Affichage des articles dont le libellé est Mann (Thomas). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mann (Thomas). Afficher tous les articles

jeudi 23 janvier 2025

trois personnages de la Montagne magique de Thomas Mann

 Hans Castorp, Settembrini et le docteur Behrens dans La Montagne magique de Thomas Mann

Hans Castorp est le personnage principal du roman La Montagne magique de Thomas Mann, publié en 1924. Il est un jeune homme allemand, ingénieur,  qui se rend dans un sanatorium à Davos, en Suisse, pour rendre visite à son cousin malade. Ce qui devait être une courte visite se transforme en un séjour prolongé, où Hans est confronté à des questions profondes sur la vie, la mort, la maladie et la nature humaine.
Au fil du récit, Hans Castorp évolue intellectuellement et spirituellement, s'engageant dans des discussions philosophiques et politiques avec d'autres patients du sanatorium. Le roman explore des thèmes tels que le temps, la santé, l'art et la société, tout en peignant un tableau complexe de l'Europe d'avant la Première Guerre mondiale.
Le personnage de Hans est souvent interprété comme un reflet des tensions et des contradictions de son époque, et son voyage intérieur est au cœur de l'œuvre de Thomas Mann.

Settembrini est le personnage clé du roman. C’est un intellectuel italien et un humaniste qui incarne des idéaux de progrès, de rationalité et de culture. Settembrini agit comme un mentor pour Hans Castorp, le protagoniste, et représente une vision du monde optimiste, axée sur la raison et l'engagement civique. Au cours du roman, Settembrini engage Hans dans des discussions philosophiques et politiques, défendant les valeurs de la démocratie et du rationalisme face à d'autres personnages, comme Naphta, qui représente des idées plus sombres et mystiques. Leur opposition symbolise un conflit plus large entre différentes idéologies et visions du monde.
Settembrini est également un personnage complexe, car malgré ses idéaux élevés, il est parfois confronté à ses propres contradictions et faiblesses. Son rôle dans le roman soulève des questions sur le sens de la vie, le progrès et le destin de l'Europe à l'aube de la guerre.

Le docteur Behrens est un personnage fascinant. Dans le roman, le docteur Behrens est le médecin-chef du sanatorium de Davos, où le protagoniste Hans Castorp vient pour une cure. Il incarne une figure paternelle, un guide spirituel, et un représentant de la raison et de l'ordre au sein du sanatorium. Il est décrit comme un homme imposant et charismatique, un professionnel dévoué mais parfois distant. Sa personnalité et ses interactions avec les patients, notamment Hans, apportent une perspective intéressante sur les thèmes de la maladie, la guérison et la contemplation de la vie et de la mort.

Par ChatGPT

mercredi 15 janvier 2025

le système de l'utopiste Lodovico Settembrini dans La Montagne magique

Ce que pensait l'Italien Settembrinni avant la guerre de 1914-1918.
 "Selon le système exposé par Settembrini, deux principes étaient en concurrence pour régir le monde : la force et le droit, la tyrannie et la liberté, la superstition et le savoir, le principe de la stagnation et celui de l'effervescence, autant dire du progrès. Le premier principe pouvait être qualifié d'asiatique, et le second d'européen, l'Europe étant le territoire de la rébellion, de la critique et de l'activité réformatrice, tandis que le continent oriental incarnait l'immobilité, le repos inactif. Quant à savoir laquelle des deux puissances remporterait la victoire finale, ce serait sans nul doute celle des Lumières, du perfectionnement conforme à la raison. Car l'humanité ne cessait d'entraîner de nouveaux peuples dans sa voie resplendissante, elle gagnait du terrain en Europe et commençait à se répandre en Asie. Sa victoire était toutefois loin d'être totale, et les sympathisants déjà éclairés devraient encore fournir de grands et nobles efforts jusqu'au jour où les monarchies et les religions s'effondreraient , même dans les pays de notre continent qui, à la vérité, n'avaient vécu ni les Lumières ni 1789. Mais ce jour viendrait, disait Settembrini en souriant finement dans sa moustache [en croc], il arriverait sur des pattes de colombe ou des ailes d'aigle, il poindrait comme l'aurore de la fraternisation générale des peuples sous le signe de la raison, de la science et du droit ; ce jour amènerait la sainte alliance de la démocratie civile - lumineuse antithèse de la trois fois infâme  alliance des princes et des cabinets dont le grand-père Giuseppe avait été l'ennemi juré -, en un mot, ce serait la république universelle. Afin d'atteindre ce but suprême, il fallait avant tout, pour ce qui était du principe asiatique et servile de la stagnation, toucher le cœur même et le centre vitale de la résistance,  c'est-à-dire Vienne. Il s'agissait de frapper l'Autriche à la tête et de la détruire pour se venger du passé, mais aussi pour ouvrir la voie à la suprématie du droit et du bonheur sur terre."
Thomas Mann, La Montagne magique, (Der Zauberberg, 1924), traduction nouvelle de Claire de Oliveira, Le Livre de Poche Biblio, 2019, p. 242-243.

