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dimanche 8 juin 2025

Stendhal vu par Nietzsche

"À titre d'opposé de l'inexpérience et de l'innocence allemandes in voluptate psychologica, auxquelles est étroitement apparenté l'ennui que suscite la fréquentation des Allemands,  et à titre d'expression la plus aboutie d'une curiosité et d'un talent d'invention authentiquement français dans ce royaume de frissons délicats, on peut faire valoir Henri Beyle, cet homme remarquable, ce pionnier considérablement en avance, qui traversa son  Europe, plusieurs siècles d'âme européenne, sur un tempo napoléonien, en débusquant et découvrant cette âme : il a fallu deux générations pour le rattraper en quelque manière, pour deviner après coup quelques-unes des énigmes qui le tourmentèrent et le ravirent, ce singulier épicurien  et cet homme point d'interrogation qui fut le dernier grand psychologue de la France."
Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, GF Flammarion, 2022, p. 276.

samedi 13 mars 2010

le syndrome de Stendhal


Le Corrège, Le Mariage mystique de sainte Catherine
© Musée du Louvre

En contemplant certains tableaux du Corrège, Stendhal ne pouvait retenir ses larmes. J'ai connu une personne d'Anvers (Belgique) qui, devant les quatre colosses du grand temple d'Abou Simbel, s'est mise à pleurer d'émotion.
Je dois avouer que cela m'est presque arrivé au musée du Prado à Madrid devant une figure de la Vierge peinte par Murillo ! C'était en 1957 ; j'avais l'excuse de l'âge...

"Les fresques sublimes du Corrège m'ont arrêté à Parme, d'ailleurs ville assez plate. La Madone bénie par Jésus, à la Bibliothèque, m'a touché jusqu'aux larmes. Je paye un garçon de salle pour qu'il me laisse un quart d'heure seul, perché au haut de l'échelle. Je n'oublierai jamais les yeux baissés de la Vierge, ni la pose passionnée, ni la simplicité de ses vêtements."
Stendhal, Rome, Naples et Florence (1826), Voyages en Italie, Bibliothèque de la Pléiade, 1984, p 388.

"Hier je me suis détourné de la route directe pour visiter Correggio. C'est là que naquit , en 1494, l'homme qui a su rendre, par des couleurs, certains sentiments auxquels nulle poésie ne peut atteindre, et qu'après lui Cimarosa et Mozart ont su fixer sur le papier."
Ibid, p. 390 

mercredi 23 décembre 2009

Stendhal vu à Rome par Berlioz

" - Et ce petit homme, au ventre arrondi, au sourire malicieux, qui veut avoir l'air grave ?
- C'est un homme d'esprit * qui écrit sur les arts d'imagination, c'est le consul de Cività-Vecchia, qui s'est cru obligé par la fashion de quitter son poste sur la Méditerranée, pour venir se balancer en calèche autour de l'égout de la place Navone ; il médite en ce moment quelque nouveau chapitre pour son roman de Rouge et Noir.
* M. Beile, ou Bayle ou Baile, qui a écrit une vie de Rossini sous le pseudonyme de Stendhal et les plus irritantes stupidités sur la musique, dont il croyait avoir le sentiment. "
- Hector Berlioz, Mémoires, Flammarion, Paris, 1991, p. 200.

samedi 19 décembre 2009

S.F.C.D.T.

Le calvaire consulaire de Stendhal à Civitavecchia 1834-36
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"...à la dépression de l'âme, il (Stendhal) répond : quand menace le dégoût de tout, il réplique par les lettres magiques " S.F.C.D.T. " , cette maxime pour Moi Seul, le coup de langue de la trompette morale, la "consigne" personnelle qui militarise en un mot de vieux troupier le stoïcisme du sage. Ces initiales ... parsèment les manuscrits, les lettres, les notes de Stendhal..."
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- Michel Crouzet, Stendhal ou Monsieur Moi-même, Flammarion, Paris, 1990, p. 627 (dans le chapitre Le calvaire consulaire).
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S.F.C.D.T.
Se Foutre Carrément De Tout

jeudi 17 décembre 2009

Stendhal et le divin Corrège

" Au fait, ce jeune Fabrice est plein de grâces, grand, bien fait, une figure toujours riante... et mieux que cela, un certain regard chargé de douce volupté... une physionomie à la Corrège..."
Stendhal, La Chartreuse de Parme, I, v.
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Le Corrège a été étudié par Stendhal dans les Écoles italiennes de peinture, tome II, Paris, 1932, p. 7-75.

mercredi 9 décembre 2009

en relisant "Le Rouge et le Noir"

