Affichage des articles dont le libellé est Lesage (Alain-René). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lesage (Alain-René). Afficher tous les articles

samedi 25 octobre 2025

le même effet que les rayons du soleil sur la statue de Memnon

J'ignorais quels étaient ses malheurs. Il me les avait cachés dans tous les entretiens que nous avions eus ensemble jusque-là et il ne m'avait jamais encore parlé de sa femme lorsqu'un matin, en nous promenant après avoir déjeuné, les fumées de deux bouteilles d'un vin blanc  que nous venions de boire firent sur lui le même effet que les rayons du soleil sur la statue de Memnon. M. de La Haye, qui était ordinairement taciturne et rêveur, prit tout à coup un air gai, libre et ouvert et se répandit en discours.
Dans Les aventures de M. Robert Chevalier, dit de Beauchêne, capitaine de flibustiers dans la Nouvelle France (1732) de Alain-René Lesage. 

Hippolyte Boussac, La statue sonore de Memnon, Revue des Deux Mondes, 5e période, tome 34, 1906, p. 208-228.

mardi 21 octobre 2025

un "je ne sais quoi" dans un roman d'Alain-René Lesage

"Cette dame était une jeune personne qui joignait à la beauté la plus régulière un air si gracieux, tant de modestie, tant de douceur dans le son de sa voix, dans ses yeux, dans ses manières, que, entraîné par ce puissant je ne sais quoi qui ne peut se définir, je perdis subitement ma liberté, sans même avoir envie de la défendre."
Dans Les aventures de M. Robert Chevalier, dit de Beauchêne, capitaine de flibustiers dans la Nouvelle France (1732) de Alain-René Lesage.

mercredi 3 juillet 2013

Lesage et Gongora

Dans son roman Gil Blas de Santillane, Alain-René Lesage évoque le poète espagnol Luis de Gongora (1561-1627) par l’intermédiaire de Fabrice Nuñez1.
Fabrice Nuñez, ami de Gil Blas, a choisi comme précepteur l’incomparable don Luis de Gongora pour faire son apprentissage de poète. Il a si bien pris l’esprit de l’auteur des Solitudes qu’il compose des morceaux abstraits. Et de réciter à Gil Blas un sonnet de son cru, guère intelligible, en indiquant que c’est l’obscurité qui en fait tout le mérite !
« J’interrompis mon  novateur par un éclat de rire. Va ! Fabrice, lui dis-je, tu es un original avec ton langage précieux. Et toi, me répondit-il, tu n’es qu’une bête avec ton style naturel.2 »
Pour Gil Blas, le sonnet de son ami n’est qu’un pompeux galimatias.
Nul doute, c’est Lesage qui parle par l’entremise de Gil Blas, prosateur au style net, précis, concis, élégant, léger, enjoué, naturel 3.
Mais la langue de la prose n’est pas celle de la poésie.
En poésie, c’est le son, c’est le rythme, ce sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d’induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se concevoir en un sens défini et certain4.
Lesage était un romancier, un traducteur adaptateur de romans espagnols, un auteur de comédies (Turcaret, Crispin rival de son maître) et de pièces pour le théâtre de la Foire. En aucune façon, il ne pouvait apprécier la poésie de Gongora5.
_
1. Alain-René Lesage, Gil Blas de Santillane, Gallimard, collection Folio, 2006, p. 584-587.
2. Gil Blas, p. 587.
3. Etiemble, Préface à Gil Blas de Santillane, o. c., p. 22.
4. Paul Valéry, "Au sujet du Cimetière marin", dans Variété.
5. Pierre Darmangeat, "Lire Gongora", dans Gongora, Les Solitudes et autres poèmes, Paris, Seghers, 1982, p. 7-29.

mardi 25 juin 2013

qu'est-ce qu'un sot ?

Le substantif sot semble tombé en désuétude.
A notre époque, on ne dit plus quel sot, mais quelle andouille, quel idiot et même quel con ! Je me souviens du plaisant livre d'Yvan Audouard, Lettre ouverte aux cons, où tout le monde en prenait pour son grade. 
Par contre, au XVIIIe siècle, le nom de sot était très utilisé pour qualifier une personne de peu d'intelligence et de peu de jugement. 
En relisant Gil Blas de Santillane de Lesage, j'ai remarqué que, dans les quatre premiers livres (1715), l'auteur utilisait souvent sot, sottise, sottement.
C'est dans La Paysanne pervertie (1784) de Rétif de la Bretonne que j'ai trouvé la plus longue et la plus significative définition du sot :
"Qu'est-ce qu'un sot ? C'est un homme d'un esprit borné, dont les vues sont courtes et qui se les croit fort longues, prévenu en sa faveur, assez bouché pour croire tout connaître, tout savoir, et qui ne sait rien : n'ayant pas assez de lumières pour voir ses défauts et son incapacité, hardi par ignorance, jusqu'à l'effronterie ; ne rougissant jamais, parce qu'il manque de sentir, et que son orgueil stupide l'empêche de s'apercevoir qu'il fait mal ; méchant, parce qu'il manque d'entrailles et que la sensibilité est en lui aussi obtuse que les lumières de son esprit sont obscures : dans mille choses, n'en saisissant qu'une comme les animaux, et ne voyant qu'elle, y tendant en dépit des obstacles, même insurmontables ; réussissant par là quelquefois, et n'en devenant que plus sot, la vanité étant le comble de la sottise."