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vendredi 10 avril 2026

un vers de Baudelaire cité dans "Le Baiser au lépreux" de François Mauriac

"Jean Péloueyre ne dormit guère cette nuit-là. Ses fenêtres étaient ouvertes sur la laiteuse nuit - la nuit plus bruyante que le jour à cause des coassantes mares. Mais les coqs surtout ne cessent de chanter jusqu'à l'aube, fatigués d'avoir salué l'obscure et trompeuse clarté des étoiles. Ceux du bourg avertissent ceux des métairies qui, de proche en proche, répondent : « C'est un cri répété par mille sentinelles... » Jean veillait, se berçant de ce vers indéfiniment marmonné."
Dans Le Baiser au lépreux de François Mauriac.

C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, dixième strophe des Phares.

mercredi 19 juillet 2023

le nouvel oratoire Saint-Antoine de la forêt de Garche





L'oratoire Saint-Antoine de la forêt domaniale de Garche
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La niche en bois de cet oratoire a été remplacée par une neuve. La figurine de saint Antoine de Padoue, endommagée, a été changée en 2020 par une figurine de saint Antoine l'Ermite. Le saint est accompagné de Notre-Dame de Lourdes.

J'ai choisi le substantif niche dans le même sens que Baudelaire :
Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon cœur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Baudelaire, "À une Madone", Les Fleurs du mal, Œuvres complètes, tome I, collection de la Pléiade, 1975, p. 58.

mercredi 21 avril 2021

l'œuvre poétique de Leconte de Lisle commentée par Baudelaire

Quelles que soient la majesté d'allures et le solidité de raison que Leconte de Lisle a développées  dans des sujets si divers, ce que je préfère parmi ses œuvres, c'est un certain filon tout nouveau qui est bien à lui  et qui n'est qu'à lui. Les pièces de cette classe sont rares, et c'est peut-être parce que ce genre était son genre le plus naturel, qu'il l'a plus négligé. Je veux parler des poèmes, où, sans préoccupation de la religion et des formes successives de la pensée humaine, le poète a décrit la beauté, telle qu'elle posait pour son œil original et individuel ; les forces imposantes, écrasantes de la nature ; la majesté de l'animal dans sa course ou dans son repos ; la grâce de la femme dans les climats favorisés du soleil, enfin la divine sérénité du désert ou la redoutable magnificence de l'Océan. Là, Leconte de Lisle est un maître et un grand maître. Là, la poésie triomphante n'a plus d'autre but qu'elle-même. les vrais amateurs savent que je veux parler de pièces telles que Les Hurleurs, Les Éléphants, Le Sommeil du condor, etc., telles surtout que Le Manchy, qui est un chef-d'œuvre hors ligne, une véritable évocation, où brillent, avec toutes leurs grâces mystérieuses, la beauté et la magie tropicales, dont aucune beauté méridionale, grecque, italienne ou espagnole, ne peut donner l'analogue.
Leconte de Lisle possède le gouvernement de son idée ; mais ce ne serait presque rien s'il ne possédait aussi le maniement de son outil. Sa langue est toujours noble, décidée, forte, sans notes criardes, sans fausses pudeurs ; son vocabulaire, très étendu ; ses accouplements de mots sont toujours distingués et cadrent nettement avec la nature de son esprit. Il joue du rythme avec ampleur et certitude, et son instrument a le ton doux mais large et profond de l'alto. Ses rimes, exactes sans trop de coquetterie, remplissent la condition de beauté voulue et répondent régulièrement à cet amour contradictoire et mystérieux de l'esprit humain pour la surprise et la symétrie.
Charles Baudelaire, Œuvres  complètes, tome II, Bibliothèque de La Pléiade, Gallimard, 1976, p. 175-179.
 
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Plusieurs poèmes de Leconte de Lisle ont été inspirés par La Réunion, son ile natale.
Dans les Poèmes barbares : 
La Fontaine aux lianes, La Ravine Saint-Gilles, Le Manchy, L'Aurore, Le Bernica, Ultra coelos.
Dans les Poèmes tragiques :
L'Illusion suprême, L'Orbe d'or, Si l'Aurore.

Notons que Gaétan Picon (1) est très critique envers la poésie de Leconte de Lisle :
"Cette poésie est d'autant plus éloignée de l'authentique qu'elle le mime de plus près. La lourdeur et l'ennui sont à la mesure de l'ambition. Mais il est permis d'aimer quelques pièces sans prétention : dans les Poèmes antiques, les charmantes Chansons écossaises, et ce délicieux Manchy [dans les Poèmes barbares] où l'exotisme prête ses couleurs à l'émoi du souvenir, et qui annonce Jammes ou Toulet :

Et tandis que ton pied, sorti de la babouche,
Pendait, rose, au bord du manchy,
À l'ombre des Bois-noirs touffus et du Letchi
Aux fruits moins pourprés que ta bouche..."

1.Gaétan Picon, "La poésie au XIXe siècle", dans  Histoire des littératures, tome III, Littératures françaises, connexes et marginales, Encyclopédie de La Pléiade, 1958, p. 935.

lundi 4 mai 2020

thalatta ! thalatta ! ou thalassa ! thalassa !

