Charles Swann au Narrateur de la RTP : "Je crois bien que je connais Balbec ! L'église de Balbec, du XIIe et XIIIe siècle, encore à moitié romane, est peut-être le plus curieux échantillon du gothique normand, et si singulière, on dirait de l'art persan."
"Mais sans même l'attendre, j'aurais pu en m'habillant à la hâte partir le soir même, si mes parents me l'avaient permis, et arriver à Balbec quand le petit jour se lèverait sur la mer furieuse, contre les écumes envolées de laquelle j'irais me réfugier dans l'église de style persan."
"... dans le nom de Balbec, comme dans le verre grossissant de ces porte-plumes qu'on achète aux bains de mer, j'apercevais des vagues soulevées autour d'une église de style persan."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche classique, 1992, p. 432-433, 434 et 437.
"Tandis que je m'étais contenté d'apercevoir du fond de mon lit de Paris l'église persane de Balbec au milieu des flocons de la tempête, aucune objection à ce voyage n'avait été faite par mon corps."
"Ce fut pourtant à une station de chemin de fer, au-dessus d'un buffet, en lettres blanches sur un avertisseur bleu, que je lus le nom , presque de style persan, de Balbec."
"Je lui dis [au peintre Elstir] que je m'étais attendu à trouver un monument presque persan et que ç'avait sans doute été là une des causes de mon mécompte. << Mais non, me répondit-il, il y a beaucoup de vrai. Certaines parties sont tout orientales ; un chapiteau reproduit si exactement un sujet persan que la persistance des traditions orientales ne suffit pas à l'expliquer. Le sculpteur a dû copier quelque coffret apporté par des navigateurs.>> Et en effet, il devait me monter plus tard la photographie d'un chapiteau où je vis des dragons quasi chinois qui se dévoraient, mais à Balbec ce petit morceau de sculpture avait passé pour moi inaperçu dans l'ensemble du monument qui ne ressemblait pas à ce que m'avaient montré ces mots église presque persane."
À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche classique, 1992, p. 268-269, 282 et 477.
"Comme jadis, quand je voulais aller à Balbec, ce qui me poussait à partir c'était le désir d'une église persane, d'une tempête à l'aube, ce qui maintenant me déchirait le cœur en pensant qu'Albertine irait peut-être à Trieste, c'était qu'elle y passerait la nuit de Noël avec l'amie de Mlle Vinteuil : car l'imagination, quand elle change de nature et se mue en sensibilité, ne dispose pas pour cela d'un nombre plus grand d'images simultanées."
Sodome et Gomorrhe, Le Livre de Poche classique, 1993, p. 621.
"... je n'aurais pas connu Albertine si je n'avais pas lu dans un traité d'archéologie la description de l'église de Balbec, si Swann en me disant que cette église était presque persane n'avait pas orienté mes désirs vers le normand byzantin..."
Albertine disparue, Le Livre de Poche classique, 2009, p. 145.
"Les écoinçons sont encadrés en pentagone ou en losange, et renferment des reliefs animaux étonnants, eux-mêmes conçus en losange (lion à ailes courtes, enlacé d'une épaisse liane torsadée et fleuronnée), en pentagone (un singe assis sur une colonnette, qui se gratte la nuque pendant que son montreur lui fait la leçon, le doigt levé ; lion survolé d'un rapace qui enlève un crâne dans sa serre et dont la queue de serpent s' achève, comme celle du lion, en fleuron plantureux ; autre lion autour duquel se noue un serpent terminé aux deux bouts par une tête de fauve, avec un griffon par-dessus) ou enfin en rectangle (deux monstres vermiformes vrillés et tordus sur eux-mêmes et l'un sur l'autre en nœud gras, d'où jaillissent quatre têtes voraces et quatre pattes toutes griffes dehors). Ces formes farouches et convulsées, où le mouvement des queues et le bâillement des mâchoires sont soulignés par des rangs serrés de pustules ou de dents carrées, font irrésistiblement penser à des dragons chinois."
V.-H. Debidour, Le Bestiaire sculpté du Moyen Âge en France, Paris, Arthaud, 1961, p. 84. Illustrations n° 95, 96 et 98.
"Mais sans même l'attendre, j'aurais pu en m'habillant à la hâte partir le soir même, si mes parents me l'avaient permis, et arriver à Balbec quand le petit jour se lèverait sur la mer furieuse, contre les écumes envolées de laquelle j'irais me réfugier dans l'église de style persan."
"... dans le nom de Balbec, comme dans le verre grossissant de ces porte-plumes qu'on achète aux bains de mer, j'apercevais des vagues soulevées autour d'une église de style persan."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche classique, 1992, p. 432-433, 434 et 437.
"Tandis que je m'étais contenté d'apercevoir du fond de mon lit de Paris l'église persane de Balbec au milieu des flocons de la tempête, aucune objection à ce voyage n'avait été faite par mon corps."
"Ce fut pourtant à une station de chemin de fer, au-dessus d'un buffet, en lettres blanches sur un avertisseur bleu, que je lus le nom , presque de style persan, de Balbec."
