lundi 14 septembre 2026

l'odeur de miel me soûle

"L'odeur de miel me soûle en traversant le pont. Elle peint à la feuille d'or les alvéoles de mes poumons. Mon hôte qui me raccompagne à la gare de Strasbourg est un homme sensible. Il me montre les ruches alignées sur la berge en bas : la ville abandonne cet espace aux abeilles meilleures ouvrières de France. Je me penche, je regarde : les ruches, collées par cinq ou six les unes aux autres, ressemblent à des cercueils﹘les plus espérants que j'aie jamais vus. Elles dégagent une odeur de sainteté. Ce sucré de la fleur, c'est comme l'enthousiasmante odeur du pain chaud﹘quelque chose qui indique une porte ouverte du paradis, et même aucune porte. L'ouverture absolue.
Christian Bobin, La Nuit du cœur, Collection Folio Gallimard, 2021, p. 89. 

le semeur, vitrail de l'église de Kirschnaumen, Moselle


Le Semeur 
 parabole du semeur, Luc, 8,4-15 - vitrail d'Arthur Schouler, Saint-Avold
Église Saint-Rémi - Kirschnaumen, Moselle

dimanche 13 septembre 2026

Italo Calvino a visité le Musée Guggenheim de New York en novembre 1959

"Durant ces semaines, le sujet obligé de toutes les conversations new-yorkaises est le nouveau musée dessiné pat Frank Lloyd Wright pour recevoir la collection Salomon Guggenheim, inauguré depuis peu. Tout le monde le critique ; j'en suis un défenseur acharné mais je me retrouve presque toujours isolé. C'est une sorte de tour en spirale, une rampe continue d'escalier sans marches, avec une coupole en verre. En montant et en se penchant, on a toujours une vue différente avec des proportions parfaites, grâce à une saillie semi-circulaire qui corrige la spirale ; en bas, il y a une petite tranche de parterre elliptique et une verrière avec un croissant de jardin. Ces éléments, qui changent toujours quelle que soit la hauteur à laquelle on se déplace, sont un exemple d'architecture en mouvement, d'exactitude et d'imagination unique. Tout le monde dit que l'architecture domine la peinture et c'est vrai (il paraît que Wright détestait les peintres), mais quelle importance ! On va là pour voir l'architecture, et puis les tableaux, on les voit toujours bien éclairés, uniformément, ce qui est primordial. Reste le sol, toujours incliné, qui constitue un problème﹘à savoir, comment faire tenir le tableau droit ? Ils l'ont résolu en accrochant les tableaux non pas aux murs mais à des bras de fer qui sortent du mur jusqu'au centre du tableau. En fait, la collection Guggenheim n'est pas extraordinaire, à part la formidable collection de Kandinsky que nous avions déjà vue à Rome, et il ya beaucoup de pièces de second ordre."
Italo Calvino, Ermite à Paris - Pages autobiographiques, Gallimard, 2014, p. 59.

Jésus et la Samaritaine au puits de Jacob, vitrail de l'église de Kirschnaumen


 Jésus et la Samaritaine au puits de Jacob (évangile de Jean, 4, 1-30)
vitrail d'Arthur Schouler, Saint-Avold
Église Saint-Rémi - Kirschnaumen, Moselle

samedi 12 septembre 2026

geais, pic et coucou

"La lisière du bois appartient aux geais, à ces Jacques invisibles et criards qui filent dès que leur sentinelle a donné l'alerte. Que de fois j'ai vainement cherché dans leur fuite blanche et rousse les ravissantes plumes bleues qu'ils sèment pour nous !
Plus haut dans la futaie, un pic tambourine. Cri aigu, vol qui plonge et rebondit, comment le saisir ? Et pourtant le voici, rouge et vert, écureuil à plumes, qui joue à cache-cache le long d'un tronc, accroché de la griffe et accoté de la queue comme un élagueur de peupliers.
Plus secret, l'infatigable, le lointain coucou, que l'on  poursuit en vain tout un après-midi d'avril. Il est là-bas, il est tout près... la voix lui manque, interloqué ; et puis le revoici derrière nous, et puis là-bas, là-bas encore... Est-ce le même ? Pauvre radoteur invisible, couleur de cendre rousse, reste farouche ; il vaut mieux t'imaginer resplendissant, comme les coucous des prés."
Joseph Cressot, Le Jean du bois, Stock, 1980, p. 128.

