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lundi 20 octobre 2025

l'explicit de "La Faustin" d'Edmond de Goncourt

Et, s'enfonçant pour mourir, le visage dans la ruelle, lord Annandale jetait, une seconde fois, par-dessus son épaule, et plus impérativement encore : « Turn out that woman ! »
Edmond de Goncourt, La Faustin, collection 10/18, 1979,  p. 426. 
Flanquez cette femme dehors.

Tanchon faisait la figure du bon dieu de pitié

"J'ai hut de la peine et du mal quand je t'ai quitté, parce que ça me fait trop de plaisir quand je te vois. Ça me rend tout sans dessu dessou des journées durant. Ça me bouillonne dans la tête. C'est tout insi comme du lait caillé que j'ai dans le cœur. Je fais dans le service la figure du bon dieu de pitié [...].
Extrait de la lettre, avec ses fautes,  de Tanchon, fusiller au 71eme de ligne, à sa petite femme Élisa.
Edmond de Goncourt, La fille Élisa, collection 10/18, 1979, p. 132. Il y a beaucoup de bons dieux de pitié (Christs assis aux liens) dans le dpt des Vosges. 

Dans ce roman on remarques plusieurs références aux départements des Vosges et de la Haute-Marne : 
- Elle riait toujours, La Lorraine et ses paroles, avec l'accent doucement traînant de son pays, prenaient la confiance des gens avec de la glu.
- Parmi ces femelles, la plupart originaires du Bassigny.
- Les vives couleurs des filles de la plantureuse Haute-Marne.
- Le cabinet de lecture de Bourlemont, sur lequel était tombé Élisa, était la bibliothèque qu'il lui fallait.
- Une sœur de la Sagesse, dominant du haut d'une chaire les travailleuses, se tenait debout, les mains abandonnées, en les plis raides d'une femme de pierre d'un Saint-Sépulcre. [Il y a bcp de mises au tombeau et de saints sépulcres dans le dpt des Vosges.]
- Puis, à mesure que s'effaçaient dans sa tête les souvenirs les plus récents, s'avançaient des souvenirs anciens, les souvenirs d'une première enfance qu'elle avait passée, loin de Paris, dans un village des Vosges, chez une sœur de sa mère. [Pour ces souvenirs, voir le chapitre LXIII.]

dimanche 26 mars 2023

Jules Dalou, Edmond de Goncourt, au Musée des Beaux-Arts de Nancy


 Jules Dalou (Paris, 1838 - Paris, 1902), Edmond de Goncourt
après 1896, marbre
Musée des Beaux-Arts - Nancy

vendredi 20 mars 2020

année Beethoven

"Et maintenant, - s'exclama la Faustin en passant toute seule dans le salon, - maintenant une orgie de Beethoven. Qu'on en joue, qu'on en chante, qu'on en danse. Je veux du Beethoven jusqu'au jour. Mes nerfs de ce soir ont besoin de cela !"
Edmond de Goncourt, La Faustin, collection 10/18, 1979, p. 303.

mercredi 5 août 2015

Maurice Barrès vu par Edmond de Goncourt

Certes, Barrès n'est pas un esprit original, un esprit pas même très sympathique, mais il a certaines qualités et une distinction dans le sophisme toute particulière, et la négation interminable, pédantesque, professorale de ce garçon m'assomme... (12 mars 1891)

Dîner chez Daudet, avec Barrès, un long garçon distingué, à l'immense nez, aux beaux yeux dans une cernure donnant un doux charme à son regard. Un esprit de contre-pied, de parti pris à l'encontre de tout ce qui est accepté ; mais une contradiction très délicate, très bien élevée et sauvée par une jolie ironie, de laquelle il dit que ça fait partie de son tempérament, comme le mysticisme fait partie du tempérament d'un autre. (11 juin 1891)

Dîner chez Daudet avec Barrès. L'homme a une élégance fluette et élancée et des yeux noirs d'une douceur charmante, sous de longs cils de femme.
Il m'entretient de Nancy, où il y aurait des pèlerinages de jeunes gens dans la cour où est la plaque de ma naissance...(10 décembre 1891)

Hier, dîner chez Daudet avec Barrès, qui me devient tout à fait sympathique... (15 janvier 1892)

Barrès, tout fraîchement marié qu'il est, a une maîtresse, une vieille chaîne qu'il n'a pas rompue... (9 mai 1892)

Maurice Barrès, ce soir, cause d'une manière très intéressante du duel de Déroulède, dont il était témoin, et de la participation de Clémenceau dans tous les bas mystères, dans tous les sales dessous du moment. (29 décembre 1892)

Je viens de lire L'Ennemi des lois. C'est singulier comme les livres de Maurice Barrès ne me semblent pas fabriqués par un cerveau sain ; et ce dernier livre du jeune auteur - qui incontestablement n'est pas le livre de tout le monde - me fait l'effet d'un livre écrit par un jeune professeur de philosophie devenu fou. (7 janvier 1893)

