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mercredi 10 juin 2026

François Mauriac, Le dernier taureau


"Si nous choisîmes ce dimanche-là, comme but de notre promenade, à plus de cent kilomètres, le bourg landais de Saint-Vincent-de-Tyrosse, ce fut bien moins pour la corrida qui s'y donnait, que pour le prétexte de suivre une route aimée entre toutes : celle qui, de Langon à Bayonne, par Bazas, Captieux, Roquefort, Tartas, Mont-de-Marsan, traverse la forêt de pins et de chênes.
Oui, cette corrida n'était qu'un prétexte. Les ayant beaucoup aimées dans ma jeunesse, depuis la guerre je n'y suis presque plus revenu (une fois à Madrid, deux ou trois fois à Bordeaux). Mais durant les vacances, les chroniques d'une si curieuse verve de don Severo, dans la Petite Gironde, ne me laissent rien ignorer de ce petit monde fanatique. Don Severo est le janséniste de l' « afición » ; il en est le Saint-Cyran : d'une rigueur terrible, impitoyable aux matadors qui ne travaillent pas presque immobiles et dans les cornes du fauve selon l'exemple du grand Belmonte. 
Je fus donc à cette corrida de Saint-Vincent-de-Tyrosse. Il m'a fallu, ce jour-là, crever un de mes derniers ballons, renoncer à l'un de mes derniers plaisirs. Non ! Plus jamais je n'assisterai à une course de taureaux. Sans doute serait-il injuste de les juger toutes sur celle-là qui fut au-dessous du pire, moins par la faute des matadors que par celle d'un bétail exécrable, fuyant, et comme on dit, « manso ». Mais nous eût-il donné de voir une belle corrida et d'applaudir un Martial Lalanda, nous aurions dû tout de même subir ce qui, tout à coup, me paraissait horrible à crier : l'attachement de cette foule assise, inactive, abritée, embusquée, « planquée », à un spectacle dangereux pour l'homme, mortel pour la bête. Quant à cet art que j'ai tant admiré, toute sa science repose sur le leurre : une bête seule contre dix, trompée, dupée jusqu'à la mort... L'étrange est qu'elle s'en aperçoive, parfois, qu'elle le devine. Les taureaux « manso » ne sont si méprisés du public que parce qu'ils savent tout d'avance. L'un d'eux, à Saint-Vincent-de-Tyrosse, ne voulait pas sortir du toril. Et quand on l'eut traîné de force dans le cirque, il semblait faire non, encore, de sa grosse tête d'innocent...
Pourtant ce qui m'arracha ce vœu : « Je n'y reviendrai jamais plus... », ce ne fut pas tant cette horreur toute physique, ce dégoût, cette pitié, ni même la honte que me donnait la présence des Anglais venus de Biarritz — de ce garçon surtout dont le beau visage était comme durci par le mépris. Non, la raison de mon désenchantement, elle m'apparut tout à coup : impossible d'ignorer, aujourd'hui, de quoi notre goût pour les corridas est le signe. Nous savons, nous ne pouvons plus ne pas savoir ce que dissimule dans son cœur cette foule qui hurle autour d'une bête couverte de sang." 
Dans Journal III, 1940, de François Mauriac.

J'ai assisté à une seule corrida, c'était en juillet 1957, aux arènes de Palma de Mallorca. Ce jour-là toréait Ordoñez, le grand toréador, et il obtint deux oreilles et la queue. Ce qui est inoubliable aussi, c'est d'avoir entendu El gato montés, ce magnifique pasodoble.

mercredi 4 mars 2026

l'instituteur qui m'apprit à nager dans le Rupt-de-Mad

 

Le Rupt-de-Mad à Jaulny

À la fin de mon année scolaire 1947-48, classe de 9e, à l'école Saint-Léon de Nancy, mon père voulut m'inscrire pour la rentrée de septembre 1948 en classe de 7e à l'Institution Saint-Joseph de Nancy, boulevard Albert 1er. Pour cela, je devais réussir un examen de passage en 7e puisque je sautais une classe. Mon père me fit donner pendant les vacances d'été à Jaulny des cours par Monsieur Marmois, l'instituteur. Essentiellement de petits cours de grammaire et d'arithmétique (opérations sur les fractions). De plus, pour m'éveiller l'esprit, Monsieur Marmois me prêtait Rallye, un hebdomadaire pour la jeunesse, où bandes dessinées et textes documentaires étaient alternés. Je crois avoir contenté Monsieur Marmois, car, en plus de son enseignement, il m'a apprit à nager dans le Rupt-de-Mad, au lieu-dit La Fosse.

