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vendredi 16 septembre 2011

Fontenoy par Charles de Valfons

Non, monsieur, nous ne tirons jamais les premiers
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Je le (le maréchal de Saxe) suivis et m'avançai encore un peu devant six de mes camarades de l'état-major de l'armée, très à portée du maréchal. Les ennemis étaient déjà si près  que leur avant-garde tira une vingtaine de coups de fusil, dont un abattit moi et mon cheval, qui fut tué, et qui me sauva de la décharge générale qui se fit tout de suite, et dont furent atteints mes camarades Champignel, Saint-Georges, Saint-Sauveur et Longuaunay, qui en mourut.
Cet engagement se fit à distance si rapprochée que les officiers anglais, au moment d'arrêter leur troupe, nous saluèrent le chapeau à la main ; les nôtres ayant répondu de même à cette courtoisie, un capitaine des gardes anglaises, qui était lord Charles Hay, sortit de son rang et s'avança. Le comte d'Auteroche, lieutenant des grenadiers, se porta alors au-devant de lui.
" Monsieur, dit le capitaine, faites donc tirer vos gens.
- Non, monsieur, répondit d'Auteroche, nous ne tirons jamais les premiers."
Et s'étant de nouveau salués, ils rentrèrent chacun à leur rang. Le feu des Anglais commença aussitôt, et d'une telle vivacité qu'il nous en coûta plus de mille hommes du coup, et qu'il s'en suivit un grand désordre.
Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Mercure de France, Le Temps retrouvé, 2009, p. 156-157.

lundi 12 septembre 2011

le bonheur pour Charles de Valfons

Dans ses souvenirs, Charles de Valfons emploie souvent le mot bonheur, un mot très usité de nos jours (c'est que du bonheur, rien que du bonheur). Mais à quels sujets et à quels moments emploie-t-il ce mot ?
" Je quittai la redingote qui avait fait mon bonheur, toujours par l'opération du Saint-Esprit." Le duc de Noailles lui prêta une de ses redingotes portant l'insigne de l'ordre du Saint-Esprit. Un serviteur du duc de Noailles se trompe en offrant à Charles de Valfons un chocolat bien moussé et de bonnes rôties, au lieu de les offrir au duc.
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L'amante d'un officier :
" Elle s'y accoutuma et revint une douzaine de fois dans l'espace de deux mois ; le bonheur l'accompagnait, elle n'avait été vue de personne ; le père et la tante étaient dans la plus grande sécurité."
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" Je me contentai d'engager le suborneur à suivre d'autres sentiments et à jouir discrètement d'un bonheur aussi rare : car sa maîtresse avait tout ce qui plaît." Ce suborneur est l'officier de la citation précédente.
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" Je pris un semestre et retournai dans les terres de mon père ; j'y jouissais du bonheur d'être au sein de ma famille."
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" La maréchale s'impatienta de notre bonheur et de notre causerie ; j'étais toujours à table auprès de la comtesse, surtout le soir, et souvent nos rires trop suivis importunaient la maréchale, très aigre de son naturel."
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" Avec un pareil maître de maison (le cardinal de Rohan), tout est bonheur : aussi le temple ne désemplissait pas , et il n'était femme ou fille de bonne maison qui ne rêvât Saverne."
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" J'avais besoin de la guerre pour ma fortune, je le sentais ; mais quand on est jeune, le plaisir a la préférence. Je menais une vie délicieuse, et il me semblait quitter tous les bonheurs."
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" Des soins infatigables, une fermeté qui donnait de l'audace aux troupes, des dispositions toujours judicieuses, et, ce qui fit notre plus grand bonheur, M. le Maréchal de Broglie s'en rapporta à lui (M. de Belle-Isle) pendant le siège (de Prague) et le laissa agir avec moins d'opposition."
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" Rentré chez moi, je remerciai de bien bonne foi la Providence de tant de bonheur ; j'étais jeune, mais point novice ; je savais l'impression que ma physionomie avait déjà faite à plusieurs femmes : celles de la cour sont souvent les plus indulgentes."
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"... enfin on m'accorda ce qu'on n'avait jamais eu envie de me refuser. Trois nuits de suite constatèrent mon bonheur."
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"... elle me répétait que j'étais son bonheur à préférence à tout, et ne concevait pas ma gaieté avec la modicité de ma fortune."
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" Je dis non à tout, répétant toujours : Je suis trop riche de mon bonheur, vous êtes mon trésor."
(Valfons refuse un cadeau de Mme de Rohan).
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" C'est le bien et le bonheur de mon pays qui me détermine."
Parole d'un gentilhomme de Furnes investi par le comte de Clermont.
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" Le lendemain cet officier alla rendre compte de cette conversation (des plaisanteries sur le goût du Maréchal de saxe pour les filles) au maréchal (de Saxe) en l'envenimant comme font toujours les délateurs ; mais pour mon bonheur, voulant mettre plus de vraisemblance dans sa noirceur, il dit que souvent, par mes phrases respectueuses, j'avais rabattu les coups, au lieu de faire comme les autres, ce qui augmenta la confiance que le maréchal (de Saxe) avait toujours eue pour moi."
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" Le même bonheur qui m'a toujours suivi me fit échapper aux dangers d'une nuit aussi meurtrière, et je reçus mille remerciements des détachements de travailleurs (aux tranchées) que j'avais conservés."
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" M. d'Argenson (ministre de la guerre), je ne l'aurais pas cru, en altéra le bonheur (Valfons a fait le compte-rendu d'une bataille au Roi Louis XV)". Le colonel Charles de Valfons est déçu de n'avoir pas été nommé brigadier par M. d'Argenson.
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"... au lieu qu'à partir du point où la bataille d'Hastenbeck vous met, tout va continuer à être bonheur pour vous."
Le comte d'Onnep à Charles de Valfons.
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" Pendant ce temps-là les recrues se fortifieraient (à l'instruction à l'arrière de l'armée) en s'instruisant , et au mois de juin, lorsque la saison est plus douce, et les légumes arrivés, on ferait venir les recrues, pour qui le spectacle d'une armée et leur service même deviendraient un bonheur."
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" J'eus pour ma part la satisfaction d'avoir contribué au bonheur de tout le monde."
Charles de Valfons tâche d'accorder le bien-être de ses soldats avec les intérêts des habitants du pays occupé.