le lumineux mentor de Hans dans La Montagne magique de Thomas Mann


Luigi Settembrini (Naples, 1813 - Naples, 1876)
un modèle pour le personnage de Lodovico Settembrini du roman de Thomas Mann
(Heinrich Mann, le frère de Thomas,  a aussi servi de modèle pour ses idées démocratiques)
-
Le lumineux mentor de Hans Castorp, le « frêle enfant de la vie », c'est l'Italien Lodovico Settembrini, l'un des personnages principaux de La Montagne magique de Thomas Mann. Il est le porte-parole, le truchement, en grande partie, du romancier. Il est toujours habillé d'une veste croisée en lainage grossier, trop longue et à revers énormes, et d'un ample pantalon à carreaux jaune pâle ; ce qui fait dire à Hans Castorp qu'il a l'air d'un joueur d'orgue de Barbarie.
Son grand-père Giuseppe, avocat milanais, grand patriote, agitateur politique, carbonaro, avait lutté pour l'unité et la liberté de l'Italie. Son père avait été « un érudit subtil et discret, un humaniste à son pupitre ». Ce père qui disait que le ciel était fait pour les moineaux.
Quant à Lodovico, il se dit humaniste, homme de lettre et écrivain indépendant, conjuguant les tendances de ses ascendants directs. Sa littérature allie la politique du grand-père et l'humanisme du père. C'est un franc-maçon, un libre-penseur, un ascète, un utopiste. À Bologne, il a été l'élève de Carducci (1835-1907), ancien député du royaume d'Italie, et c'est à lui qu'il doit sa culture. Il est contributeur au grand ouvrage Sociologie des souffrances. C'est un sermonneur, enclin à la pédagogie, qui ne rit jamais, mais qui aime faire de temps en temps des saillies. C'est un sceptique, il ne croit pas aux religions. Il est contre la peine de mort. Il est pour un enseignement libre et ouvert à tous, pour le progrès scientifique. Il est contre la monarchie austro-hongroise et croit en une « guerre civilisatrice » [?] contre elle, afin que l'Italie retrouve son unité.

 Voici quelques-unes des paroles de Lodovico Settembrini :

"Il faut spécifier les choses avec force et vérité, cela renforce et élève l'existence."

"La méchanceté, c'est la critique ayant de l'esprit ; or la critique est à l'origine du progrès et des Lumières."

"La musique, c'est le semi-formulé, l'équivoque, l'irresponsable, l'indifférencié. Elle peut enflammer notre cœur, mais c'est tout de même la raison qu'il convient d'enflammer ! La musique m'inspire une aversion d'ordre politique. La musique a ceci d'estimable qu'elle est un ultime vecteur d'enthousiasme, une puissance qui nous élève et nous fait avancer, pour peu qu'elle trouve un esprit déjà formé  à ses effets, mais c'est la littérature qui doit prévaloir. À elle seule, la musique ne fait pas progresser le monde."

"La seule manière de considérer la mort qui soit saine et noble, mais aussi RELIGIEUSE, je l'ajoute expressément, consiste à la saisir et à la percevoir comme une partie intégrante de la vie, un corollaire, un préalable sacré, et non point - ce serait tout sauf sain, noble, raisonnable et religieux - à l'en dissocier par l'intellect, à une créer une antinomie, voire à la dresser contre la vie, ce qui serait tout à fait répugnant."

"Gardez-vous de l'ironie. Gardez-vous, d'une façon générale, de cette posture intellectuelle ! Quand elle n'est pas un procédé rhétorique direct et classique, elle se dévergonde, entrave la civilisation, se commet salement avec l'inertie, le démon, le vice."

"Le paradoxe est la fleur vénéneuse du quiétisme, le miroitement ambigu de l'esprit au stade putride, la pire dépravation qui soit !"