Grâce à cet instituteur, j'ai réussi en rentrer en 7e à Saint-Joseph. Mes frères M. et P. me dirent que j'avais décroché la timbale. C'est en retrouvant son nom dans le Didot-Bottin de 1949 et dans Geneanet, que j'ai voulu rendre ce petit hommage à ce hussard noir de la République.

Camille Émile Marmois, né en 1912 à Rembercourt-sur-Mad, décédé en 1984 à Thiaucourt.

mercredi 25 février 2026

défense de la forêt par Astrov, personnage de "L'Oncle Vania" de Tchekhov

"Tu peux chauffer tes poëles avec de la tourbe et construire les hangars en pierre. Bien, j'admets que l'on coupe les bois par nécessité, mais pourquoi les détruire ? Les forêts russes gémissent sous la hache, des milliards d'arbres périssent, les gîtes des bêtes, les nids des oiseaux se vident, les rivières s'ensablent et se dessèchent, des paysages ravissants disparaissent pour toujours, et tout cela parce que l'homme est paresseux et qu'il n'a pas assez de sens commun pour se baisser et ramasser le combustible [...]. Il faut être un barbare pour follement brûler dans un poële toute cette beauté, pour détruire ce que nous ne pouvons pas créer. L'homme est doué d'une raison et d'une force créatrice, pour multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu'ici, il n'a pas encore créé, il n'a que détruit. Il y a de moins en moins de forêts, les rivières se dessèchent, le gibier a disparu, le climat est plus rude et la terre s'appauvrit  et enlaidit de jour en jour. (À Voïnitzki = Vania.) Je te vois qui me regardes avec ironie, et tout ce que je dis te semble manquer de sérieux et... et, peut-être est-ce vraiment de la manie, mais quand je passe à côté de la forêt que j'ai sauvée, ou quand j'entends le bruissement de ma jeune forêt que j'ai plantée de mes mains, je deviens conscient du fait que le climat aussi est un peu entre mes mains et que si, dans mille ans, l'homme doit être heureux, cela sera un peu de ma faute à moi aussi. Quand je plante un jeune bouleau et que je le vois ensuite se couvrir de feuilles vertes et se balancer dans le vent, mon cœur se rempli de fierté."
Tchekhov, L'Oncle Vania, acte I. Traduction d'Elsa Triolet. 

mardi 24 février 2026

Oncle Vania dans "Immensités" de Sylvie Germain

"Ils s'assirent [Prokope et Aloïs] sur le canapé et burent leur bière tandis que les trains repartaient le long des rails en vrombissant. Une fine neige se mit à tomber derrière la fenêtre. Aloïs ne tarda pas en enfourcher son sujet favori, le théâtre. Il en revenait toujours à ses auteurs préférés, Tchekhov et Shakespeare. La dernière fois qu'il était monté sur scène, une vingtaine d'années auparavant, ç'avait été pour jouer l'Oncle Vania, et depuis ce personnage l'obsédait. À force de ressasser les répliques du malheureux Vania il avait fini par les faire siennes. Sa femme Marketa affirmait même qu'il clamait souvent la nuit, pendant son sommeil, des tirades d'Oncle Vania."
Sylvie Germain, Immensités, Gallimard, 1993, p. 82-83.

Paris, 1959. Mon frère P. et moi sommes allés au Studio des Champs Élysées pour entendre Sacha Pitoëff dans L'Oncle Vania de Tchekhov. C'était lui l'oncle Vania, Voinitzki, à la voix grave, au débit ralenti. Vania, enlisé dans sa vie sans relief, plein de regret pour s'être sacrifié inutilement au profit de Serebriakov,  professeur en retraite, un égoïste. Vania aurait voulu une autre vie. À la fin de la pièce, Vania et sa nièce Sonia, pleins d'amertume, se résigneront. C'est moi qui dit se résignerons, car Sonia, avec un discours de consolation,  a encore un peu d'espoir et elle dit à Vania quatre fois : nous nous reposerons ; et puis  la vie deviendra douce, tendre, bonne, comme une caresse. La voix de Sacha Pitoëff est inoubliable, comme d'ailleurs celle de Louis Jouvet.

