Affichage des articles dont le libellé est Cervantès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cervantès. Afficher tous les articles

samedi 6 avril 2024

le grand-duc de Quirocie dans les Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand


"Il faisait du vent, le ciel était semé de nuages qui passaient sur le soleil en jetant leur ombre aux champs et aux sapinières. Nous étions précédés d'un troupeau du village [Waldmünchen] qui élevait dans sa marche la noble poussière de l'armée du grand-duc de Quirocie, combattue si vaillamment par le chevalier de la Manche."
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Bibliothèque de la Pléiade, tome II, 1948, p. 658. 

Ce sont deux troupeaux de moutons qui s'avancent vers Don Quichotte dans des nuages de poussière et qu'il prend pour des armées composées de plusieurs chevaliers, dont : le valeureux Laurcalo, seigneur du Pont d'Argent, le redoutable Micocolembo, grand-duc de Quirocie, le toujours téméraire Brandarbabaran de Boliche, seigneur des Trois Arabies, le toujours vainqueur et jamais vaincu Timonel de Carcajona, prince de la Nouvelle Biscaye, le chevalier novice de nation française, appelé Pierre Papin, seigneur des baronnies d'Utrique, et le puissant seigneur de Nerbie, Espartafilardo du Bois.
Pour les noms de ces chevaliers : Cervantès, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, 1re partie, Folio Gallimard, 2010, p. 239, traduction de Jean Canavaggio.
C'est Laurcalco, Brandabarbaran dans le texte de 1605. 

Les noms des chevaliers dans le Don Quixote de la Mancha de 1605 :
el valeroso Laurcalco, señor de la puente de Plata, el temido Micocolembo, gran Duque de Quirocia, el nunca medroso Brandabarbaran de Boliche, señor de los tres Arabias, al siempre vencedor y jamas vencido Timonel de Carcajona, Principe de la nueva Vizcaia, un cavallero nouvel de nacion Frances, llamado Pierres Papin señor de las Baronias de utrique, el otro, ..., es el poderoso Duque de Nerbia Espartafilardo del Bosque.

L'espagnol ne fait pas de différence entre la prononciation du b et celle du v. On a dans le texte de 1605 cavallero au lieu de caballero. De même x de Quixote est devenu j dans Quijote.

vendredi 8 mars 2024

une référence à Don Quichotte dans les MOT de Chateaubriand

" Mon hôte de Hohlfeld est un singulier homme : lui et sa servante sont aubergistes à leur corps défendant ; ils ont horreur des voyageurs. Quand ils découvrent de loin une voiture, ils se vont cacher en maudissant ces vagabonds qui n'ont rien à faire et courent les grands chemins, ces fainéants qui dérangent un honnête cabaretier et l'empêchent de boire le vin qu'il est obligé de leur vendre. La vieille voit que son maître se ruine ; mais elle attend pour lui un coup de la Providence ; comme Sancho elle dira : « Monsieur, acceptez ce beau royaume de Micomicon qui vous tombe du ciel dans la main. » "
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, p. 732.

- Cervantès, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, Bibliothèque de la Pléiade, 1949, p. 287 : « comme il vous est advenu à cette heure  que vous avez oublié que vous vous appelez la princesse Micomicona, légitime héritière du grand royaume de Micomicon... » ; p. 290 : « Mariez-vous, mariez-vous incontinent par tous les diables, et prenez ce royaume qui vous choit entre les mains... »
- Cervantès, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, première partie, Folio Classique, 2010, p. 422 : « Votre Seigneurie, laquelle a oublié qu'elle s'appelait la princesse Micomicona, légitime héritière du grand royaume de Micomicon... » ; p. 427 : « Mariez-vous, mariez-vous vite, par tous les diables, et prenez ce royaume qui nous tombe tout rôti... »

lundi 14 mars 2011

Cervantès et Nodier

"Si j'étais capable de ressentir quelques mouvements de haine contre Cervantès, je lui reprocherais peut-être d'avoir contribué plus que personne à nous ravir ces délicieuses fantaisies du génie des siècles intermédiaires (les livres de chevalerie, comme par exemple Amadis de Gaule), qu'il brisa aussi facilement que don Quichotte avait fait des marionnettes de Ginésille ; mais je suis obligé de convenir que cette œuvre de destruction, qui nous a valu d'ailleurs un des plus beaux livres qu'ait produits l'imagination des modernes, était probablement la condition indispensable de sa destinée littéraire."
Charles Nodier, "Du fantastique en littérature", dans Rêveries, Paris, Éditions Plasma, 1979, p. 69.

mardi 18 janvier 2011

une phrase célèbre du "Quichotte"