Citations tirées des Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Mercure de France, collection Le Temps retrouvé, 2009.

jeudi 1 septembre 2011

François de Chevert par Charles de Valfons


François de Chevert
Musée Barrois - Bar-le-Duc


Le lieutenant général François de Chevert (Verdun 1695 - Paris 1769)
sculpture de Henri Lemaire (Valenciennes 1798 - Paris 1880)
1836 - Soyer et Inge fondeurs
place Chevert - Verdun

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"Les jaloux de la gloire de Chevert cherchaient à la diminuer ; personne n'avait osé entreprendre la besogne dont il s'était chargé, et dont l'exécution heureuse et le succès amenèrent un procès par écrit, comme si nous avions mal fait. Voilà comment on dégoûte les bons officiers et cependant les troupes du roi seront battues, lorsqu'elles ne seront pas conduites avec cette audace si nécessaire au milieu du danger. Il y a tant d'admirables officiers, à les entendre, la veille et le lendemain d'une bataille, et si peu en effet le jour de l'action."
Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Paris, Mercure de France, collection Le Temps retrouvé, 2009, p. 271-272. En 1757, Valfons fut major général auprès de Chevert à l'armée du Rhin.

mercredi 24 août 2011

j'y mis le verrou ...


Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Verrou, 1778
(Musée du Louvre)
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" Je vais crier", dit-elle.
Je m'éloignai comme si elle m'imposait, et me rapprochant de la porte j'y mis le verrou ; elle se leva de son fauteuil, et se replongeant dans un autre beaucoup plus bas, elle ajouta : "je me flatte que vous me laisserez tout à moi."

La plus jeune de ses femmes, jolie comme un ange, m'ouvrit la porte à l'heure indiquée ; elle n'osa ni me parler ni me regarder, par respect pour sa maîtresse, qui était déjà dans son lit, mais les rideaux ouverts et sa chambre éclairée par vingt bougies. La porte se ferma, j'y mis le verrou et ne fus qu'un instant à montrer que j'étais digne de tant de complaisances ; on ne m'en refusa pas une ; tout me fut prodigué, éloges et caresses.

Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Mercure de France, collection Le Temps retrouvé, 2009, p. 105 et 106.

Non, ce ne sont pas deux passages d'un livre grivois du XVIIIe siècle, mais ceux un peu piquants des souvenirs du marquis de Valfons, né à Nîmes en 1710, qui accomplit une brillante carrière militaire sous Louis XV. Débutant comme lieutenant au régiment de Piémont, passant par les grades de capitaine, de colonel d'un régiment de grenadiers royaux, participant à la bataille de Fontenoy, il est devenu brigadier puis major général auprès du lieutenant général Chevert, puis maréchal de camp. Sous Louis XVI il sera promu au grade de lieutenant général.

La scène du tableau de Fragonard semble donc être une scène assez banale pour le XVIIIe siècle.

dimanche 2 novembre 2008

ne point faire la guerre en hiver

" On devrait réfléchir pourtant à quels risques on s'expose en tenant la campagne pendant l'hiver, et se rappeler que l'an 1503, ce fut l'hiver seul, et non les Espagnols, qui vainquit les Français sur le Garigliano. Et dans cette guerre, comme je vous l'ai déjà dit, c'est l'assaillant qui a le plus de désavantages, et qui souffre le plus des injures du temps lorsqu'il a porté la guerre dans le pays ennemi... Telle fut la cause de la défaite des Français, et tel sera le sort de tous ceux qui attaqueront pendant l'hiver un ennemi qui ne manquera pas d'habileté."
Nicolas Machiavel, L'Art de la guerre, livre VI, chapitre XVII, dans les Œuvres complètes, bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1952, p. 875.
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Je ne peux m'empêcher de penser à la désastreuse campagne de Russie de Napoléon.
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La triste expérience de Charles de Valfons :
" Le comte de Clermont savait en arrivant (il a pris le commandement de l'armée) que s'il était attaqué, il abandonnerait cette partie-là, nos quartiers étant en l'air. Les soldats succombaient de fatigue ; les hôpitaux, faute de soins et d'argent, étaient très mal servis, et ces beaux bataillons victorieux trois mois auparavant, couvrant cent cinquante lieues de pays qu'ils venaient de conquérir, disparaissaient sans secours sous la pelle des fossoyeurs. Nous perdions jusqu'à quatre cents hommes par jour ; la nation était trop faible et trop peu précautionnée pour faire les guerres d'hiver."
Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Paris, Mercure de France, Le Temps retrouvé, 2009, p. 298-299.
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