"L'analyse est bonne si elle est un instrument des Lumières et de la civilisation, dans la mesure où elle ébranle les sottes convictions, bat en brèche les préjugés naturels, et sape l'autorité ; autrement dit, elle a ceci de bien qu'elle libère, affine, humanise l'esclave et le rend mûr pou la liberté. Elle est mauvaise, fort mauvaise, dans la mesure où elle enraie l'action, endommage la vie à la racine, étant incapable de la façonner."

"Le philanthrope ne saurait admettre la différence entre le politique et le non-politique. Ce dernier n'existe pas, tout est politique."

on lit tout autrement lorsqu'un livre vous appartient

"Il [Hans Castorp] avait fait venir avec ses affaires d'hiver quelques livres relatifs à sa profession, des traités scientifiques destinés aux ingénieurs, sur les techniques de construction navale, sauf que le jeune Hans Castorp négligeait ces volumes au profit d'autres ouvrages pédagogiques aux sujets alléchants, provenant d'une discipline bien différente, d'une tout autre faculté. C'étaient des ouvrages d'anatomie, de physiologie et de biologie, rédigés dans diverses langues, en allemand, en français et en anglais : un beau jour, le libraire du bourg les expédia à Hans qui, manifestement, les avait commandés de son propre chef et en toute discrétion, à l'occasion d'une promenade qu'il avait faite à Davos-Platz sans Joachim. Joachim fut surpris de voir ces livres entre les mains de son cousin. Ils étaient coûteux, comme tous les ouvrages scientifiques : les prix étaient encore inscrits sur la page de garde  et la couverture. Il demanda à Hans pourquoi, s'il voulait lire ce genre de littérature, il n'en avait pas emprunté au docteur [Behrens], qui devait  sûrement en avoir un bon assortiment, et Hans répliqua qu'il voulait les avoir en sa possession, et qu'on lisait tout autrement lorsqu'un livre vous appartenait ; il aimait du reste à les annoter, les souligner."
Thomas Mann, La Montagne magique, Le Livre de Poche, 2019, p. 420-421.

Carmen, résumé par Hans Castorp, dans La Montagne magique de Thomas Mann



"Un jour, j'ai lu une histoire - non, je l'ai vue au théâtre - où un bon garçon, un soldat, était aux prises avec une ravissante bohémienne : elle était à ravir, avec sa fleur derrière l'oreille, une femme fatale et sauvage, et lui, sous le charme, était complètement désaxé : il lui sacrifiait tout, désertait, la suivait chez les contrebandiers, et se déshonorait à tous égards. Quand il en était arrivé là, elle se lassait de lui et rejoignait un matador, une personnalité marquante avec une superbe voix de baryton. Le petit soldat, blanc comme un linge et tout débraillé, finissait par la tuer d'un coup de poignard devant le cirque - il faut dire qu'elle l'y avait poussé."
Thomas Mann, La Montagne magique, (Der Zauberberg, 1924), traduction nouvelle de Claire de Oliveira, Le Livre de Poche Biblio, 2019, p. 940-941.
 

Dans la Montagne magique, Lodovico Settembrini prône le crémation


"Settembrini prônait cette dernière [la crémation]. on pouvait ainsi pallier cette infamie [la putréfaction], dit-il joyeusement : l'humanité était sur le point d'y remédier pour des raisons utilitaires, mais aussi pour des motifs d'ordre théorique. Et il déclara qu'il participait aux préparatifs d'un congrès international sur l'incinération qui se déroulerait probablement en Suède. On projetait d'y exposer un crématorium et un colombarium modèles, largement tributaires de toutes les expériences précédentes, et l'on avait tout lieu de s'attendre à d'amples retombées ayant valeur d'incitation. Quel procédé vieillot et obsolète que l'enterrement, face aux conditions de l'époque moderne ! L'extension des villes ! Les cimetières, ces fameux lieux de repos, relégués dans les faubourgs, vu le manque d'espace ! Le prix des terrains ! L'acte d'inhumation désacralisé par le nécessaire recours aux moyens de transport modernes ! Sur tous ces points, M. Settembrini excella à faire des remarques d'une pertinence toute réaliste. Il plaisanta sur le personnage du veuf éploré se rendant quotidiennement sur la tombe de sa chère défunte pou y converser avec elle. De toute évidence, un tel songe-creux avait, curieusement, du temps à ne plus savoir qu'en faire, ce bien le plus précieux de l'existence, mais l'exploitation massive des cimetières centraux modernes ne tarderait pas à le dégoûter de ce sentimentalisme atavique. Détruire la dépouille par les flammes, quelle idée propre, hygiénique, digne, voire héroïque, par rapport à celle de l'abandonner à une misérable autodécomposition et à l'assimilation par des organes inférieurs ! Même les sentiments trouvaient davantage leur compte dans ce nouveau procédé, étant donné que l'être humain avait besoin de durer. En effet, ce que le feu anéantissait, c'étaient des composantes du corps qui se modifiaient de toute façon, et qui, de son vivant déjà, étaient assujetties au métabolisme ; en revanche, celles qui participaient le moins à ce flux et accompagnaient l'homme dans son existence adulte presque sans se modifier résistaient également au feu et formaient les cendres grâce auxquelles les survivants recueillaient ce que le défunt avait eu d'impérissable."
Thomas Mann, La Montagne magique, Le Livre de Poche biblio, 2019, p. 699-700.