" Sabete, Sancho, que no es un hombre mas que otro si no hace mas que otro." Miguel de Cervantes, El Ingenosio Hidalgo Don Quijote de la Mancha, I (1605), Madrid, Catedra, 2009, capitulo XVIII, pag. 266.
-
Traduction par César Oudin, 1614, revue par Jean Cassou, 1949 :
" Sache, Sancho, qu'un homme n'est pas plus qu'un autre s'il ne fait plus qu'un autre."
Traduction par Louis Viardot, 1836 :
" Apprends, ô Sancho, qu'un homme n'est pas plus qu'un autre, s'il ne fait plus qu'un autre."
Traduction par Jean Canavaggio, 2001 :
" Apprends, Sancho, qu'un homme ne vaut pas plus qu'un autre, s'il ne fait plus qu'un autre."
Traduction par Jean-Raymond Fanlo, 2008 :
" Apprends, Sancho, qu'un homme n'est pas plus qu'un autre homme, mais qu'il fait plus que lui."

Cette dernière traduction est difficilement compréhensible lors d'une première lecture. Pourquoi avoir traduit ainsi, alors que la traduction littérale était très facile à comprendre ?

mardi 4 janvier 2011

une belle métaphore de la traduction

" Pero, con todo esto, me parece que el traducir de una lengua en otra, como no sea de las reinas de las lenguas, griega y latina, es como quien mira los tapices flamencos por el revés ; que aunque se veen las figuras, son llenas de hilos que las escurecen, y no se veen con la lisura y tez de la haz ; y el traducir de lenguas faciles, ni arguye ingenio ni elocucion, como no le arguye el que traslada, ni el que copia un papel de otro papel." (Don Quijote, II (1615), capitulo LXII)
-
" Néanmoins, à ce qu'il me semble, traduire d'une langue dans une autre, dès lors qu'il ne s'agit pas des deux langues reines, la grecque et la latine, c'est comme regarder au rebours les tapisseries de Flandres ; bien que l'on en distingue les figures, elles sont pleines de fils qui les voilent et ne se voient point avec l'uni et la couleur de l'endroit ; et la traduction que l'on fait des langues faciles ne manifeste ni grand esprit ni grande éloquence, pas plus que ne les requiert celui qui transcrit ou copie d'une feuille sur l'autre. " (traduction Jean Canavaggio)

samedi 1 janvier 2011

départ de Sancho Panza pour l'île de Barataria

Charles Joseph Natoire (1700-1777)
Départ de Sancho Panza pour l'île de Barataria
château de Compiègne - (c) RMN
-
" Salio, en fin, Sancho, acompañado de mucha gente, vestido a lo letrado, y encima un gaban muy ancho de chamelote de aguas leonado, con una montera de lo mismo, sobre un macho a la jineta, y detras dél, por orden del Duque, iba el rucio, con jaeces y ornamentos jumentiles de seda y flamantes. Volvia Sancho la cabeza de cuando en cuando a mirar a su asno, con cuya compañia iba tan contento, que no se trocara con el Emperador de Alemania. Al despedirse de los Duques, les beso las manos, y tomo la bendicion de su señor, que se la dio con lagrimas, y Sancho la recibio con pucheritos." Don Quijote, II (1615), capitulo XLIV.
-
1. Traduction de François de Rosset, 1618, revue par Jean Cassou, 1949 :
" Sancho partit enfin en nombreuse compagnie, habillé en lettré, et portant un grand manteau de camelot ondé et de couleur fauve, avec un bonnet de même étoffe, montant un mulet à la genette, et, derrière lui, venait par ordre du duc, le grison, harnaché pompeusement et décoré d'ornements chevalins de roche soie. Sancho tournait la tête à tout coup pour regarder son âne, dont la compagnie le rendait si content qu'il n'eût pas changé son sort pour l'empire d'Allemagne. En prenant congé du duc et de la duchesse, Sancho leur baisa les mains et reçut la bénédiction de son maître, qui la lui donna la larme à l'oeil, et Sancho la reçut avec de gros soupirs qui ne l'embellissaient point."
-
2. Traduction de Louis Viardot, 1836 :
" Enfin Sancho partit, accompagné d'une foule de gens. Il était vêtu en magistrat, portant par-dessus sa robe un large gaban de camelot fauve, et, sur la tête, une montera de même étoffe. Il montait un mulet, à l'écuyère, et derrière lui, par ordre du duc, marchait le grison, paré de harnais en soie et tout flambants neufs. De temps en temps Sancho tournait la tête pour regarder son âne, et se plaisait tellement en sa compagnie, qu'il ne se fût pas troqué contre l'empereur d'Allemagne. Quand il prit congé du duc et de la duchesse, il leur baisa les mains ; puis il alla prendre la bénédiction de son seigneur, qui la lui donna les larmes aux yeux, et que Sancho reçut avec des soupirs étouffés comme un enfant qui sanglote. "
-
3. Traduction de Claude Allaigre, 2001 :
" Finalement Sancho partit avec une nombreuse escorte, en tenue de lettré avec, par-dessus, un très ample manteau en camelot à reflets fauves, coiffé d'un bonnet de même tissu, sur un mulet sellé à la genette ; derrière lui, sur ordre du duc, suivait le grison, paré d'un harnais de soie et d'ornements asiniens flambant neufs. Sancho tournait la tête de temps en temps pour regarder son âne dont la compagnie le rendait si heureux qu'il n'aurait pas changé son sort pour tout l'empire d'Allemagne.
En prenant congé du duc et de la duchesse, il leur baisa les mains, puis il reçut la bénédiction de son maître, qui la lui donna les larmes aux yeux, tandis que Sancho faisait des grimaces pour retenir les siennes. " -
4. Traduction de Jean-Raymond Fanlo, 2008 :
" Sancho partit enfin, accompagné de beaucoup de monde, vêtu en juriste sous son très ample manteau en camelot ondé de couleur fauve, avec un bonnet de même étoffe. Il montait à la genette un mulet, et derrière lui suivait, conformément aux ordres du duc, le roussin avec de flamboyants harnachements et des ornements âniers en soie. De temps à autre, Sancho tournait la tête pour regarder son âne, dont la compagnie le rendait si joyeux, qu'il n'aurait pas changé sa place pour celle de l'empereur d'Allemagne.
En prenant congé du duc et de la duchesse, il leur baisa les mains, et il prit la bénédiction de son maître, qui la lui donna les larmes aux yeux. Il la reçut en étouffant les siennes."