lundi 23 juin 2025

Jean Scherbeck (1898-1989)


Jean Scherbeck, Breton au grand chapeau
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Henri Claude, Jean Lanher, Jean Scherbeck, la mémoire des gens, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1993, p. 85.
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Dans mon adolescence nancéienne,  sortant du lycée Henri-Poincaré à cinq heures et passant par la rue Raymond-Poincaré pour rentrer chez mes parents, je m'arrêtais souvent à la devanture du n° 20 pour admirer les dessins de Jean Scherbeck.

lundi 17 mars 2025

Ça frappe dur à l'école

"Ça frappe dur à l'école 86. Ça frappe à coups de cahier d'appel, ça frappe avec la règle à section triangulaire, ça toque sur le crâne à coups de chevalière en or portée au doigt. Ça tire sur les petits cheveux au-dessus des oreilles et ça frappe du plat de la main sur la nuque. Ça fait saigner du nez et de la bouche d'un revers de main bien placé. Ça fait venir au tableau et ça frappe la paume ouverte à coups de câble  électrique pour chaque mauvaise réponse. Ça enfonce le bout de l'index dans les côtes."
Mircea Cărtărescu, Solénoïde, collection Points Signatures, 2021, p. 148.


Ça toque sur le crâne à coups de chevalière en or portée au doigt. J'ai vu cela en classe de 6e M1, à l'Institution Saint-Joseph de Nancy, boulevard Albert 1er, en l'année scolaire 1950-1951. C'était M. Strauss, professeur d'allemand, qui agissait ainsi. Dans cette classe de 6e M1 nous étions 43 élèves.

vendredi 10 janvier 2025

le phonographe dans La Montagne magique de Thomas Mann



"Ce qu'on trouva un beau soir dans le salon de musique, en levant les bras au ciel ou en s'inclinant, les mains jointes devant les cuisses, n'avait rien d'un instrument d'optique : c'était un appareil acoustique. Par surcroît, ces attractions faciles ne soutenaient pas la comparaison avec cet objet, en matière de classe, de rang et de valeur. Ce n'était pas une de ses supercheries puériles et monotones [stéréoscope, kaléidoscope, zootrope, tambour rotatif où l'on plaçait des bandes cinématographiques à observer par des fentes latérales] dont on se lassait, sans plus y toucher, au bout de trois malheureuses semaines. C'était une corne d'abondance qui procurait une jouissance esthétique à la fois allègre et écrasante. C'était un phonographe.
Nous redoutons fort que ce mot ne soit compris de travers, dans un sens indigne et dépassé, et n'évoque une image correspondant à une forme primitive et désuète de l'objet réel auquel nous songeons, et non à cette réalité parachevée par les infatigables tentatives d'amélioration de la technique appliquée aux arts. Mes bons amis, ce n'était pas le misérable coffret à manivelle qui, naguère muni d'une plaque tournante et d'un stylet, simple accessoire d'un pavillon en laiton, emplissait les oreilles peu exigeantes de hurlements nasillards, posé sur une table de restaurant. Plus profond que large, le coffre laqué en noir mat qui, relié à une prise électrique par un câble de soie, trônait avec une distinction modeste sur un socle à compartiments, ne ressemblait plus du tout à ce grossier engin antédiluvien. Ayant soulevé un couvercle au galbe gracieux, dissimulant au fond une tige de soutien métallique qui le maintenait automatiquement en position oblique pour protéger l'appareil, on distinguait dans un léger renfoncement le plateau couvert de feutre vert, bordé de nickel, et, en son milieu, un axe cylindrique du même métal permettant de centrer le disque en ébonite. On remarquait encore, à l'avant et sur le côté droit, un dispositif chiffré comme une montre pour régler la vitesse de rotation, et, à gauche, la manivelle destinée à faire tourner  ou à stopper le mécanisme ; au fond, le bras mécanique en nickel articulé avec souplesse, sinueux et renflé, comportant à son extrémité une tête de lecture ronde et plate, dont le résonnateur supportait l'aiguille [en acier, indiqué plus loin] parcourant les sillons."
Thomas Mann, La Montagne magique, (Der Zauberberg, 1924), traduction nouvelle de Claire de Oliveira, Le Livre de Poche Biblio, 2019, p. 979-986.