saint Wendelin, une statue moulée de l'église de Kirschnaumen, Moselle


 Saint Wendelin, protecteur des animaux domestiques et des récoltes,
patron secondaire de Kirschnaumen
Église Saint-Rémi - Kirschnaumen, Moselle 
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Pour les représentations de saint Wendelin en Moselle, voir :
- Jacques Carel, "L'église Saint-Martin de Rustroff", dans Annuaire de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Lorraine, 1976, p. 78, note 25. L'auteur mentionne une quarantaine de représentations en Moselle.
- Alphonse Wolbrett, "Remarques historiques sur le culte de saint Wendelin", dans Pays d'Alsace, n° 110, 1980. Le culte de saint Wendelin en Lorraine, p. 4-5.
- Dominique Heckenbenner, "Saint Wendelin", dans Comme on connaît ses saints, on les honore. Images de saints vénérés en Lorraine, Sarrebourg, 1993, p. 205.

vendredi 11 septembre 2026

les oiseaux dans "Le Jean du bois" de Joseph Cressot

"Assise sur le rocher à l'écart des rues, la maison ignore presque les moineaux piaillants, les hirondelles qui raient le ciel de vols et de cris, mais elle connaît les oiseaux des arbres et des prés.
Le vallon est leur paradis. Ils y trouvent les cimes et les fourrés, l'eau, l'herbe et la mousse, la draperie des clématites sur les vieilles pierres, les pommiers barbus et chenilleux, les berges creuses où se nouent les racines. Ils y trouvent aussi la paix, dans l'absence des hommes.
Comment oublier dans l'enchantement d'un matin de Pâques, le jeune soleil entre les volets, l'air vif, les lilas en bourgeons, et toutes ces voix ? Si l'été les apaise et les éloigne, l'automne les ramène aux graines mûres, aux baies du sureau : rouges-queues, verdières [sic], pinsons, bouvreuils, et des troupes de mésanges acrobates qui se chamaillent en épluchant les branches. Et quand la neige a tout caché, quand le gel a tout raidi, le vallon envoie jusqu'aux fumiers tièdes, aux paillis des granges, jusqu'aux fleurs de la vitre, jusqu'à la main tendue où le rouge-gorge se pose..."
Joseph Cressot, Le Jean du bois, Stock, 1980, p. 127-128.

je cherche un abri dans cette vie terrible

"Le plongeon du geai sur le poirier : un vol plané très lent puis un piqué et l'atterrissage dans une aisselle de l'arbre. Le paraphe du vol, sa boucle sur le papier bruni de l'écorce : une écriture. Comme le geai, je cherche un abri dans cette vie terrible. Une abbatiale."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 151.

le monument de l'aviateur Thomas à Givrauval, Meuse



Au lieutenant aviateur Georges-Albert THOMAS
né à Maizières, Haute-Saône, le 21 juin 1881, victime d'un accident d'aéroplane
sur le territoire de Givrauval le 22 septembre 1912
bronze du sculpteur Louis Piot (Lyon, 1851 - 1934)
Givrauval, Meuse

jeudi 10 septembre 2026

les vierges sages et les vierges folles, vitrail de l'église de Kirschnaumen


 

Les cinq vierges sages et les cinq vierges folles
(les vierges sages sont celles dont la lampe est allumée)
vitrail d'Arthur Schouler (Fouligny, 1927 - Saint-Avold, 1984)
Église Saint-Rémi - Kirschnaumen, Moselle
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La parabole des Vierges sages et des Vierges folles, évangile de saint Matthieu, 25, 1-13,   est une figure du Jugement.
- Émile Mâle, L'Art religieux du XIIe siècle en France, Paris, Armand Colin, septième édition, 1966, p. 149-150, 180-182 et 439-440. 
- Louis Réau, Iconographie de la Bible, tome II, Nouveau Testament, Paris, P.U.F., 1957, p. 353-358.