mercredi 29 décembre 2010

roussin et rucio

César Oudin, Le Trésor des deux langues espagnolle et françoise
tome 1, Paris, 1660, p. 590.
-
" Je n'ai pas de roussin, c'est vrai, mais j'ai un âne qui vaut deux fois plus que le cheval de mon maître... Vous allez croire que je plaisante sur la valeur de mon roussin, parce qu'il est gris clair." Cervantès, Don Quichotte, tome 2 (1615), Le Livre de poche Classiques, 2010, p. 123-124.
Voilà des paroles de Sancho Panza, traduites par Jean-Raymond Fanlo.
Fanlo a voulu traduire le nom espagnol rucio par roussin, l'âne de Sancho Panza, au lieu de grison, ce qui est une vétille dans cette très bonne traduction, mais dans le paragraphe cité ci-dessus, on n'y comprend plus rien, à moins que Sancho fasse un peu d'humour par l'intermédiaire de Fanlo.
Je n'ai pas de roussin... je plaisante sur la valeur de mon roussin. Cela devient contradictoire, car un roussin est un cheval (1).
-
1. Voir mon post du 7 décembre. Voir aussi la fable L'Âne et le Chien de La Fontaine, dans laquelle l'âne de la fable est appelé Roussin d'Arcadie ; c'est une appellation burlesque car le roussin est un cheval robuste et l'Arcadie ne produisait que des ânes.

jeudi 23 décembre 2010

Mahomet dans le Don Quichotte de 1605

" Viendo, pues, que en efecto no podia menearse, acordo de acogerse a su ordinario remedio, que era pensar en algun paso de sus libros, y trujole su locura a la memoria aquel Valdovinos y del marqués de Mantua, cuando Carloto le dejo herido en la montaña, historia sabida de los niños, no ignorada de los mozos, celebrada y aun creida de los viejos, y, con todo esto, no mas verdadera que los milagros de Mahoma." (capitulo V)
" Quiérende mal - respondio don Quijote - porque este Alifanfaron es un furibundo pagano, y esta enamorado de la hija de Pentapolin, que es une muy fermosa y ademas agraciada señora, y es cristiana, y su padre no se la quiere entregar al rey pagano si no deja primero la ley de su falso profeta Mahoma y se vuelve a la suya." (capitulo XVIII)

mercredi 8 décembre 2010

voies cervantines d'un bourg de l'île de Tenerife








Il existe une petite ville en Espagne où on a donné aux voies d'un quartier en bord de mer les noms de personnages et de montures tirés du Don Quichotte de Cervantès :
- Peatonal Miguel de Cervantes
- Calle Don Quijote
- Calle Sancho Panza
- Paseo Maese Nicolas (i.e. le barbier)
- Calle Dulcinea del Toboso
- Calle Rossinante
- Calle Rucio (le grison de Sancho Panza)