Page 983, il est indiqué que l'aiguille en acier n'était à utiliser qu'une fois par disque. Et pages 985 et 986, l'auteur nous dit qu'il y avait des aiguilles douces qui servaient de sourdine et des aiguilles dures pour les mélodies de petits orchestres de danse.
Enfin, page 1039, « le Tchèque mit l'appareil en marche et posa le saphir sur le disque », ce qui est, me semble-t-il, étonnant pour un appareil des années 1920. Thomas Mann possédait un phonographe de fabrication allemande et de marque Electra. 

J'ai connu, vers 1948,  le type de phonographe décrit par Thomas Mann. Effectivement, il fallait changer l'aiguille en acier à chaque disque. Plus tard, avec l'électrophone, vers 1955, on pouvait insérer au bout du bras, extrêmement léger, un saphir, à changer après avoir écouté une dizaine de disques microsillons 33 tours, 30 cm. On pouvait aussi y mettre un diamant qui durait beaucoup plus longtemps.

vendredi 22 novembre 2024

je me souviens des habitants du village de Sowirog

Qui se souvient, parmi mes contemporains qui ont suivi des cours d'allemand avec M. Chassard au lycée Henri-Poincaré de Nancy, du village de Sowirog, du seigneur von Balk, de Jacob, le père des sept enfants Jéromine, pêcheur et charbonnier, de Jons Ehrenreich qui deviendra médecin des pauvres dans son village, de Gina qui épousera un comte et qui s'exilera à Londres à l'arrivée du nazisme, de l'instituteur M. Stilling qui soutiendra moralement et pécuniairement Jons, de Frédéric, le jouer de flûte, de Gotthold qui deviendra un nazi, du gendarme bienveillant Korsanke, de Kiewitt qui laboure avec son vieux cheval blanc, du berger Piontek, de Jumbo l'étudiant, ami de Jons, et qui mourra pendant la guerre de 14,  etc. En classe nous avons lu et traduit plusieurs passages du vaste roman d'apprentissage (Bildungsroman) d'Ernst Wiechert : Die Jeromin-Kinder.

"Aucune chronique ne nous a encore rapporté l'histoire du village de Sowirog : la chronique ne parle pas des villages perdus. Ils s'étendent au bord des lacs et des marais de cette lointaine contrée de l'Est, avec leurs toits gris et leurs fenêtres voilées, avec d'antiques puits à potence et quelques poiriers sauvages aux talus pierreux des champs. La grande forêt les enserre et un ciel élevé où pendent de lors nuages forme une voûte au-dessus d'eux. Une route sablonneuse les traverse, entre des jardins aux clôtures délabrées. Elle sort de vastes forêts  et s'y perd ensuite de nouveau. Le facteur y chemine, et plus souvent encore le gendarme. Et parfois on voit passer par ses ornières profondes un cortège de noces, avec ses couleurs vives et son tapage.
Mais le plus souvent la route est plongée dans le silence et les jeunes bouleaux projettent leurs ombres ténues sur les fossés encombrés de joncs. Elle n'a rien conservé de tout ce qui passa sur elle autrefois, allant vers la vie ou vers la mort. Elle n'a ni croix ni pierres du souvenir. C'est une route anonyme."
Ernst Wiechert, Les Enfants Jéromine, Le Livre de Poche Biblio, p. 51-52.

samedi 5 août 2023

souvenirs d'enfance

" Il pensa qu'à l'heure de sa mort il n'aurait pas fini de classer tous ses souvenirs d'enfance. "
- Jorge Luis Borges, "Funes ou la mémoire", dans Fictions, Folio Gallimard, p. 117.

