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mercredi 9 novembre 2016

Philippe Claudel et les églises

"J'ai toujours aimé les églises. Je les ai beaucoup fréquentées, du temps que je croyais en Dieu, et aujourd'hui encore, où je n'y crois plus. Me plaît le curieux protocole de leur silence. Leur retrait du monde aussi, même au cœur des plus bruyantes villes. Leurs murs éloignent, et du temps, et de la folie des choses, et de celle des êtres."
Philippe Claudel, Parfums, Le Livre de Poche, 2014, p. 81.

jeudi 12 juin 2008

l'établissement de Paul Niquet

L'établissement de Niquet
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" J'ai passé des heures à dormir, à dériver dans un sommeil d'une épaisseur marneuse, à me chauffer près du grand âtre du salon, à fumer et à boire presque chaque jour de petits verres à l'Ancre, qui ressemble en ce moment à l'établissement de Niquet dont parle Nerval."
Philippe Claudel, Meuse l'oubli, collection Folio, p. 89.
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Allons voir à quoi ressemble l'établissement de Niquet :
" Le souper fait, nous allâmes prendre le café et le pousse-café à l'établissement de Paul Niquet. - Il y a là évidemment moins de millionnaires que chez Baratte... Les murs, très élevés et surmontés d'un vitrage, sont entièrement nus. Les pieds posent sur des dalles humides. Un comptoir immense partage en deux la salle, et sept ou huit chiffonnières, habituées de l'endroit, font tapisserie sur un banc opposé au comptoir. Le fond est occupé par une foule assez mêlée, où les disputes ne sont pas rares. Comme on ne peut pas à tout moment appeler la garde, - le vieux Niquet, si célèbre sous l'Empire par ses cerises à l'eau-de-vie, avait fait établir des conduits d'eau très utiles dans le cas d'une rixe violente."
Gérard de Nerval, Les Nuits d'octobre, chapitre XV : Paul Niquet, dans Œuvres, collection de la Pléiade, 1952, p. 120.

vendredi 6 juin 2008

en lisant " Quelques-uns des cent regrets "