Barrès, en train de se rapprocher de moi, me fait l'historique de sa campagne électorale de Neuilly, impute à la police la tentative d'assassinat faite sur lui par les anarchistes, m'assure que dans cette bataille sa vie était en jeu, qu'on voulait le jeter en bas de la tribune, qui était très haute, et qu'il était obligé de se rendre aux assemblées dans l'escorte de quarante domestiques prêtés par ses amis, quarante domestiques qui lui servaient de gardes du corps, et il interrompt son récit deux ou trois fois pour répéter : "C'était très amusant...très amusant !" (18 décembre 1893)

Sur l'annonce que Maurice Barrès prend la direction de La Cocarde, qui me fait dire que la littérature n'a été qu'un moyen et qu'il a surtout une ambition politique, c'est, chez les gens qui sont là, une entente de sentiments hostiles et la déploration de son entrée dans le salon Daudet, où sa tenue supérieure, dédaigneuse, a écarté d'anciens familiers. (2 septembre 1894)

On parle chez Daudet du livre de Barrès : Du Sang, de la Volupté et de la Mort, publié sous ce titre immense, livre dont Mme Daudet, très enthousiaste, lit des morceaux. (14 octobre 1894).

On peut aimer ou ne pas aimer la littérature de Barrès ; mais il faut convenir que chez lui, et surtout dans ce dernier livre au titre énorme, il y a une qualité : la qualité de l'épithète, qui n'est jamais l'épithète courante, mais toujours l'épithète ingénieuse, raffinée, intellectuelle, originale, toujours l'épithète rare - et ça, c'est la marque d'un écrivain. (16 octobre 1894)

Chez Daudet, Barrès, un causeur, à la conversation pleine d'observations ironiques et souventes fois coupée de paradoxes drolatiques. (1er novembre 1894)

Le rêve de gouvernement de Barrès, en le sortant un peu du vague philosophique de ses paroles, serait un président nommé pour dix ans, avec des ministères composés de gens n'appartenant pas à la Chambre et par cela moins renversables. Au fond, je crois que ce qu'il voudrait, ce serait une espèce d'empereur Napoléon décennaire. (20 janvier 1895)

... Barrès, dont le bistre et le décharnement du visage sont effrayants, et la causerie plus charmante que jamais. (23 juin 1895)

... Barrès, qui a la tête d'un oiseau desséché et dont je touche le maigre bras et ne sens qu'un os. (26 avril 1896)



vendredi 29 août 2014

le poète Nakamaro contemplant la lune


"En cette même année 1830, ou dans des années qui la touche de très près, paraît Shika Shashinkiô, IMAGES DES POETES, une série de dix grandes impressions en couleur (H.50, L. 22 centimètres) qui, selon moi, est la série révélatrice du grand dessinateur et du puissant coloriste qu'est Hokousaï.
Dans ces dix compositions, du plus fier dessin, de la plus savante assurance dans le trait, la coloration de l'aquarelle qui les recouvre a une solidité, pour ainsi dire, un gras qui vous enlève toute impression d'un coloriage sur du papier, mais vous fait regarder ces images ainsi que vous regarderiez des panneaux recouverts de la plus sérieuse peinture à l'huile. Non, rien ne peut donner une idée de la grandeur, du pittoresque, de la couleur à la fois réelle et poétique des paysages en hauteur où se passent ces scènes lyriques.
Les titres de cette série de la plus grande rareté tantôt portent le nom d'un poète, tantôt le titre d'une poésie.
V. Sous un immense pin, au bord de la mer, au-dessus de rochers rouges ayant la forme accidentée de congélations, adossé à la balustrade d'une haute terrasse, dans un élégant mouvement de retournement de la tête en arrière, un homme contemple le ciel où brille la lune.
C'est le poète japonais Nakamaro, devenu ministre en Chine, qui a fait, en sa nouvelle patrie, un poème où il dit que, lorsque son âme se promène dans le ciel et qu'il voit cette lune qu'il a vue aux flancs de la montagne de Mikasa, près de Kasouga, cette lune le console, lui fait oublier les misères de l'existence, lui rappelle son Japon, - une pièce qui fut cause de sa disgrâce, par le témoignage qu'elle apportait de son attachement pour son ancienne patrie."
Edmond de Goncourt, Outamaro, Hokousaï. L'art japonais au XVIIIe siècle, U.G.E., 10/18, 1986, p. 247-248.
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Quand Abe no Nakamaro (698-770) eut seize ans, il accompagna un envoyé diplomatique japonais en Chine pour essayer d'obtenir les secrets du système inventé par les Chinois pour le calcul du temps. Les visiteurs furent reçus de manière amicale par l'empereur de Chine, mais il fut refusé à Nakamaro de retourner dans son pays natal. Bien que retenu captif en Chine pour le reste de sa vie, il devint un administrateur capable et par la suite gouverneur provincial.  A un moment de sa carrière, il composa un célèbre poème pour exprimer sa nostalgie du Japon.
Ama no hara furisake mireba
Kasuga naru
Misaka no yama ideshi tsuki kamo.
Quand je regarde la plaine du ciel, je m'émerveille :
Est-ce la même lune qui se levait
Par-dessus le Mont Mikasa à Kasouga ?
Matthi Forrer, Hokusai, Prints and Drawings, München, Prestel-Verlag, 1991, n° 69.