samedi 1 juillet 2023

el corazón triste

Réveillé tôt ce matin et n'arrivant pas à me rendormir, j'ai ressenti un peu de vague à l'âme. Après un moment de légère hébétude, du fond de la mémoire sont remontés ces quatre mots : tengo el corazón triste.
Non, je n'avais pas le cœur triste, juste un peu el corazón cansado, ayant hier au jardin taillé deux lauriers et une haie de thuyas.
Mais d'où venait corazón triste ?
Subitement cela m'est revenu. C'est dans la Cancion del fuego fatuo de El Amor brujo de Manuel de Falla : Malhaya el corazón triste que en su llama quiso arde...
J'avais acheté le disque de cette œuvre  de Falla à l'âge de 18 ans et je l'avais passé et repassé. Et corazón triste était resté dans ma mémoire.
La chanson du feu follet était chantée par une gitane à la voix rauque, une voix de mezzo-soprano ou de contralto.
Et si maintenant j'écris "contralto", je saute directement en pensée au poème de Théophile Gautier :
" Que tu me plais, ô timbre étrange !
Son double, homme et femme à la fois,
Contralto, bizarre mélange,
Hermaphrodite de la voix ! "
(une strophe de Contralto)
C'est ainsi, je ne peux m'empêcher de faire des associations de cette sorte. Avec une mémoire trop pleine de références culturelles et autres, voit-on encore clairement et entièrement la réalité d'aujourd'hui ?

dimanche 11 juin 2023

jeu de billes

Pendant dix jours, des enfants pourront jouer aux billes au Stade de France
(entendu à la radio)
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Nancy. Institution Saint-Joseph, bld Albert 1er, classe de 7e, année scolaire 1949-50.
Un jour de fin septembre 1949, Michel P. et moi sommes sortis de classe à midi. Nous avions le même chemin à faire pour rentrer à la maison : descendre la rue Jeanne-d'Arc. Mais nous avions ce jour-là des billes dans nos poches, et aussitôt passé le square Godefroy-de-Bouillon, nous avons voulu jouer aux billes dans la rue Victor-Hugo. Où ? Mais en bas du trottoir, le long du caniveau. A cette époque, il n'y avait pratiquement pas une seule voiture qui stationnait dans cette rue et la circulation automobile était très faible. Nous avons donc joué à la poursuite. Et continué dans la rue Jeanne-d'Arc... Nous n'avons pas vu le temps passer, tout au plaisir de jouer. Nous nous sommes séparés place de la Croix-de-Bourgogne et je suis rentré chez mes parents ; alors là, j'ai été fort mal reçu car j'avais vingt minutes de retard... Je me suis fait fortement réprimander. J'en ai pris plein mon matricule * comme on disait à cette époque.
Michel P. et moi avons continué à jouer aux billes (chiques) le jeudi place de la Croix-de-Bourgogne. On jouait à la poursuite, à la ligne, au trou, au rond...
L'expression à dire le plus tôt possible c'était derche toutes : je suis le dernier à jouer pour toutes les parties, car cela donnait un avantage.
-
* L'expression est encore dans le Petit Robert de 1967 : " ça devient mauvais pour son matricule " : sa situation devient fâcheuse.

mardi 1 novembre 2022

non-violence et Communauté de l'Arche de Bollène, Vaucluse

C'est en 1963 que, de Nancy, je suis allé rejoindre en train la Communauté de l'Arche  de Bollène, Vaucluse, pour un court stage d'été. Lanza del Vasto, l'auteur de Vinoba ou le nouveau pèlerinage, livre que j'avais lu, était présent à ce moment là, ainsi que sa compagne Chanterelle.
Tous les membre de la Communauté avaient une grande dévotion envers l'apôtre de la non-violence. 
À  nous les stagiaires, on nous donna comme travail le bêchage d'un lopin de terre, pour qu'il puisse être ensemencé plus tard. Nous dormions sur une natte épaisse, peu confortable, mais la fatigue de la journée nous livrait au sommeil rapidement. Nous mangions à une très grande table en la présence de Shantidas  et de Chanterelle. Les repas étaient frugaux. 
Je n'ai tenu que quelques jours ! Retour à Nancy par le train... Mais je souscris toujours au principe de la non-violence.

vendredi 26 août 2022

l'ancienne maison de ma grand-mère à Jaulny



 L'ancienne maison de ma grand-mère paternelle
Jaulny, Meurthe-et-Moselle
(photos JLJ 2007et 2017)


JLJ avec ses parents et ses deux frères, devant la maison de sa
 grand-mère
anciennement 36 rue de Viéville - Jaulny
vers 1948

mardi 23 mars 2021

fill it up at Denny's



Denny's at Naples, Fl.