Les comparaisons (comme, à la manière de, à la façon de) dans le roman de Philippe Claudel, Quelques-uns des cent regrets (Folio).
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* Et il a soupiré, d'un soupir très las, très triste, un peu à la manière d'un enfant qui tortille un chagrin dans sa gorge.
* L'eau se glissait parfois sous les bourrasques à la façon d'un grand rideau de scène...
* J'avançais sur l'arête du chemin, avec l'eau à gauche, l'eau à droite, lune montante et premières étoiles mêlées, comme des paquets de lumière enfin libres et qui cherchaient à se perdre.
* Sur ses genoux, des croûtes brunes étoilaient comme des trophées de victoire sa peau sale de libre camp-volant.
* ... ses regards à elle, comme des épieux ou des reproches...
* ... et ses varices aussi qu'il voyait à la manière de méandreuses mortifications.
* Et puis les enfants, ils finissent tous par tailler leurs parents en pièces, et les regarder comme des morts...
* ... repliée sur elle-même à la façon d'un petit arc sans corde.
* ... sous l'édredon gonflé comme une joue d'angelot...
* ... la surface du comptoir qui soudain a brillé comme un astre.
*... les muscles des bras lâches comme du mou de veau...
* Je dors les paupières alourdies par le lait bu sans doute à grandes gorgées avides, comme un petit vampire soiffard.
* Je suis dans ses bras comme un fardeau présentable.
*... elle refermait ses doigts comme des ergots sur les offrandes d'amande et de sucre...
*... ils (les curés) obtiennent souvent de retourner la peau de l'individu comme celle d'un lapin...
* Toutes les paroles du curé venaient en moi comme un poison vaguement sirupeux qui m'engourdissait.
* Ses yeux s'ouvraient sur mes années d'absence, mes années de fuite, et je m'y jetais comme sur les pentes d'un gouffre épineux.
* Les petites filles, en choeur, m'ont donné leur salut, et leurs adieux flûtés me sont entrés dans le corps comme des pointes suaves.
* ... son surnom qu'il portait comme un trophée de guerre.
*... de grands champs de blé dont l'odeur vers la mi-juillet rappelait celle d'un pain tiède venaient battre leurs murs comme des vagues blondes.
* ... et des silences, de grands silences, opaques comme une encre de Chine...
* ... sa bouche rose à l'incarnation pleine comme une baie de framboisier...
* ... les grands ciels perçus comme des draps tendus d'une représentation fabuleuse...
* ... les rires aussi qu'elle me lançait comme des fleurs ou des baisers...
* Il liait les bambous blonds et passait sur eux un chiffon doux qui les faisait reluire comme des cuivres.
* Le marché n'était plus qu'un désert où les détritus, les papiers et les cageots formaient comme des buissons.
* La nuit était tombée, sans tapage, mais comme un poing.
* J'ai navigué dans le sommeil comme on se perd dans les entrailles du monde.
* ... les veuves agenouillées qui hurlaient, tombaient évanouies, restaient droites comme des menaces anciennes...
* Les années ont roulé comme des gouttes d'eau sur une vitre.
* ... herbes jaunes, éparses comme des scalps...
* En trois jours, la jambe du vieux pêcheur était devenue épaisse comme un tronc de chêne et molle comme un foie de génisse.
* La clef a tourné dans la serrure, comme les aiguilles sur les cadrans du temps perdu.
* Je l'ai pris dans mes mains (le pantalon du dimanche), l'ai serré contre moi comme une peluche aux vertus de fétiche.
* ... mon canif de corne rouillé, mince comme un caillou que l'eau d'une chute amenuise depuis un millénaire...
* Je tournais autour du secret comme près de la corne du taureau.
* ... un ciel redevenu limpide comme un iris d'enfant, ou l'eau d'une source.
* Et le feu a parcouru le papier comme les lèvres aimées glissent sur la peau.
Etc...
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Dans ce roman n'y a-t-il pas trop de comparaisons ? Il semble que la comparaison trop étudiée, trop balancée, repousse le sentiment.
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Quelques références littéraires
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- p. 52 : " aux grandes douleurs qui sont celles des morts." Voir Baudelaire, le poème "La servante au grand coeur" dans Les Fleurs du mal : " Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs..."
- p. 111 : " Il est des lieux, dit-on, où souffle l'esprit." Voir Maurice Barrès, La Colline inspirée.
- p. 145 : " On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans." Voir Rimbaud, le premier vers du poème "Roman" dans Poésies.
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Quelques remarques
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- p. 30 : " Elle avait un visage de Castafiore, des seins énormes..., et une chambre de bonne..."
N'y a-t-il pas absence de continuité : une caractérisation suivie d'une situation ?
- p. 38 : " ... l'imposant mastaba d'un grand tas de fumier." Joli... et amusant. Distance énorme entre Egypte et Lorraine...
- p. 55 : " ... les jardins où nous gaulions jadis les fruits mûrs et les baisers des filles." Pan ! sur les lèvres ou les joues des filles...? Ou gauler = voler ...(employé dans mon jeune temps en Lorraine).
- p. 92 : " Elle est couchée dans sa robe aux bouquets de cerises, comme d'autres flottent depuis des siècles dans l'onde des ruisseaux." Référence à Ophélie ? " Voici plus de mille ans que la triste Ophélie " (Rimbaud) et au tableau de John Everett Millais ? Voir "Ophélie sans ruisseau" dans Meuse l'oubli, Folio, p. 62.
- p. 102 : " Monsieur Wladimir Pawelski ". Il me fait un peu penser, à tort certainement, à Courtial des Pereires, personnage farfelu, dans Mort à crédit de Céline.
- p. 124 : " ...on les aurait crus occupés à jouer les habits des défunts." Comme les soldats jouant aux dés la tunique du Christ ?
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Conclusion. J'ai savouré ce petit roman de Philippe Claudel.
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Lu du même auteur, Le Café de l'Excelsior, Meuse l'oubli, Les petites mécaniques et Les Âmes grises.
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J'ai lu peu après La petite fille de Monsieur Linh. J'ai été déçu. C'est un roman insipide. Comme disait Gide, on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments.