Rosalie
Maggio est écrivaine américaine, auteure de plus de vingt ouvrages. En 1991
elle a co-écrit une biographie de Marie Marvingt avec Marcel Cordier. Une
seconde biographie complétée sera diffusée en 2018.
- Marie Marvingt est la
française la plus décorée en France. Quel fut son parcours durant la
Grande Guerre ?
Pour
comprendre ce parcours, il faut d’abord évoquer la personnalité de Marie
Marvignt. Licenciée ès lettres, parlant 7 langues, elle suivit des cours de
médecine et se passionna pour l’art. Mais c’est surtout sa carrière
« sportive » qui est exceptionnelle. Elle a cumulé les exploits dans
la première décennie du 20e siècle. Elle est la première femme à
gravir les sommets des Alpes françaises et suisses entre 1903 et 1910, elle
réalise la première traversée de Paris à la nage (12,5 km), elle est la première
femme au monde à obtenir les quatre brevets de pilote (avion, hydravion,
ballon, hélicoptère) en 1901. Elle boucle le Tour de France en 1908. Elle fut
la détentrice de 17 records mondiaux. Son nom est connu du monde entier lorsque
la guerre éclate. A défaut de pouvoir être recrutée comme pilote, elle s’engage
comme « correspondante de guerre » et comme infirmière. Face au refus
de l’armée de l’incorporer, elle se déguise afin de se battre dans les
tranchées avec le 42e bataillon. Elle réussit même à s’imposer
comme pilote et à participer au bombardement de bases ennemies.
Si
ces faits sont encore contestés par certains historiens, j’apporte la preuve de
leur véracité. A la fin de sa vie, elle était titulaire de 34 distinctions dont
la Croix de guerre, la médaille de la Reconnaissance française, les palmes
académiques…
- Comment expliquez-vous
l’oubli dans lequel est tombée cette héroïne ?
La
première raison est sa longévité. Elle décède à 88 ans, en 1963, à une époque
où la Grande Guerre est occultée au profit de la Seconde Guerre mondiale et où
l’opinion publique est totalement tournée vers l’avenir (les Trente Glorieuses)
et non vers le passé. La deuxième raison est liée à la dispersion des centres
d’intérêt qui ont été les siens. Elle s’est illustrée dans un trop grand nombre
de domaines pour qu’une mémoire ciblée ait pu être sauvegardée. La troisième
raison est son sexe. Elle était une femme au moment où les femmes ne comptaient
guère dans l’espace public. Rappelons-nous que les femmes n’obtiennent le droit
de vote qu’en 1944 et qu’elles voteront pour la première fois en 1945. La
quatrième raison est à rechercher dans sa vie personnelle. Elle termina sa vie
totalement isolée, sans familles, sans amis. Personne ne porta sa mémoire.
- Comment avez-vous
découvert Marie Marvignt et pourquoi avez-vous décidé de lui
consacrer une biographie ?
D’abord,
je suis américaine et paradoxalement, Marie Marvingt est moins oubliée de
l’autre côté de l’Atlantique qu’en France. Au moment de son décès, le Chicago
Tribune présenta la défunte comme « la femme la plus extraordinaire depuis
Jeanne d’Arc ». En France, en revanche, le doute et l’oubli s’installèrent
très tôt. C’est cet oubli qui m’a passionné. Je suis l’auteure de plus de
20 livres, j’ai donc décidé de co-écrire avec Marcel Cordier une biographie qui
a été diffusée en France en 1991 et que je complète dans une seconde version
qui paraîtra cette année 2018. La France du centenaire de la Grande Guerre a
ardemment besoin de redécouvrir celle que l’on appelait « la Fiancée du
danger ».
La lettre du Souvenir français, 1er mars 2018