vendredi 10 janvier 2025

l'Après-midi d'un faune de Debussy dans La Montagne magique de Thomas Mann


John L. Scott Williams (1877-1975), Faune jouant de l'aulos
-
"Après ces effrois et ces transfigurations [l'opéra Aïda], il s'était accoutumé à écouter une deuxième pièce qui, pour être brève [9-10 minutes], n'en était pas moins un condensé de magie, d'une teneur bien plus paisible  que me premier morceau ; une idylle, certes, mais d'une grande subtilité, peinte et créée avec les ressources économes et complexes de l'art contemporain. Cette œuvre orchestrale sans parties chantées, prélude symphonique d'origine française, était réalisée avec un dispositif restreint [3 flûtes, 3 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, crotales (cymbales antiques), 2 harpes, les cordes], vu la conjoncture ; comme elle exploitait  cependant tous les artifices  de la technique moderne, elle était habilement conçue pour faire divaguer l'âme dans les rêveries.
Voici le rêve qu'elle inspirait à Hans [Castorp] : couché dans un pré inondé de soleil et piqueté d'asters de toutes les couleurs, la tête sur une éminence de terre, il avait les jambes croisées et repliées, sauf que c'étaient des pattes de bouc. Comme cette prairie était d'une parfaite solitude, ses doigts couraient à plaisir sur une petite flûte qu'il, avait à la bouche, une clarinette ou un chalumeau dont il, tirait des sons tranquilles et nasillards, égrenés note à note, au gré du souffle, et qui parvenaient pourtant à former une ronde ; ces nasillements insouciants montaient vers l'azur intense, dépassait le feuillage délicat de bouleaux et de frênes épars, à peine agités par la brise, qui étincelaient au soleil. Son sifflotement songeur et indolent, à demi mélodieux, ne restait pas longtemps la seule voix de cette solitude. Le bourdonnement des insectes par-dessus l'herbe, dans l'air d'une chaleur estivale, les rayons du soleil, la brise, les cimes ondoyantes, les feuilles scintillantes, toute cette paix estivale au doux balancement prenait des sonorités variées, alentour, donnant à ses naïves notes de pipeau, à leur gamme toujours surprenante, une signification harmonieuse toujours pleine de variété."
Thomas Mann, La Montagne magique, Le Livre de Poche, 2019, p. 995-996.

le phonographe dans La Montagne magique de Thomas Mann



"Ce qu'on trouva un beau soir dans le salon de musique, en levant les bras au ciel ou en s'inclinant, les mains jointes devant les cuisses, n'avait rien d'un instrument d'optique : c'était un appareil acoustique. Par surcroît, ces attractions faciles ne soutenaient pas la comparaison avec cet objet, en matière de classe, de rang et de valeur. Ce n'était pas une de ses supercheries puériles et monotones [stéréoscope, kaléidoscope, zootrope, tambour rotatif où l'on plaçait des bandes cinématographiques à observer par des fentes latérales] dont on se lassait, sans plus y toucher, au bout de trois malheureuses semaines. C'était une corne d'abondance qui procurait une jouissance esthétique à la fois allègre et écrasante. C'était un phonographe.
Nous redoutons fort que ce mot ne soit compris de travers, dans un sens indigne et dépassé, et n'évoque une image correspondant à une forme primitive et désuète de l'objet réel auquel nous songeons, et non à cette réalité parachevée par les infatigables tentatives d'amélioration de la technique appliquée aux arts. Mes bons amis, ce n'était pas le misérable coffret à manivelle qui, naguère muni d'une plaque tournante et d'un stylet, simple accessoire d'un pavillon en laiton, emplissait les oreilles peu exigeantes de hurlements nasillards, posé sur une table de restaurant. Plus profond que large, le coffre laqué en noir mat qui, relié à une prise électrique par un câble de soie, trônait avec une distinction modeste sur un socle à compartiments, ne ressemblait plus du tout à ce grossier engin antédiluvien. Ayant soulevé un couvercle au galbe gracieux, dissimulant au fond une tige de soutien métallique qui le maintenait automatiquement en position oblique pour protéger l'appareil, on distinguait dans un léger renfoncement le plateau couvert de feutre vert, bordé de nickel, et, en son milieu, un axe cylindrique du même métal permettant de centrer le disque en ébonite. On remarquait encore, à l'avant et sur le côté droit, un dispositif chiffré comme une montre pour régler la vitesse de rotation, et, à gauche, la manivelle destinée à faire tourner  ou à stopper le mécanisme ; au fond, le bras mécanique en nickel articulé avec souplesse, sinueux et renflé, comportant à son extrémité une tête de lecture ronde et plate, dont le résonnateur supportait l'aiguille [en acier, indiqué plus loin] parcourant les sillons."
Thomas Mann, La Montagne magique, (Der Zauberberg, 1924), traduction nouvelle de Claire de Oliveira, Le Livre de Poche Biblio, 2019, p. 979-986.