Thermo hot - cold,  Whiirley, Warren, Pa, U.S.A.
1993
Qui n'est pas allé au moins une fois dans un restaurant Denny's quand il était aux États-Unis ?

lundi 8 juin 2020

Proust, carafes, bouteilles, petits poissons et vairons

"Malgré cette odeur de branche cassée, de linge mouillé, ce qui surnageait, c'était la tendre odeur des lilas. Elle venait à moi comme tous les jours, quand j'allais jouer au parc situé hors de la ville, bien avant même d'avoir aperçu de loin la porte blanche près de laquelle ils balançaient, comme des vieilles dames bien faites et maniérées, leur taille flexible, leur tête emplumée, l'odeur des lilas venait au-devant de nous, nous souhaitait la bienvenue sur le petit chemin qui longe en contre-haut la rivière, là où des bouteilles sont mises par des gamins dans le courant pour prendre le poisson, donnant une double idée de la fraîcheur, parce qu'elles ne contiennent pas seulement der l'eau, comme sur une table où elles lui donnent l'air du cristal, mais sont contenues par elle et en reçoivent une sorte de liquidité, là où, autour des petites boules de pain que nous jetions, s'aggloméraient en une nébuleuse vivante les têtards, tous en dissolution dans l'eau et invisibles l'instant d'avant, un peu avant de passer le petit pont de bois dans l'encoignure duquel, à la belle saison, un pêcheur en chapeau de paille avait poussé entre les pruniers bleus."
Marcel Proust, Sommeils, dans Contre Sainte-Beuve, Folio Essais, 1987, p. 56.

"Je m'amusais à regarder les carafes que les gamins mettaient dans la Vivonne pour prendre les petits poissons, et qui, remplies par la rivière, où elles sont à leur tour encloses, à la fois contenant aux flancs transparents comme une eau durcie, et contenu plongé dans un plus grand contenant de cristal liquide et courant, évoquaient l'image de la fraîcheur d'une façon plus délicieuse et plus irritante qu'elles n'eussent fait sur une table servie, en ne la montrant qu'en fuite dans cette allitération perpétuelle entre l'eau sans consistance où les mains ne pouvaient la capter et le verre sans fluidité où le palais ne pourrait en jouir. Je me promettais de venir là plus tard avec des lignes [le petit Marcel n'est pas revenu plus tard] ; j'obtenais qu'on tirât un peu de pain des provisions du goûter ; j'en jetais dans la Vivonne des boulettes qui semblaient suffire pour y provoquer un phénomène de sursaturation, car l'eau se solidifiait aussitôt autour d'elles en grappes ovoïdes de têtards inanitiés qu'elle tenait sans doute jusque-là en dissolution, invisibles, tout près d'être en voie de cristallisation."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche Classique, 1992, p. 214.

Sursaturation, solidification, dissolution, cristallisation, des termes empruntés au vocabulaire scientifique. Voir :
- Jean Mouton, Le Style de Marcel Proust, Paris, A.G. Nizet, 1973, p. 90-91.


Le Rupt-de-Mad vu du chemin de la Taie à Jaulny

Comme les gamins qui mettaient des carafes dans la Vivonne pour attraper des petits poissons, mon frère et moi, en vacances d'été chez notre grand-mère, utilisions la même méthode, et pour cela nous préparions des bouteilles en verre pour prendre des vairons dans le Rupt-de-Mad. 
Dans le petit atelier de dessous la terrasse de la maison de notre grand-mère, où était installé un établi pour le bricolage, mon frère faisait sauter le fond du cul de deux  bouteilles de 1 litre en verre blanc avec un tournevis et un marteau. Pendant ce temps-là, je découpais deux entailles longitudinales dans deux bouchons de liège, pour que, une fois les bouteilles mises dans la rivière, l'eau puisse s'écouler. 
Les deux bouteille préparées, nous descendions le chemin de la Côte du Friche jusqu'au pont qui mène à l'ancienne halte ferroviaire. Dans la rivière, de l'eau jusqu'à mi-cuisse, nous placions les bouteilles dans un "coulant", le cul vers Rembercourt. Après, nous montions à la maison pour le goûter. Une heure plus tard, impatients, nous redescendions vite pour relever nos bouteilles. Pêche miraculeuse, une dizaine de vairons ! Nous vidions les bouteilles dans un petit seau. Et au repas du soir,  nous mangions nos petits poissons en friture.

