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dimanche 30 mars 2025

la Mélancolie de Dürer dans Solénoïde de Mircea Cărtărescu


Le carré magique 34 de la Melencolia avec la date de 1514

"Le moine [Athanasius Kircher] appliqua au manuscrit [de Voynich] tous les trucs des cryptographes de son temps. Il écrivit le texte sur des bandes de papier qu'il enroula sur des bâtons de différentes épaisseurs, il le répartit dans les  cases de carrés magiques, sous le lourd regard de l'ange qui repose sa tête entre ses mains, il appliqua sur les feuillets des grilles découpées dans du papier buvard. Il permuta les lettres selon des méthodes simples et combinées, mais en l'absence de de tout alphabet identifiable, de toute inscription parallèle dans une langue connue ou de tout autre indice, le texte résista et le moine ne put en déchiffrer un traître mot, exception faite des quelques termes latins et grecs parcimonieusement saupoudrés sur les illustrations. Finalement, le savant se déclara vaincu et il laissa le texte prendre la poussière sur les étagères de la bibliothèque du Collegio Romano."
Mircea Cărtărescu, Solénoïde, traduit du roumain par Laure Hinckel, Points Signatures, 2021, p. 802.

Le manuscrit de Woynich, écrit entre 1450 et 1520, est un livre illustré anonyme, rédigé dans une écriture non déchiffrée et dans une langue non identifiée. Pour déchiffrer le manuscrit, Athanase Kircher a essayé d'utiliser le système de la scytale des Lacédémoniens. Les carrés magiques contiennent seulement des nombres. L'ange qui repose sa tête entre ses mains est celui de la gravure Melencolia § I d'Albrecht Dürer, datée de 1514, et qui contient un  carré magique. Les références cachées du texte de  Mircea  Cărtărescu étaient faciles à trouver.

mercredi 12 août 2015

les hiéroglyphes et Athanase Kircher



Les cartouches de Titus et Domitien
de l'obélisque de Domitien de la piazza Navona à Rome
Les tables sacrées "déchiffrées" par Kircher ...
(Athanase Kircher, Obeliscus Pamphilius, Rome, 1650, p. 550 et 559)
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La lecture exacte :
1. Titos/Titus le grand
2. Kaisaros/César Domitianos Sebastos (celui qui est sacré)
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Le déchiffrement délirant des hiéroglyphes par Athanase Kircher
Un exemple à partir du cartouche [Autocrator] de l'obélisque
de l'empereur Domitien de la piazza Navona à Rome (1) :
"L'auteur de la fécondité et de toute la végétation est Osiris, dont la faculté génératrice est tirée du ciel dans son royaume par le saint Mophta (2)." 

1. Athanase Kircher, Obeliscus Pamphilius, Rome, 1650, p. 557.
2. Traduction du texte latin par Jean-François Champollion, Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, Paris, 1824, p. 370. 
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" Kircher est un faussaire mystique."
" L'hermétisme désuet de Kircher, ses affirmations sur le sens initiatique des hiéroglyphes, son goût pour le secret, l'extraordinaire et le prodigieux fondent l'ésotérisme bien avant Court de Gébelin et Eliphas Levi."
" Kircher est un vulgaire manipulateur. Il trafique les faits pour les ramener à la raison. Sa bonne conscience est sans excuse. Propagation de la foi, propagande, détournement de l'histoire, etc. : rien que de très connu dans cet enchaînement."
" Défauts de Kircher : préfère la rhétorique à la rigueur déductive, le commentaire aux sources, l'apocryphe à l'authentique, préfère l'expressivité quasi artistique au réalisme froid des géomètres."
" Kircher a raté la naissance de l'esprit scientifique. Dans l'ordre du savoir, son oeuvre reste stérile." Kircher ne pense que par images interposées, ce qui revient à dire qu'il ne pense pas... il est chez lui parmi les allégories."

* Citations tirées de Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès.

lundi 4 octobre 2010

encore Athanase Kircher avec Jean-Claude Carrière et Umberto Eco


Dans N'espérez pas vous débarrasser des livres (1), Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, deux complices, nous parlent de leur plaisir de collectionner les ouvrages du R.P. Athanase Kircher, ce savant du XVIIe siècle qui croyait avoir découvert le secret des hiéroglyphes.
J.-C. C. : " C'est un jésuite allemand du XVIIe siècle qui a beaucoup vécu à Rome. Il est l'auteur de trente livres qui concernent aussi bien les mathématiques , l'astronomie, la musique, l'acoustique, l'archéologie, la médecine, la Chine, le Latium, la vulcanologie et j'en passe. Il a été parfois regardé comme le père de l'égyptologie, même si sa compréhension des hiéroglyphes assimilés à des symboles était entièrement erronée."
J.-C. C. : " Je crois que nous sommes tous les deux des amateurs de Kircher, tout au moins de ses ouvrages si magnifiquement édités. Il ne m'en manque qu'un seul, mais sans doute un des plus importants, l'Oedipus aegyptiacus. Il est considéré comme un des plus beaux livres du monde."
U.E. : " Pour moi le plus curieux c'est l'Arca Noe, avec la planche plusieurs fois repliée de la coupe de l'Arche avec tous les animaux, y compris les serpents qui se cachent dans le fond de la cale."
U.E. : " J'ai parlé de ma passion pour Kircher. Pour pouvoir posséder tous ses livres, pour obtenir par exemple cet Ars magnesia qui sûrement est le moins beau de la collection, je suis prêt à payer une fortune."
1. Jean-Claude Carrière, Umberto Eco, N'espérez pas vous débarrasser des livres, Le Livre de Poche Biblio Essais, 2010, p. 116-120.

lundi 15 mars 2010

une musique de chats ... torturés ...

"Même dans ce simple divertissement, Kircher avait mis toute sa science. Une fois ouvert, le buffet d'orgue dévoila un mécanisme fort complexe. Lorsqu'on appuyait sur l'une des pédales, un système de transmission admirable faisait mouvoir une sorte de marteau qui s'abattait brusquement sur la queue d'un chat sanglée sur une plaquette de bois. Tous les matous de ce clavier à deux octaves avaient été longuement sélectionnés par Athanase pour leur faculté naturelle à miauler sur un certain ton. Ils étaient enfermés dans de petites boîtes ne laissant dépasser que leur queue, et même s'ils paraissaient n'apprécier que très médiocrement le traitement qui leur était infligé, ils n'en tenaient pas moins leur rôle à la perfection."
Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Editions J'ai Lu, 2009, p. 358.

Ce petit texte me fait penser à l'orgue à liqueurs de Des Esseintes dans A Rebours de Huysmans.