le silence de Bach

"Le silence de Bach. L'œuvre inachevée. La dernière variation de L'Art de la fugue, l'ultime note : le doigt levé d'un enfant qui s'apprête à interroger le maître, mais le maître est parti. Le doigt reste levé. Cette petite main, cette question qui ne monte pas aux lèvres﹘c'est l'axe du monde."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Folio Gallimard, 2021, p. 165.

la Vierge à l'escalier et Siméon tenant l'Enfant Jésus, vitrail de l'église de Ligny-en-Barrois


 Présentation de la Vierge Marie au Temple ou la Vierge à l'escalier
Présentation de Jésus au Temple :
Joseph apporte l'offrande lustrale, Marie, et Siméon christophore, assisté par la prophétesse Anne
Deux panneaux d'un vitrail de l'église de Ligny-en-Barrois

mercredi 9 septembre 2026

le chardon de Lorraine et la jeune Lorraine de Hansi

Jean-Jacques Waltz dit Hansi (Colmar, 1873 - Colmar, 1951), Lorraine

le Couronnement de la Vierge Marie, vitrail de l'église de Kirschnaumen


 Couronnement de la Vierge Marie par Dieu le Père, Jésus Christ et le Saint Esprit
vitrail de Arthur Schouler, Saint-Avold
Église Saint-Rémi - Kirschnaumen, Moselle

mardi 8 septembre 2026

qu'il ne soit plus jamais question du monde

"Qu'il ne soit plus jamais question du monde. De lui, je ne veux plus entendre parler. Des gens, oui. Des métamorphoses de leur visage, de leurs anesthésies spirituelles et de leurs sursauts de réveil, oui. Et leurs paroles brusques comme une patte d'ours. Mais le monde, ce plancher pourri sous leurs pieds, qu'il aille au diable."
Christian Bobin, La Nuit du cœur, collection Foilio Gallimard, 2021, p. 117.

1977, le cinquième centenaire de la bataille de Nancy


1977, le cinquième centenaire de la bataille de Nancy
 

les blasons de Ligny et de Ligny-Luxembourg à l'église de Ligny-en-Barrois


 Les écus armoriés de Ligny et de Ligny-Luxembourg en haut d'un  vitrail 
Ligny : d'azur à trois croissants d'argent entrelacés en chef, trois chardons d'or en pointe
Ligny-Luxembourg : d'argent au lion fourchu de gueules, couronné, armé et lampassé d'or
(ce qui devrait être représenté)
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois 

la date du retable du maître-autel de l'église de Kirschnaumen


 La date de 1755 du retable du maître-autel
Église Saint-Rémi - Kirschnaumen, Moselle

- Jacques Carel, "Le retable de la chapelle de Sœtrich à Hettange-Grande et les œuvres lorraines des menuisiers-sculpteurs Greff d'Altwies", dans Les Cahiers lorrains, 1980, p.13.  
- Théodore Walin, Lily et Norbert Thill-Beckius, Greeff, un atelier luxembourgeois de sculpture au 18e siècle, Luxembourg, Ministère des Affaires culturelles, 1992, p. 221. Le retable de 1755 du maître-autel est de N. Greeff-Greisch. 

lundi 7 septembre 2026

hauteur de la Moselle à Thionville


la Ville dans "Le Jean du bois" de Joseph Cressot

"La Ville, la vraie, la seule qui fût peuplée de foires, de fêtes, de colèges, de casernes et de séminaires, de marchands et d'auberges, de juges et de prêtres, c'était celle qui, au bout d'une route de cinq lieues, arrondit ses remparts et dresse ses tours au bord d'un plateau.
Mes camarades avaient déjà fait le voyage. Ils savaient ce qu'est la foire où l'on mène les vaches et d'où l'on ramène les petits gorets. Ils avaient participé aux inconcevables réjouissances de la Saint-Mammès. Pour moi, il n'en était pas question : nous n'avions ni cheval ni voiture et le chemin de fer coûtait vingt sous. Quant à faire dix lieues à pied [aller et retour], même sur l'herbe des accotements, c'était trop pour de petites jambes et des souliers d'occasion. Les hommes et les femmes le faisaient, gaillardement, en une matinée parfois, tel le grand-père, un ballot de cuir sur le dos."
Joseph Cressot, Le Jean du bois, Éditions Stock, 1980, p. 104-105.

