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dimanche 13 septembre 2026

Italo Calvino a visité le Musée Guggenheim de New York en novembre 1959

"Durant ces semaines, le sujet obligé de toutes les conversations new-yorkaises est le nouveau musée dessiné pat Frank Lloyd Wright pour recevoir la collection Salomon Guggenheim, inauguré depuis peu. Tout le monde le critique ; j'en suis un défenseur acharné mais je me retrouve presque toujours isolé. C'est une sorte de tour en spirale, une rampe continue d'escalier sans marches, avec une coupole en verre. En montant et en se penchant, on a toujours une vue différente avec des proportions parfaites, grâce à une saillie semi-circulaire qui corrige la spirale ; en bas, il y a une petite tranche de parterre elliptique et une verrière avec un croissant de jardin. Ces éléments, qui changent toujours quelle que soit la hauteur à laquelle on se déplace, sont un exemple d'architecture en mouvement, d'exactitude et d'imagination unique. Tout le monde dit que l'architecture domine la peinture et c'est vrai (il paraît que Wright détestait les peintres), mais quelle importance ! On va là pour voir l'architecture, et puis les tableaux, on les voit toujours bien éclairés, uniformément, ce qui est primordial. Reste le sol, toujours incliné, qui constitue un problème﹘à savoir, comment faire tenir le tableau droit ? Ils l'ont résolu en accrochant les tableaux non pas aux murs mais à des bras de fer qui sortent du mur jusqu'au centre du tableau. En fait, la collection Guggenheim n'est pas extraordinaire, à part la formidable collection de Kandinsky que nous avions déjà vue à Rome, et il ya beaucoup de pièces de second ordre."
Italo Calvino, Ermite à Paris - Pages autobiographiques, Gallimard, 2014, p. 59.

vendredi 4 septembre 2026

Italo Calvino à Savannah, Géorgie, en mars 1960

"Je me suis arrêté à Savannah, en Géorgie,  pour dormir et jeter un coup d'œil, attiré uniquement par la beauté du nom et par quelques réminiscences historiques, littéraires et musicales, mais personne ne m'a jamais dit d'y aller, personne dans aucun État des States. ET C'EST LA PLUS BELLE VILLE DES ÉTATS-UNIS. Absolument, sans aucune comparaison possible. Je ne sais pas encore comment est Charleston, en Caroline du Sud, où j'irai demain et qui est plus renommée. Personne ne vient jamais dans cette ville (bien qu'elle ait un un équipement touristique de très grande classe et qu'elle sache présenter ses attraits historiques et urbanistiques avec une distinction inconnue ailleurs ; mais son charme réside peut-être dans ce que le tourisme interaméricain, toujours si phoney [trompeur], ne l'a pas touchée). C'est une petite ville restée pratiquement intacte, telle qu'elle était à l'époque prospère du South au début du XIXe siècle, du temps du coton ; et c'est une des très rares villes américaines construites en suivant un plan d'urbanisme, unique, d'une extrême régularité rationnelle et d'une extrême variété et harmonie : tous les deux croisements de rues il y a un petit square avec des arbres, toujours pareil et toujours différent, avec l'agrément des édifices qui vont de l'époque coloniale jusqu'à celle de la Civil War. Je me suis finalement promené toute la journée dans toutes les rues, l'une après l'autre, avec le plaisir oublié de sentir une ville, une ville qui est l'expression d'une civilisation, et ce n'est qu'en voyant Savannah que l'on peut comprendre quel genre de civilisation était le South."
Italo Calvino, Ermite à Paris - Pages autobiographiques, Gallimard, 2014, p. 150-151. 
J'ai visité Savannah en novembre 1998. Effectivement, c'est une très belle ville.

Minuit dans le jardin du bien et du mal, film de Clint Eastwood, de 1997, a été tourné en très grande partie à Savannah.

vendredi 11 octobre 2024

Lahontan et Shaftesbury, évoqués dans Le Baron perché d'Italo Calvino

Voici deux personnages, que je ne connaissais pas, évoqués dans Le Baron perché d'Italo Calvino :

"Mais Cosimo, qui dévorait des livres de toutes sortes, et qui passait la moitié de son temps à lire et l'autre à chasser pour payer les comptes du libraire Orbecche, Cosimo, lui, avait toujours une nouvelle histoire à raconter. Sur Rousseau qui se promenait en herborisant à travers les forêts de la Suisse, sur Benjamin Franklin qui attrapait les éclairs avec un cerf-volant, sur le baron de Lahontan qui vivait heureux au milieu des Indiens d'Amérique." Folio, p. 168.


Louis Armand de Lom d'Arce, plus connu sous l'appellation de baron de La Hontan ou Lahontan, est un voyageur anthropologue et écrivain français né le 9 juin 1666 à Lahontan et décédé le 21 avril 1716 dans l'Électorat de Hanovre. Au cours de son séjour en Nouvelle-France (1683-1694), il explore un vaste territoire, de Terre-Neuve à la région des Grands Lacs et jusque dans le Minnesota, couvrant quelque 3 000 km à vol d'oiseau. (Wikipédia)

"Ses arbres maintenant étaient décorés de feuillets couverts d'écriture ainsi que de panneaux rapportant des maximes de Sénèque ou de Shaftesbury..." Folio, p. 302.

Anthony Ashley Cooper, 3e comte de Shaftesbury (Londres, 1671 - Naples, 1713), philosophe anglais. S'inspirant du platonisme de l'école de Cambridge, il développa une morale du sentiment basée sur l'idée optimiste d'un sens inné du beau et du bien en l'homme. (Petit Robert 2)