure. Sommes-nous en avril ou en août ? Des nuées d'orage se concentrent du côté de la mer. Et tout à coup je me retrouve au cœur d'un été d'autrefois, torride et mortellement triste. L'adolescent ne transmuait pas en joie toute cette lumière. La route que je regarde en ce moment, enjambant un coteau lointain, m'était en ce temps-là le signe d'une interdiction de fuite. C'est ma paix de ce matin que le printemps reflète, la paix de mon déclin, comme jadis les les sauterelles et les grillons des aoûts accablants jetaient vers l'azur la plainte d'un être jeune et désespéré. Mais ce n'est pas la réponse à la question posée : si aucun regard humain, si aucune oreille ne percevait plus rien du monde, chaque saison aurait-elle son visage singulier et irremplaçable ?"
François Mauriac, Nouveaux Mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 703. 

la main gifleuse de la place Saint-Louis à Metz


La main gifleuse, autrefois dorée
31, place Saint-Louis - Metz

Cette sculpture date de la première annexion. En 1886, à l’occasion d’une réunion électorale du candidat J.-D. Antoine, un fonctionnaire municipal allemand se mit à débiner le candidat. Un vif échange eut lieu entre le fonctionnaire et un négociant du nom de Maillard, un  gantier. La discussion se termina par une vigoureuse paire de gifles appliquée par Maillard à son contradicteur. Le fonctionnaire porta plainte pour voies de fait et comme il n’y avait aucune contestation de part et d’autre, l’offenseur a été condamné à cent marks d’amende. Maillard crut devoir rappeler cette petite page d’histoire en faisant sculpter cette main sur la façade du bâtiment, et a ainsi exposé sa rancune à tous, pour l'éternité !
D'après Le Républicain Lorrain, repris d'André Jeanmaire, Vieux Metz, en flânant sur la place Saint-Louis.

samedi 5 septembre 2026

les vitraux du XVIe siècle de l'église de Ligny-en-Barrois

 

Mariage de Marie et Joseph -  Saint Jean l'Évangéliste 


photo du Corpus Vitrearum

- Michel Hérold, "L'art du vitrail en Lorraine. Son apogée à la fin  du Moyen Âge et au temps de la Renaissance", dans Le Pays Lorrain, 1983, n° 1, p. 19 :
Les vitraux de Ligny-en-Barrois, datés de 1548, apparaissent totalement isolés. Les mutilations qu'ils ont subies au cours de nombreuses restaurations les rendent d'ailleurs à peu près illisibles. On ne peut cependant négliger l'intérêt documentaire de ces vitraux, qui témoignent de la reconstruction du chœur de l'église endommagée lors du siège de la ville par Charles-Quint en 1544, et de son nouveau décor. Une inscription ancienne remontée dans la baie sud indique fort à propos que trois verrières avaient été offertes par la confrérie Notre-Dame de Ligny. Il ne reste plus de cette donation que les éléments d'un Mariage de la Vierge, un saint Jean l'Évangéliste dans la baie 4 et, dans la baie 3, une scène de même facture dont l'iconographie est difficile à reconnaître (Joseph reconnu par ses frères ?).
- Michel Hérold, Françoise Gatouillat, Corpus Vitrearum, France, recensement V, Les vitraux de Lorraine et d'Alsace, Paris, CNRS Editions, 1994, p. 84. Michel Hérold mentionne les nombreuses  restaurations des vitraux. Photo en N et B, en  baie 4, du Mariage mystique de la Vierge Marie et saint Jean l'Évangéliste.  

l'immeuble Le Concorde de Thionville, Moselle


 L'immeuble Le Concorde
Roland Martinez, architecte,  - 1965-1968
Thionville, place du Luxembourg

La tour abrite des locaux commerciaux, au rez-de-chaussée et au premier étage, six étages de locaux professionnels, quatre étages d'hôtel de grand standing et deux étages d'appartements. Le tout est dominé par un restaurant panoramique à 45 mètres de hauteur.
D'après Le Journal de Thionville, hiver 2022/2023, p. 29.

exposition Alexandra Michelet au château de Courcelles de Montigny-lès-Metz


 Les Temps du chemin
exposition d'Alexandra Michelet
5 septembre - 20 septembre 2026
Château de Courcelles - Montigny-lès-Metz
-
Formée aux Beaux-Arts ainsi qu'à l'Université de Metz, elle développe depuis son enfance une démarche multidisciplinaire axée sur le dessin, la peinture et l'assemblage. Ses créations explorent la sensibilité, les émotions et l'humanité sous toutes ses facettes.