"Je lui dis [au peintre Elstir] que je m'étais attendu à trouver un monument presque persan et que ç'avait sans doute été là une des causes de mon mécompte. << Mais non, me répondit-il, il y a beaucoup de vrai. Certaines parties sont tout orientales ; un chapiteau reproduit si exactement un sujet persan que la persistance des traditions orientales ne suffit pas à l'expliquer. Le sculpteur a dû copier quelque coffret apporté par des navigateurs.>> Et en effet, il devait me monter plus tard la photographie d'un chapiteau où je vis des dragons quasi chinois qui se dévoraient, mais à Balbec ce petit morceau de sculpture avait passé pour moi inaperçu dans l'ensemble du monument qui ne ressemblait pas à ce que m'avaient montré ces mots église presque persane."
À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche classique, 1992, p. 268-269, 282 et 477.
"Comme jadis, quand je voulais aller à Balbec, ce qui me poussait à partir c'était le désir d'une église persane, d'une tempête à l'aube, ce qui maintenant me déchirait le cœur en pensant qu'Albertine irait peut-être à Trieste, c'était qu'elle y passerait la nuit de Noël avec l'amie de Mlle Vinteuil : car l'imagination, quand elle change de nature et se mue en sensibilité, ne dispose pas pour cela d'un nombre plus grand d'images simultanées."
Sodome et Gomorrhe, Le Livre de Poche classique, 1993, p. 621.
"... je n'aurais pas connu Albertine si je n'avais pas lu dans un traité d'archéologie la description de l'église de Balbec, si Swann en me disant que cette église était presque persane n'avait pas orienté mes désirs vers le normand byzantin..."
Albertine disparue, Le Livre de Poche classique, 2009, p. 145.
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La cathédrale de Bayeux a, semble-t-il, servi de modèle pour l'église de Balbec, mais pour une petite partie, essentiellement les reliefs des écoinçons du vaisseau central de la nef romane."Les écoinçons sont encadrés en pentagone ou en losange, et renferment des reliefs animaux étonnants, eux-mêmes conçus en losange (lion à ailes courtes, enlacé d'une épaisse liane torsadée et fleuronnée), en pentagone (un singe assis sur une colonnette, qui se gratte la nuque pendant que son montreur lui fait la leçon, le doigt levé ; lion survolé d'un rapace qui enlève un crâne dans sa serre et dont la queue de serpent s' achève, comme celle du lion, en fleuron plantureux ; autre lion autour duquel se noue un serpent terminé aux deux bouts par une tête de fauve, avec un griffon par-dessus) ou enfin en rectangle (deux monstres vermiformes vrillés et tordus sur eux-mêmes et l'un sur l'autre en nœud gras, d'où jaillissent quatre têtes voraces et quatre pattes toutes griffes dehors). Ces formes farouches et convulsées, où le mouvement des queues et le bâillement des mâchoires sont soulignés par des rangs serrés de pustules ou de dents carrées, font irrésistiblement penser à des dragons chinois."
"Quatre reliefs représentent des animaux fabuleux, d'un
type évidemment orientalisant. Un lion au corps moucheté tourne la tête en
arrière, vers le fleuron qui termine sa queue passée entre ses jambes et
au-dessus de son dos ; il est surmonté d'un oiseau à la queue serpentiforme qui
tient une tête humaine dans sa serre. le même thème inspire un second
relief, avec quelques variantes : le lion regarde en avant, son corps est
enlacé par un serpent et l'animal du niveau supérieur, tout en gardant une tête
d'oiseau et des ailes, est un quadrupède ; la facture surtout est différente,
beaucoup plus ronde dans le second relief. Un petit quadrupède tout aussi
fantastique, pris dans un rinceau, occupe un troisième écoinçon, tandis qu'au
dernier deux animaux à l'avant-train de chien, au corps de serpent ponctué de
cercles saillants, s'enlacent pour constituer un motif évoquant deux S
contrariés."
Lucien Musset, Normandie romane, tome I, La Pierre-Qui-Vire, Zodiaque,1975, pl.
111.
"Il nous apparaît clairement que, presque toujours, les singuliers animaux de nos églises romanes reproduisent, avec plus ou moins de liberté, les magnifiques animaux des tissus orientaux."
"Le monstre, où se combinent tous les éléments de l'animal, a été inventé par l'Orient. Les êtres réels eux-mêmes furent conçus par l'Orient comme de belles arabesques que l'on peut enrouler, dérouler à son gré. Voilà l'art qui se substitua à l'art grec et que le moyen âge a reçu : il a donné à la décoration romane son étrange caractère. Cet art apparente nos chapiteaux du XIIe siècle au décor arabe et parfois au décor chinois et au décor hindou : miracle qui s'explique sans peine, puisque la Mésopotamie est le foyer."Émile Mâle, L'Art religieux du XIIe siècle en France, Paris, Armand Colin, 1966, p. 341 et 362.