 
La Ville, c'est Langres, Haute-Marne. Le village de Joseph Cressot, c'est Chatoillenot, Haute-Marne. Il y a 26 km de Chatoillenot à Langres.

Ce livre, Le Jean du bois, que j'ai trouvé dans la boîte aux livres du parc Napoléon de Thionville, a appartenu à Nicolas Gertner, professeur et adjoint au maire de Thionville. Il habitait, dans les années 1970-1980, 8 rue du Chemin-couvert à Thionville ; c'est ce qui est indiqué à la 3e page de couverture  avec la date du 28 juin 1980.

ste Marguerite, st Georges, ste Urtsule, vitrail de l'église de Ligny-en-Barrois


Saint Georges
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Sainte Marguerite de Hongrie, en souvenir de Marguerite de Savoie
Saint Georges, en souvenir du Quartier Saint-Georges
Sainte Ursule de Cologne, en souvenir des Ursulines de Ligny
vitrail signé E. Mauret, Heiltz-le-Maurupt, Marne, 1951
Église Notre-Dame-des-Vertus - Ligny-en-Barrois 

un plat de la suite de Palissy du Musée de Commercy


 Plat en faïence de la suite de Bernard Palissy, avec décor naturaliste
tortue, serpent, homard, grenouille, coquillages, sur fond de feuilles
4e quart du XIXe siècle
Musée de la Céramique et de l'Ivoire - Commercy

dimanche 6 septembre 2026

la Charité de saint Martin, vitrail de l'église Saint-Martin de Metz


La Charité de saint Martin
vitrail de Charles Laurent Maréchal et Champigneulle, Bar-le-Duc, 1879
Église Saint-Martin - Metz

il n'a pas plu depuis sept semaines

"J'écris sur un banc de pierre, dans un bourdonnement vague. Il est midi. Le soleil achève de tuer les lilas. Même les oiseaux ne s'affairent plus et ne chantent qu'à mi-voix comme s'ils se parlaient à eux-mêmes. Il n'a pas plu depuis sept semaines. On ne peut labourer tant la terre est dure. Sommes-nous en avril ou en août ? Des nuées d'orage se concentrent du côté de la mer. Et tout à coup je me retrouve au cœur d'un été d'autrefois, torride et mortellement triste. L'adolescent ne transmuait pas en joie toute cette lumière. La route que je regarde en ce moment, enjambant un coteau lointain, m'était en ce temps-là le signe d'une interdiction de fuite. C'est ma paix de ce matin que le printemps reflète, la paix de mon déclin, comme jadis les les sauterelles et les grillons des aoûts accablants jetaient vers l'azur la plainte d'un être jeune et désespéré. Mais ce n'est pas la réponse à la question posée : si aucun regard humain, si aucune oreille ne percevait plus rien du monde, chaque saison aurait-elle son visage singulier et irremplaçable ?"
François Mauriac, Nouveaux Mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 703. 

la main gifleuse de la place Saint-Louis à Metz


La main gifleuse, autrefois dorée
31, place Saint-Louis - Metz

Cette sculpture date de la première annexion. En 1886, à l’occasion d’une réunion électorale du candidat J.-D. Antoine, un fonctionnaire municipal allemand se mit à débiner le candidat. Un vif échange eut lieu entre le fonctionnaire et un négociant du nom de Maillard, un  gantier. La discussion se termina par une vigoureuse paire de gifles appliquée par Maillard à son contradicteur. Le fonctionnaire porta plainte pour voies de fait et comme il n’y avait aucune contestation de part et d’autre, l’offenseur a été condamné à cent marks d’amende. Maillard crut devoir rappeler cette petite page d’histoire en faisant sculpter cette main sur la façade du bâtiment, et a ainsi exposé sa rancune à tous, pour l'éternité !
D'après Le Républicain Lorrain, repris d'André Jeanmaire, Vieux Metz, en flânant sur la place Saint-Louis.