Page 983, il est indiqué que l'aiguille en acier n'était à utiliser qu'une fois par disque. Et pages 985 et 986, l'auteur nous dit qu'il y avait des aiguilles douces qui servaient de sourdine et des aiguilles dures pour les mélodies de petits orchestres de danse.
Enfin, page 1039, « le Tchèque mit l'appareil en marche et posa le saphir sur le disque », ce qui est, me semble-t-il, étonnant pour un appareil des années 1920. Thomas Mann possédait un phonographe de fabrication allemande et de marque Electra. 

J'ai connu, vers 1948,  le type de phonographe décrit par Thomas Mann. Effectivement, il fallait changer l'aiguille en acier à chaque disque. Plus tard, avec l'électrophone, vers 1955, on pouvait insérer au bout du bras, extrêmement léger, un saphir, à changer après avoir écouté une dizaine de disques microsillons 33 tours, 30 cm. On pouvait aussi y mettre un diamant qui durait beaucoup plus longtemps.

mardi 7 janvier 2025

la Vierge de pitié dans La Montagne magique de Thomas Mann


© Rheinisches Landesmuseum Bonn


Vierge de pitié, dite la Pietà Roettgen
bois, autour de 1325
Rheinisches Landesmuseum Bonn, RFA

"Or, à gauche du canapé, dans un coin, on pouvait apercevoir une œuvre d'art, une grande sculpture en bois polychrome posée sur un socle tapissé de rouge, une pietà d'une ferveur pathétique, dont la naïveté et la débauche d'effets frisaient le grotesque : la mère de Dieu sous sa coiffe, les sourcils froncés, la bouche déformée par une plainte, et, sur ses genoux, l'Homme de douleurs aux proportions primitives et ratées, à l'anatomie crûment mise en relief, mais témoignant d'une certaine ignorance ; la tête retombait, hérissée d'épines, le visage et les membres étaient souillés de sang et tout ruisselants, les plaies du flanc pleines de gros caillots, les mains et les pieds transpercés de clous.
« Ce que vous avez là, murmura-t-il [Hans Castorp], mais c'est terriblement bien ! A-t-on jamais vu une telle souffrance ? C'est ancien bien sûr ?
- Quatorzième siècle, répondit Naphta. Sans doute d'origine rhénane. Ça vous impressionne ?
- Énormément, dit Hans. Ça ne peut pas rater son effet sur le spectateur. Jamais je n'aurais imaginé qu'une œuvre puisse être à la fois si laide - pardonnez-moi - et si belle."
Thomas Mann, La Montagne magique, Le Livre de Poche Biblio, 2019, p. 603-604.

dimanche 5 janvier 2025

l'habitude et le changement au cours du temps

"L'habitude endort notre sens du temps ou du moins l'affaiblit, et c'est sûrement aussi à cause d'elle que nos années de jeunesse sont vécues comme lentes, tandis que la suite de la vie se précipite et s'envole. Introduire des changements d'habitudes et des renouvellements est, on le sait bien, le seul moyen de se maintenir de se maintenir en vie, de réactiver son sens du temps, de rajeunir, renforcer et ralentir notre vécu du temps, et, ce faisant, de restaurer toute notre joie de vivre."
Thomas Mann, La Montagne magique, Le Livre de Poche Biblio, 2019, p. 163.
Le TEMPS est l'un des thèmes majeurs du roman de Thomas Mann.