Alexandra Michelet : "Depuis l'enfance, créer est inhérent à ma vie. une nécessité permanente qui m'a toujours portée au-dedans comme au-devant de moi-même, à la rencontrer d'une multitude d'êtres, de lieux, de matières, d'émotions et de pensées. Les temps du chemin sont les temps de ces rencontres, de ce qu'elles m'ont fait, de ce que j'en ai fait, et de mon désir de les partager".

Auricoste de Lazarque, Cuisine messine


Dessin de René Wiener, illustrant le faux-titre de la cinquième édition de la
Cuisine messine, 1927

vendredi 4 septembre 2026

Italo Calvino à Savannah, Géorgie, en mars 1960

"Je me suis arrêté à Savannah, en Géorgie,  pour dormir et jeter un coup d'œil, attiré uniquement par la beauté du nom et par quelques réminiscences historiques, littéraires et musicales, mais personne ne m'a jamais dit d'y aller, personne dans aucun État des States. ET C'EST LA PLUS BELLE VILLE DES ÉTATS-UNIS. Absolument, sans aucune comparaison possible. Je ne sais pas encore comment est Charleston, en Caroline du Sud, où j'irai demain et qui est plus renommée. Personne ne vient jamais dans cette ville (bien qu'elle ait un un équipement touristique de très grande classe et qu'elle sache présenter ses attraits historiques et urbanistiques avec une distinction inconnue ailleurs ; mais son charme réside peut-être dans ce que le tourisme interaméricain, toujours si phoney [trompeur], ne l'a pas touchée). C'est une petite ville restée pratiquement intacte, telle qu'elle était à l'époque prospère du South au début du XIXe siècle, du temps du coton ; et c'est une des très rares villes américaines construites en suivant un plan d'urbanisme, unique, d'une extrême régularité rationnelle et d'une extrême variété et harmonie : tous les deux croisements de rues il y a un petit square avec des arbres, toujours pareil et toujours différent, avec l'agrément des édifices qui vont de l'époque coloniale jusqu'à celle de la Civil War. Je me suis finalement promené toute la journée dans toutes les rues, l'une après l'autre, avec le plaisir oublié de sentir une ville, une ville qui est l'expression d'une civilisation, et ce n'est qu'en voyant Savannah que l'on peut comprendre quel genre de civilisation était le South."
Italo Calvino, Ermite à ParisPages autobiographiques, Gallimard, 2014, p. 150-151. 
J'ai visité Savannah en novembre 1998. Effectivement, c'est une très belle ville.

Minuit dans le jardin du bien et du mal, film de Clint Eastwood, de 1997, a été tourné en très grande partie à Savannah.

le monument des déportés de Ligny-en-Barrois



 Le monument des déportés érigé en 2014
Ligny-en-Barrois

Ce monument des déportés rappelle la mémoire de jeunes Linéens  qui ont manifesté contre l'Allemagne nazie le 1er mars 1943 en défilant dans les rues de Ligny et en allant fleurir le monument aux morts tout en chantant la Marseillaise. Ils furent déportés dans les camps de Mauthausen ou Sachsenhausen. 

saint Joseph, vitrail de l'église de Commercy


Saint Joseph
vitrail de la fin du 1er quart du XXe siècle
Église Saint-Pantaléon - Commercy 

