Léon Gérôme, La montagne thébaine derrière un colosse de Memnon
La déesse cobra
Meretseger portant la couronne atef
La Cime de la
montagne thébaine
La flèche rouge
indique le second poste militaire de surveillance
-
C'est en novembre
2004 que je me suis décidé à faire la randonnée jusqu'à la cime de la montagne
thébaine (El-Qurn) à partir de Deir el-Medineh, pour rencontrer Meretseger (ou
Merséger = Mr.s-sgr) la déesse cobra, celle qui aime le silence, celle qui hante
le haut lieu saint des anciens artisans de la tombe (1).
Une première série
d'escaliers jalonnés de petits lampadaires, dont plusieurs étaient décapités,
les lanternes à terre, après une installation électrique d'il y a quelques
années seulement, mènent à un petit promontoire ; de là, on a une belle vue sur
le village des artisans,
sur le temple d'Hathor-Maât avec son enceinte et on
aperçoit même dans le lointain le Ramesseum. Puis, continuant, j'arrive au
premier poste militaire de surveillance, un parallélépipède en béton. Ah, voilà
un militaire qui monte au poste directement par la voie la plus escarpée avec
un bidon d'environ 20 litres d'eau sur les épaules. Dur, dur...
Après cette première
halte, je reprends mon chemin par un sentier tracé dans la pierraille et une
seconde série d'escaliers beaucoup plus pentus. En plein soleil, vers 11 heures
du matin, la fatigue commence à se faire sentir. J'arrive au second poste
militaire de surveillance (flèche rouge sur la photo du bas). Je me mets à
l'ombre du petit bâtiment. Je me repose.
Je repars doucement
et marche sur la roche nue. J'arrive devant une sorte de muraille abrupte qui
semble couronner la pyramide rocheuse de la cime thébaine. Cette couronne est
striée, rongée verticalement (bien visible sur les deux photos). D'où je suis,
je ne peux plus avancer, ou alors il faudrait faire de l'escalade. Seul,
n'ayant prévenu personne de ma randonnée, je renonce à monter plus haut par
prudence. Pourtant, en altitude, la cime semble être à une quinzaine de mètres
plus haut. J'essaie quand même de voir si par la droite ou la gauche je
pourrais encore monter. Rien à faire. Je renonce. Dommage, j'aurais voulu
rencontrer la déesse de la montagne thébaine...
Un beau ratage. Un de
plus... Je ne les compte plus...
***
- Le petit récit de
votre randonnée n'a aucun intérêt. Il manque de pittoresque, de choses vues et
ressenties. A votre place j'aurais tout simplement écrit : " Le 10
novembre 2004 je ne suis pas arrivé à atteindre le sommet de la montagne
thébaine." C'était du pareil au même.
- Vous voulez du
pittoresque, du réel, de la couleur, des contacts humains. Mais à mon âge, le
réel n'est plus que répétitif. Et de plus il s'estompe, s'échappe ...Mais je peux faire un
effort de mémoire.
- Allez-y.
- De Louxor, à 9
heures du matin, j'ai pris le baladi à 1 LE pour traverser le Nil et accoster à
la rive ouest. Sur le quai, j'ai été entouré d'enquiquineurs, de rabatteurs, taxi drivers, faux guides, enfants demandeurs d'un bakshish, que j'ai envoyés balader (don't bother me please, my
friend...). J'ai marché jusqu'à Geziret El Bairat pour louer un vélo chez mon loueur
habituel
pour 10 LE la journée, une cochonnerie de vélo made in China, soi-dit
en passant, avec les axes des pédales faussés, puis j'ai roulé jusqu'à Deir
el-Medineh. La fin du parcours oblige à rouler en danseuse. Là, je me suis
reposé à l'ombre sous un nouvel édicule avec banquettes en ciment et j'ai bu un
peu d'eau. Puisque je le connais bien, j'ai été dire bonjour au vendeur
égyptien de cartes postales et de livres, dont un choix de ceux de l'IFAO, qui
parle français, près de l'entrée des tombes d'Inherkhâou et de Sennedjem. Malin
et arnaqueur il vend la bouteille d'eau Baraka de 75 cl 6 LE (2) !!! Et le
livre Complete Royal Families of Ancient Egypt (The American University in
Cairo Press) 200 LE au lieu de 150 LE. Je voulais aussi saluer Mme Nadine
Cherpion, que j'avais rencontrée au Caire, à l'IFAO, mais elle n'était pas là.
J'ai mis mon vélo
près de la camionnette de la police touristique, je l'ai enchaîné et je suis
parti à pied faire ma randonnée. Voilà du concret, du réel. Vous êtes content ?
- C'est mieux. Mais ce n'est pas très original. Une flopée de Français a certainement fait la même chose que vous.
- Je pourrais
continuer longtemps. Au premier poste militaire de surveillance, il y avait
deux petits chatons qui se chamaillaient comme des sapajous. A l'entrée du
poste j'ai dit hello ! Un militaire est sorti du poste pour voir qui j'étais.
Quand il a vu que j'avais bien la bobine et la tenue d'un touriste (bob, sac à
dos, lunettes de soleil...) et que j'étais sans armes..., il est rentré se
recoucher...
- Vous ne poussez-pas
un peu ?
- Pas du tout. Au
retour, en redescendant les escaliers, j'avais mal aux genoux. Lors de la
descente, j'ai vu en contrebas, un ânier qui revenait de la Vallée des Rois avec sa
ribambelle d'ânes à la queue leu leu. Arrivé en bas, je me suis encore reposé
parmi un groupe de Français qui attendait pour faire la visite des tombes. J'ai
bu encore un peu d'eau de ma petite bouteille de 50 cl. Et peu après j'ai pris
mon vélo et je suis allé au Ramesseum pour le visiter pour la énième fois.
- Peut-être beaucoup
de phrases pour pas grand-chose.
- Je suis bien
d'accord avec vous. Tout cela n'est pas très original, mais ce qui est original à notre époque, c'est d'aimer le silence.
-
1. Bernard Bruyère,
Mert Seger à Deir el-Medineh, Mémoires de L'IFAO, Le Caire, tome 58 (1930). Richard H. Wilkinson, The Complete
Gods and Goddesses of Ancient Egypt, Le Caire, 2003, p. 224.
2. En novembre 2004,
1 LE = 0,82 FRF = 0,125 €. Cette bouteille d'eau de 75 cl est donc vendue à
4,92 FRF = 0,75 €... Au centre ville de Louxor, on pouvait acheter en 2004 la
bouteille d'eau Baraka de 1,5 litre à 1,5 ou 2 LE.


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