jeudi 21 mai 2020

belle journée de printemps


Sabine Chennevière, Le Printemps

lundi 24 décembre 2018

le fond de Jérusalem à Jaulny


Le fond de Jérusalem 
entre le lieu-dit La Côte de Jérusalem de la commune de Jaulny 
et les lieux-dits Jérusalem et Descendant le Machet de la commune de Viéville


En évoquant ce lieu, je revois un gamin de Jaulny qui conduit le gros Bijou chez le maréchal-ferrant de Viéville et qui n'est pas très rassuré de passer par le fond de Jérusalem.

jeudi 13 décembre 2018

l'ancien café et l'ancienne boulangerie Mangeot de Jaulny


Ancien café et ancienne boulangerie 2 rue du Moulin à  Jaulny
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Dans ma jeunesse, café et boulangerie étaient tenus par M. Paul Mangeot (né en 1903). Il avait deux filles, Ginette et Monique. Monique, mariée à Gilbert Thiry, reprit le commerce de son père.
Quand on pénétrait dans le café, on voyait sur le mur de gauche une fresque illustrant le château ; dans le coin avant gauche, il y avait le billard et dans le coin avant droit, quatre hommes jouaient toujours à la belote. Le comptoir était devant le mur de droite, où officiaient Ginette et Monique. Après la messe du dimanche, le café se remplissait, les jeunes jouaient au billard, buvaient des limonades ou des panachés, les adultes parlaient récoltes en buvant de la bière. Les femmes, elles,  restaient devant l'église et discutaient entre elles et avec le curé, puis se dépêchaient d'aller préparer le repas.
De temps en temps, Monsieur Mangeot faisait de son café une salle de cinéma. Il faisait venir un projectionniste avec tout son matériel. Je me souviens d'avoir vu avec mon frère La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque avec Gérard Philipe, Renée Faure et Maria Casarès. J'étais trop jeune pour y avoir compris quelque chose. 
Le dimanche, au printemps, mes parents, mon frère et moi, partions de Nancy pour aller voir notre grand-mère qui habitait en haut du village. À Nancy, ma mère avait préparé le mets principal de midi  pour épargner à ma grand-mère une charge de travail. Avant de monter la Grand-Rue, mon père arrêtait la voiture devant la boulangerie Mangeot et achetait une brioche. 
Mais en été, ma mère, mon  frère et moi, passions les grandes vacances chez ma grand-mère. Mon père ne venait de Nancy que le samedi soir et y repartait le lundi matin.

dimanche 22 janvier 2017

théâtre à Paris

Étudiant en prépa à Versailles pendant l'année scolaire 1959-1960, le dimanche, pour ne pas être "polarisé", j'allais à Paris voir des pièces de théâtre en "matinée". Je prenais le train à la gare de Versailles Chantiers ou à celle de Viroflay Rive Gauche.  
Voici les quelques pièces que j'ai vues :
- Long voyage vers la nuit d'Eugène O'Neill au théâtre Hébertot, avec Michel Vitold et Pierre Vaneck.
- Henri IV de Luigi Pirandello au T.N.P., avec Jean Vilar et Jean Topart.
- Les Séquestrés d'Altona de Jean-Paul Sartre au théâtre de la Renaissance, avec Serge Reggiani.
- Oncle Vania d'Anton Tchekhov au Studio des Champs Elysées, avec Sacha Pitoëff.
- La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux à la Comédie Française, avec Daniel Ivernel dans le rôle d'Hector.
- Rhinocéros d'Eugène Ionesco au théâtre de l'Odéon, avec Jean-Louis Barrault.
- La Cantatrice chauve et La Leçon d'Eugène Ionesco au petit théâtre de la Huchette.
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Plus tard, lorsque, de ma Lorraine natale, je venais à Paris pour aller au Salon du Livre ou voir des expositions, je ne manquais pas d'aller au théâtre en soirée.
Ainsi, j'ai vu les pièces suivantes :
- Angelo tyran de Padoue de Victor Hugo au théâtre de l'Odéon, mise en scène de  Jean-Louis Barrault.
- Maître Puntila et son valet Matti de Bertolt Brecht au T.N.P., avec Georges Wilson.
- L'Importance d'être Constant d'Oscar Wilde au théâtre ?
- Le Piéton de l'air d'Eugène Ionesco au théâtre ?
- L'adaptation pour le théâtre des Exercices de style de Raymond Queneau au théâtre Montparnasse, avec Jacques Seiler, Jacques Boudet et Danièle Lebrun.
- La Nuit des rois de William Shakespeare au théâtre du Soleil (Cartoucherie de Vincennes), mise en scène d'Ariane Mnouchkine. A l'entracte, dehors, on a eu droit à un bol de soupe servi par Ariane Mnouchkine !
- une pièce de Carlo Goldoni au théâtre ?