jeudi 3 septembre 2026

l'église Notre-Dame-des-Vertus de Ligny-en-Barrois


Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois, Meuse 

- Pierre Simonin, Dictionnaire des églises de France, tome V A, Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Paris, Robert Laffont, 1969, p. 8 :
Ligny était le chef-lieu d'un ancien comté, possession de la maison de Luxembourg jusqu'en 1719, date à laquelle il fut racheté par la Lorraine. L'existence d'une église est attestée dès le Xe s. ; les chanoines de la collégiale établie dans la ville étaient curés primitifs depuis 1216. Edifice actuel des XIIIe et XIVe s., en grande partie reconstruit  après le siège de la ville par Charles Quint en 1544. Nef à fenêtres hautes, bas-côtés, transept saillant, chœur, abside à sept pans. Chapelles latérales du XVe au XVIIIe s. Tour sur la croisée. Dans l'abside, vitraux de la fin du XVIe s. [1548]. Chaire à prêcher de 1713. Statue de saint Langueur (saint Lazare) de la fin du XVIe s. Petit tableau : Vierge à l'Enfant (Italie, XIIIe s., repeint au XVIe s. ?), vénérée sous le nom de Notre-Dame-des-Vertus. 
- Églises remarquables de Meuse, Bar-le-Duc, Conseil départemental de la Meuse, 2021, p. 21 :
Ligny-en-Barrois. Église Notre-Dame-des-Vertus. XIIIe-XIVe/XVIe/XIXe. Inscrite MH en 1928. L'ancienne église ayant été détruite en 1544 par les troupes de Charles Quint, un nouvel édifice gothique laissant transparaître des influences Renaissance voit le jour. Le portail de saint Augustin à colonnes torsadées  date de 1633. L'intérieur, riche, comprend des tableaux comme celui de Notre-Dame-des-Vertus XIIIe-XIVe, celui de Marguerite de Savoie XVIe [actuellement une copie, l'original est à l'Hôtel de ville], une Pietà XVIe, un masque mortuaire de Jeanne de France XVIe, une cloche de 1505 (la plus ancienne de la Meuse), une imposante chaire de 1713 par Jacquin et un reliquaire XIXe. Certains vitraux datent de la Renaissance. 

l'Arbre de Jessé, panneau de vitrail de l'église de Ligny-en-Barrois


 Arbre de Jessé
panneau de la verrière du chœur, atelier Maréchal et Champigneulle, Bar-le-Duc, 1877
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois 

le galet que j'ai ramassé sur la plage

"Le galet que j'ai ramassé sur la plage dort dans un tiroir. Il a fait un voyage de quatre cents kilomètres qui l'a séparé de ses frères. Une pierre blanche avec une veine noire qui palpite. On ne devrait toucher les choses qu'avec les yeux. Ce galet n'entendra plus la partition océane, le grondement des abîmes en marche. Les galets sont les spécialités de la mer, avec le miel craquant du sable. En prendre un dans la paume réjouit la main, fait courir une électricité enfantine à travers la gaine dénudée des nerfs."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 175. 

mercredi 2 septembre 2026

grille de porte avec un trophée d'instruments de musique


Grille de porte avec un trophée d'instruments de musique
METZ
 

le reliquaire de sainte Jeanne de Valois à l'église de Ligny-en-Barrois



Le véritable portrait de la bienheureuse Jeanne de France, fondatrice des religieuses annonciades, qui a été appliqué sur son visage après sa mort et apporté de Bourges en l'an 1555.
-
 Reliquaire de sainte Jeanne de Valois
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois 

Marie-France Jacops, "Iconographie et dévotions de l'Annonciade en Lorraine", dans Mémoires de l'Académie Nationale de Metz, 2007, p. 364-365 : "Les images les plus anciennes [de la sainte], aujourd'hui dans les églises paroissiales, proviennent des couvents, où, placées dans l'église, la salle capitulaire, l'ouvroir, le réfectoire et la bibliothèque, elles illuminaient la vie des religieuses. Parmi celles-ci, l'image lorraine la plus chère à leur cœur, aujourd'hui exposée dans l'église de Ligny-en-Barrois,  fut, à n'en pas douter, le masque mortuaire de sainte Jeanne ou, plus pudiquement, son dernier portrait, selon le titre d'une exposition qui eut lieu à Orsay en 2002. Dès la mort de Jeanne, le 4 février 1505, une empreinte fut prise sur son visage qui servit à faire plusieurs masques soit, en carton-pâte, en papier plâtré épais ou en terre cuite. On  ajouta des rehauts de peinture sur les paupières et les lèvres pour les rendre plus réalistes, on les habilla même avec le costume de l'Annonciade. Ces masques, dont il reste encore trois ou quatre exemplaires en France [archevêché de Bourges, Creyssens près d'Albi, Villeneuve-sur-Lot] furent apportés dans les premiers monastères par les religieuses comme une relique insigne de leur fondatrice et placés dans leur chapelle pour servir à leur dévotion, contribuant en même temps à la diffusion du culte de sainte Jeanne qui aboutira en 1742 à sa béatification."

le monument aux mort de Ligny-en-Barrois par Gaston Broquet

 


Monument aux morts
Gaston Broquet, sculpteur, 1923 - Susse Frères fondeurs, Paris, cire perdue 
Ligny-en-Barrois

mardi 1 septembre 2026

l'enlèvement d'Amphitrite, ivoire du Musée de Commercy



 L'enlèvement d'Amphitrite
coupe en ivoire, 19e siècle
Musée de la Céramique et de l'Ivoire - Commercy
-
"Neptune eut pour femme Amphitrite, fille de Doris et de Nérée. Cette nymphe refusa d'abord d'épouser Neptune, et se cacha pour se soustraire à ses poursuites. Mais un dauphin, chargé des intérêts de Neptune, la trouva au pied du mont Atlas, lui persuada d'accéder à la demande du dieu, et, pour sa récompense, fut placé parmi les astres."
P. Commelin, Mythologie grecque et romaine, Garnier, 1960, p. 130-131.

une brume de peinture chinoise


"Au matin, poussant les volets, je fus accueilli par une brume de peinture chinoise errant sur la colline. Je m'étais couché au vingt et unième siècle. Je me réveillais au septième. Une fumée de nuages traînait au ciel. Une rouille verte réjouissait les toits. La mousse est le manteau de Dieu, dont il déchire des pièces pour les jeter sur les épaules frileuses des morts. Cette floraison timide qui ne va pas jusqu'aux fleurs, cette échine vert-de-gris d'un muret, la flatter de la main, c'est faire entrer dans son cœur la pensée qui délivre de toutes pensées, le consentement à vivre donc à perdre."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 12.

la statue de st Mansuy du portail sud de l'église de Culey, Meuse


L'évêque de Toul saint Mansuy
tient-il la balle de l'enfant qu'il a ressuscité ?
Église Saint-Mansuy - Culey, Meuse 

lundi 31 août 2026

les symboles industriels de Ligny-en-Barrois sur son monument aux morts


 Compas, Lorgnon, Appareil d'optique
Monument aux morts de Ligny-en-Barrois

raison de vivre - pèlerin

"Il n'y pas d'autre raison de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore."
"Un pèlerin, c'est quelqu'un qui tire son diable sur les chemins pour le faire maigrir."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 16 et 60.

deux scènes de la vie de Pierre de Luxembourg à l'église de Ligny-en-Barrois


 Le baptême de Pierre à Ligny 
Pierre et sa sœur Jeanne face à la Tour de la Vierge renfermant Notre-Dame des Fossés
verrière de Charles II Champigneulle, Bar-le-Duc, 1887 
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois  

Pierre Lefèvre, Le Bienheureux Pierre de Luxembourg, enfant de Ligny-en-Barrois, Syndicat d'Initiative de Ligny-en-Barrois, 1987, p. 36.

dimanche 30 août 2026

saint Louis, vitrail de l'église de Ligny-en-Barrois


 Saint Louis, en souvenir des Capucins de Ligny
partie de vitrail signé E. Mauret, Heiltz-le-Maurupt, Marne, 1951
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois  

l'écriture suivant Christian Bobin

"Dans le tiroir de la machine à coudre de ma mère, il y avait un aimant. J'étais fasciné par la vitesse avec laquelle il capturait les aiguilles vagabondes. Il n'en oubliait aucune. Cet aimant m'enseigna l'écriture, travail qui consiste à agglomérer sur une étroite surface de papier toutes les images vitales éparpillées en nous."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 112.   

Lamentation sur le Christ mort, tableau de l'église de Ligny-en-Barrois


 Lamentation sur le Christ mort
tableau du XVIIe siècle, classé M.H.
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois 

samedi 29 août 2026

trois courts poèmes de Lucien Becker, poète lorrain

La vallée des saules et des prairies
serre le ruisseau de si près
qu'on ne voit de lui, dans l'herbe,
qu'un peu de lumière écrasée.

Le village dont les maisons mal assises, 
sont plus hautes de soleil qu'ailleurs
ramène la nuit sur ses terres
quand le silence sort de l'écore des arbres.

Au bout du paysage, il y a une haie
qui a toujours le même nombre de feuilles
A chaque printemps, un rossignol,
les yeux fermés, y retrouve son nid.