Comme les mercenaires grecs de Xénophon, nous [les Français] voulons pouvoir dire bientôt : la mer ! la mer ! (la mer toujours recommencée), et en épicurien jouir de la mer.
Rien ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

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Épicure
Oui, je suis fier de sentir le caractère d’Épicure autrement que n'importe qui peut-être, et à tout ce qu'il m'est donné d'entendre ou de lire de lui, de jouir du bonheur vespéral de l'antiquité : - je vois ses yeux contempler une mer vaste et argentine, par-delà les falaises du rivage sur lesquelles repose le soleil, tandis que de grands et de petits animaux s'ébattent dans sa lumière, aussi sûrs et calmes que cette lumière et ce regard. Pareil bonheur, seul quelqu'un qui souffre sans cesse a pu l'inventer, le bonheur d'un œil au regard de qui la mer de l'existence s'est apaisée, et qui n'arrive à se repaître assez de sa surface et de cet épiderme océanien bigarré, délicat et frissonnant : il n'y eût jamais auparavant pareille modestie de la volupté.
Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, (traduction de Pierre Klossowski), Paris, C.F.L., 1957, livre premier, n° 45, p. 77.

Pour "Rien ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer", voir :
- Baudelaire, Chant d'automne, Les Fleurs du mal, vers 20.
- Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche Classique, 1992, p. 299.

dimanche 15 décembre 2019

le comique est un élément damnable ...

"Le comique est un élément damnable et d'origine diabolique" disait Baudelaire*, qui ne s'était jamais laissé à rire. Notre époque qui aime un rire énorme et permanent, grotesque, ininterrompu, placée sous la domination des bouffons, des pitres et des paillasses des plateaux de télévision, est une époque satanique, qui mourra dans les hoquets. Le rire est un étouffement."
Jean Clair, Terre natale. Exercices de piété, Gallimard, 2019, p. 157-158.

* Baudelaire, De l'essence du rire, Œuvres complètes, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1976,  p. 528. 

dimanche 7 juin 2009

Balzac, Baudelaire, Musset et Léopold Robert

Musset à propos du Départ pour la pêche de Léopold Robert (1)


Maria Gracia et Teresina (2)


Jeune fille de Sorrente (3)
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C'est le 6 mai 1984 que j'ai visité le Musée des Beaux-Arts de Neuchâtel. Après avoir été enthousiasmé par les tableaux de Léopold Robert, j'achetai au musée le catalogue Léopold Robert et les peintres de l'Italie romantique. Quelque temps après, je faisais la lecture du livre de Pascale Charpentier, La Ferveur du moment (éditions du Seuil, 1986), consacré à Léopold Robert. Voici ce que cet auteur écrit à propos du tableau Jeune fille de l'île de Procida donnant à boire à un pêcheur (Musée de Neuchâtel) : "Je rêve encore à la jeune porteuse d'eau de Procida, le genou à terre, la cruche sur la tête, prenant appui sur la citerne où elle a puisé de l'eau. Assoiffé par la mer entière, le pêcheur y boit. Je sais maintenant qu'en pleine mer fleurissent des îles chaleureuses, douces et enchantées de fruits, de parfums pour l'agrément de la vie, que charme et facilité existent dans un pays, à l'intérieur de quelques-uns de tes tableaux, non loin, à tes côtés."
Léopold Robert est cité par Alexandre Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo, chap. XLI, et par Balzac dans Pierrette : "...cette grâce virginale que cherchent les peintres sur leurs palettes, et que Léopold Robert a su trouver pour la figure raphaélique de la femme qui tient un enfant dans le tableau des Moissonneurs ." (Le titre exact du tableau : Halte des moissonneurs dans les marais Pontins).
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1. Grand enthousiasme d'Alfred de Musset à propos du Départ pour la pêche de Léopold Robert, dans son "Salon de 1836" (Mélanges de littérature et de critique, Paris, 1867, p. 65).
2. Léopold Robert, Le Retour du pèlerinage à la Madone de l'Arc, détail. "Maria Gracia et Teresina, couronnées de fleurs et de feuilles, ont de vifs élans et nos coeurs bondissent."
3. Léopold Robert, Jeune fille de Sorrente (ou Jeune fille au tambourin), Musée des Beaux-Arts de Neuchâtel. Tableau signé : Lld Robert Roma 1824.
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Sur les sujets peints par Léopold Robert, Baudelaire est un peu restrictif : "...Léopold Robert qui prétendait trouver dans la nature et seulement dans la nature, de ces sujets tout faits, qui, pour des artistes plus imaginatifs, n'ont qu'une valeur de notes. Encore ces sujets, même les plus nationalement comiques et pittoresques, sont-ils toujours...par Léopold Robert, passés au crible, au tamis implacable du goût."


Léopold Robert, Jeune fille de Procida


Léopold Robert, Brigand et sa femme en prière
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Voir aussi :
- Alphonse de Lamartine, Cours familier de littérature, tome VI, 1858, p. 424-476,  et le tome VII, 1859, p. 5-89.
- Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, p. 241 : "Léopold Robert, revenu de Naples, a passé ces jours derniers à Rome, emportant avec lui les scènes enchantées de ce beau climat, qu'il n'a fait que coller sur sa toile."