jeudi 19 mai 2016

le diamonitirion du Mont Athos



Le monastère de Stavronikita, dédié à saint Nicolas de Myre



Diamonitirion délivré le 27 juin 1963 (1)
par la Sainte Epistasie de la Sainte Montagne (Mont Athos)
à Karyès
Il est signé par le président (protépistatis) et les trois membres (épistates) du pouvoir exécutif. Il est timbré d'un timbre de 100 drachmes au bénéfice de la Sainte Communauté de la Sainte Montagne.
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(1) Le calendrier de l'Athos étant en retard de 13 jours sur le nôtre, le document est donc datable du 9 juillet 1963.
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De mon périple en Grèce à l'été 1963, il me reste surtout un moment inoubliable, c'est mon petit pèlerinage au Mont Athos, l'Haghion Oros des anciens Grecs.
Avec une recommandation de l'évêché de Nancy, je suis allé à Salonique à la Police des Étrangers pour me faire délivrer un laissez-passer pour le Mont Athos. Du port de Trypiti, je me suis embarqué sur un petit bateau à moteur pour Daphni, le port principal de l'Athos. Sur ce bateau, nous étions une demi-douzaine de personnes, un moine vêtu de son habit noir (zostiko) et coiffé de sa scoufia cylindrique, un pèlerin anglais plus âgé que moi et quelques Grecs qui avaient chargé dans le bateau des marchandises. A Daphni, nous sommes montés sur la plate-forme d'un camion qui nous conduisit à Karyès, le centre administratif de ce nome théocratique et autonome de la Grèce. Dans cette capitale de la Sainte Montagne, les autorités me délivrèrent le fameux diamonitirion qui me permettait d'obtenir l'hospitalité dans les couvents. Et c'est à pied, comme un pèlerin, par des chemins ou sentiers plus ou moins larges que j'ai visité pendant trois jours les couvents de Vatopédi, du Pantocrator, de Stavronikita et d'Iviron.
Comme pèlerin, j'ai assisté à une messe et communié sous les deux espèces selon le rite orthodoxe.
Bien sûr, j'ai admiré l'architecture complexe des couvents, les iconostases, les icônes et les fresques des églises et écouté les chants des moines. Couché sur un lit de planches dans le dortoir des hôtes, mangé très frugalement au réfectoire... J'ai été réveillé le matin par les coups portés sur la symandre en bois.
Mais après quarante-cinq ans, mes souvenirs sont bien nébuleux et presque effacés, n'ayant pris aucune photo. Il ne me reste de palpable que ce diamonitirion.

En 1970, j'ai lu Voyage au Mont Athos de François Augiéras, paru chez Flammarion.

Mais le texte qui m'a paru le plus intéressant c'est le chapitre "Le Mont Athos" de Lettre au Gréco. Bilan d'une vie de Nikos Kazantzaki, Presses Pocket, 1983, p. 197-242. En 1914, Nikos Kazantzaki a passé avec un ami, Angelos Sikelianos,  quarante jours au Mont Athos, en visitant les monastères d'Iviron, de Stavronikita, du Pantocrator, de Vatopédi, de Karakalou, de Philothée, des Frères Ioasaph (où il y a un célèbre atelier de peinture d'icônes), de Saint-Paul, de Saint-Denys, Il a fait aussi l'ascension du sommet du Mont Athos [ce que je n'ai pas fait et je le regrette beaucoup]. Arrivé au sommet, il est entré dans la chapelle consacrée à la Transfiguration du Christ.