mercredi 27 août 2014

le fantôme de la résidence aux assiettes



Katsushika Hokusai (1760-1849)
Le Fantôme de la résidence aux assiettes
c. 1830 - 26,2 x 18,9 cm
La servante Okiku, au corps composé d'assiettes de Delft,
 sortant du puits où elle s'était jetée.
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"En 1830, paraissent en planches séparées : Hiakou monogatari, LES CENT CONTES : une série d'estampes fantomatiques, d'un caractère terrifique tout à fait extraordinaire et dont il n'a paru que cinq planches, peut-être à cause de l'effroi qu'elles causaient.
... une pâle tête de morte chevelue, à la bouche ouverte d'où un soupir se dessine sur le ciel noir comme le dessin d'un souffle sur de l'air glacé, et le haut du corps sortant d'un puits formé comme des anneaux d'un serpent et qui sont un enchaînement d'assiettes vertes. C'est l'apparition de la petite Okikou dont j'ai raconté l'histoire dans la MANGWA."
"La servante Okikou était dans une maison où il y avait dix précieuses assiettes, et elle eut le malheur d'en casser une. Et le propriétaire des assiettes adressa des reproches si durs à la fillette qu'elle se jeta dans un puits. Or, depuis ce jour, elle revient toutes les nuits au-dessus du puits et, de la maison où est le puits et des maisons voisines, on l'entend dire, l'une après l'autre, les légendes des assiettes, puis, arrivée à la dixième, à celle qu'elle a cassée, on l'entend, cette fois, pousser un sanglot si déchirant, si déchirant que le voisinage a dû charger un prêtre de la faire monter au ciel par ses prières."
Edmond de Goncourt, Hokousaï, 1896.
Edmond de Goncourt, Outamaro, Hokousaï. L'art japonais au XVIIIe siècle, U.G.E., collection 10/18, 1986, p. 245-246 et p. 206-207 pour l'histoire d'Okikou.

mardi 26 août 2014

Edmond de Goncourt et Utamaro


Utamaro, L'Heure du Singe
de la série Les douze heures des maisons vertes, c. 1794
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"De toutes ces séries, la plus joliment parlante aux yeux est la série intitulée Seirô jûnitoki, qui se traduit par les : DOUZE HEURES DES MAISONS VERTES. Oui, les douze heures du Japon répondant aux vingt-quatre heures de l'Europe, oui, l'heure de la Souris, qui est minuit ; l'heure du Bœuf, qui est deux heures ; l'heure du Tigre, qui est quatre heures ; l'heure du Lapin, qui est six heures ; l'heure du Dragon, qui est huit heures ; l'heure du Serpent, qui est dix heures ; l'heure du Cheval, qui est midi ; l'heure du Mouton, qui est deux heures ; l'heure du Singe, qui est quatre heures ; l'heure du Coq, qui est six heures ; l'heure du Chien, qui est huit heures ; l'heure du Sanglier, qui est dix heures ; - ces douze heures japonaises, Outamaro les a symbolisées en d'élégantes attitudes et de charmants groupements de femmes.
Et jamais Outamaro n'a eu une linéature plus délicate de la femme, en ses mouvements de grâce, que dans cette série, en même temps que le peintre des belles robes de l'Orient, n'a jamais montré en ces femmes, comme habillées des couleurs lumineuses de l'anémone, un goût d'habillement plus distingué, et n'a fait nulle part un choix plus original des soieries, aux douces et chatoyantes couleurs. Des roses, d'un rose si peu rose, qu'ils semblent s'apercevoir à travers un tulle, des mauves se dégradant si joliment en gorge de pigeon, des verts de la nuance vert d'eau, des bleus, bleutés seulement du rien d'un linge passé au bleu, et toute une série de gris indicibles, des gris qui semblent teintés de reflets lointains, tout à fait lointains, de couleurs voyantes."
Outamaro, le peintre des maisons vertes, 1891.
Edmond de Goncourt, Outamaro, Hokousaï. L'art japonais au XVIIIe siècle, U.G.E., collection 10/18, 1986, p. 40.