mardi 7 décembre 2010

Sancho Panza a retrouvé son grison


Sancho Panza a retrouvé son âne
volé par Passamonte
illustration de Georges Roux
-
Texte :
" Como has estado, bien mio, rucio de mis ojos, compañero mio ? "
Cervantes, El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, I (1605), chapitre XXX.
Traduction de César Oudin, 1614, revue par Jean Cassou, 1949 :
" Comment t'es-tu porté, mon unique bien, grison de mon âme et compagnon de mes travaux ? "
Traduction de Jean-Raymond Fanlo, 2008 :
" Comment vas-tu, mon roussin de mon cœur, mon cher compagnon ? "
Notes :
- Como has estado est un passé, Oudin le traduit bien. Comment allais-tu (chez ce voleur de Passamonte). Pourquoi traduire au présent ?
- bien mio = mon bien, tout simplement.
- rucio = grison et non roussin. Un roussin est un cheval un peu épais dont on se servait pour la chasse ou la guerre.
Sancho tient à son grison comme à (la prunelle de) ses yeux ? Cette interprétation va trop loin. De mon âme, ou de mon cœur conviennent tous les deux.
- compañero mio = mon compagnon, tout simplement. Pourquoi en rajouter ?

mardi 21 septembre 2010

Cervantès, contempteur des gitans ?

" Il semble que gitans et gitanes ne soient sur terre que pour être voleurs : ils naissent de pères voleurs, sont élevés pour le vol, s'instruisent dans le vol, et finissent bel et bien voleurs à tous crins ; l'envie de friponner et la friponnerie même sont en eux des accidents dont ils ne se défont qu'à la mort. "
Cervantès, "La petite gitane", Nouvelles exemplaires, Bibliothèque de la Pléiade, 1949, p. 1073.

dimanche 19 septembre 2010

El Quijote


" Y cuando él vio que el pobre caballero llegaba cerca, sin ponerse con él en razones, a todo correr de Rocinante le enristro con el lanzon bajo, llevando intencion de pasarle de parte a parte. "

Isabel Castells, El Quijote en el Mundo

jeudi 16 septembre 2010

une nouvelle traduction de Don Quichotte

(photo JLJ)
Cervantès, Don Quichotte, tome 1, chapitre IV, Le Livre de Poche classique, 2010, p. 105.
Traduction de Jean-Raymond Fanlo, 2008 :
" - ... je (le laboureur à son jeune valet Andrès) jure par tout ce qu'il y a d'ordres et de chevaleries au monde de te payer comme j'ai dit , réal par réal, avec un peu de parfum (1), même.
- Du parfum je te fais grâce, dit Don Quichotte (au laboureur). Donne-lui ces réaux et c'est assez pour moi. Et veille à t'acquitter comme tu l'as juré. Sinon, par le même serment je te jure que je reviendrai te chercher et te châtier ! Et je te trouverai, même si tu étais mieux caché qu'un lézard ! Et si tu veux savoir qui te donne cet ordre, afin d'avoir plus authentique obligation de le respecter, sache que je suis le valeureux don Quichotte de la Manche, le redresseur de torts et d'injustices, et va en Dieu, et garde à l'esprit ce que tu as promis et juré, sous peine de la peine prononcée."
-
Cervantès, Don Quichotte, I, chapitre IV, Bibliothèque de la Pléiade, 1949, p. 51.
Traduction de César Oudin, 1614, revue par Jean Cassou, 1949 :
" - ... je vous jure par tous les ordres de chevalerie qu'il y a au monde que je vous payerai, comme j'ai dit, un réal sur l'autre, et encore avec gratification.
- Quant à la gratification, je vous en fais grâce, dit don Quichotte ; payez-le seulement en bons réaux, je m'en contente ; mais regardez bien que vous le fassiez comme vous l'avez juré, ou autrement je vous jure par le même serment que je vous reviendrai chercher et châtier, et que je vous trouverai bien, vous dussiez-vous cacher mieux qu'un lézard ; et, si vous désirez savoir qui vous mande ceci, afin que vous soyez plus à plein obligé de l'accomplir, sachez que je suis le valeureux don Quichotte de la Manche, le défaiseur de torts et injures, et adieu vous dis, et vous ressouvenez de ce que vous avez promis et juré sous peine du châtiment prononcé."
-
1. L'amusant et ironique substantif parfum est sahumados (perfumados, en demostracion de buena voluntad) dans le texte de Cervantès. Cela fait penser à Rabelais, dans Le Tiers Livre, chap. XXXVII : La Cour vous dit que le faquin qui a mangé son pain au fumet du rôt, a payé civilement le rôtisseur au son de son argent.