En relisant Le Rouge et le Noir (cinquante-trois ans après !)
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Les deux mots qui reviennent le plus souvent : haïr et hypocrisie. Un bel exemple : " Il (Julien) jugea qu'il serait utile à son hypocrisie d'aller faire une station à l'église."
- "... ces gens sages qui exercent le plus ennuyeux despotisme..."
- " Entièrement absorbée, avant l'arrivée de Julien, par cette masse de travail qui, loin de Paris, est le lot d'une bonne mère de famille, madame de Rênal pensait aux passions, comme nous pensons à la loterie : duperie certaine et bonheur cherché par des fous."
- " Pour Julien, jamais il ne s'était trouvé aussi près de ces terribles instruments de l'artillerie féminine."
- " Si un Richelieu n'arrête pas le torrent du jugement personnel, tout est perdu."
- " Son cheval se cabrait à chaque instant, il était au comble de la joie." " Julien était au comble du bonheur, ravi à son insu par la musique, les fleurs, les belles femmes, l'élégance générale, et plus que tout par son imagination qui rêvait des distinctions pour lui et la liberté pour tous." " Julien eut un instant délicieux ; il errait à l'aventure dans le jardin, fou de bonheur." " Julien, ivre de bonheur et du sentiment de sa puissance, si nouveau pour un pauvre diable, entra à l'Opéra italien." " Cette journée passa comme un éclair, Julien était au comble du bonheur (1) ." Voir Angelo, Le Hussard sur le toit (2), Le Bonheur fou de Jean Giono (Angelo Pardi un peu la postfigure de Fabrice del Dongo).
- "... vous faites bouillir du lait à bien des gens dans Verrières."
- "Julien atteignit un tel degré de perfection dans ce genre d'éloquence qui a remplacé la rapidité d'action de l'empire, qu'il finit par s'ennuyer lui-même par le son de ses paroles."
- "...il y a peu d'étourderie en province : les sensations y sont si rares, qu'on les coule à fond."
- " ... l'ennui profond de toutes les jouissances tranquilles." Voir le tic-tac du petit bonheur de Nietzsche.
- "...leur père s'émigra..." Stendhal emploie le verbe émigrer au pronominal.
- " Depuis Voltaire, depuis le gouvernement des deux chambres qui n'est au fond que méfiance et examen personnel, et donne à l'esprit des peuples cette mauvaise habitude de se méfier, l'église de France semble avoir compris que les livres sont ses vrais ennemis."
- " L'odeur de l'encens et des feuilles de rose jetées devant le saint-sacrement ..." Stendhal n'aurait-il pas dû écrire pétales au lieu de feuilles ?
- "...ses traits offraient la perfection et l'insignifiance de la beauté grecque."
- " Mathilde s'ennuyait en espoir."
- " Ainsi va le monde, c'est une partie d'échecs."
- "...douceur nauséabonde."
- " L'âme frénétique de Julien..." Frénétique, frénétisme. Cela me fait penser au frénétisme dans la littérature française des années1830 ( par exemple les poèmes Cauchemar et Le Champ de bataille du bon Théo).
- ... mais un des caractères du génie est de ne pas traîner sa pensée dans l'ornière tracée par le vulgaire." Très belle phrase.
- " Hé, monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route." Sujet de dissertation pour classe de première ...
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La mémoire de Julien est celle d'un surhomme ; il connaît la Bible en latin par coeur ! Le lecteur rationaliste d'aujourd'hui tique un peu...
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" La politique au milieu des intérêts d'imagination, c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert." Phrase célèbre du Rouge et Noir.
- " ... je mens à vous ..."
- " La main du temps s'était appesantie sur cet homme autrefois si énergique. "
- " C'est singulier , le verbe guillotiner ne peut pas se conjuguer dans tous les temps ; on peut bien dire : je serai guillotiné, tu seras guillotiné, mais on ne dit pas : J'ai été guillotiné." Hi, hi !
- " On peut devenir savant, adroit, mais le coeur !... le coeur ne s'apprend pas. "
1. Et bien sûr aussi et surtout dans La Chartreuse de Parme (I,III) : " Son bonheur fut au comble..." - " La façon dont on le regardait maintenant mit notre héros (Fabrice) au comble du bonheur."
2. La dernière phrase du Hussard sur le toit : " Il était au comble du bonheur." De l'aveu même de Giono, Angelo est un croisement de son grand-père et de Fabrice del Dongo.

jeudi 29 octobre 2009

la communication est une mutilation ...

" La communication est une mutilation, et un attentat à la pudeur du Moi ; les mots sont trop peu pour dire le Moi, et ils ne le disent que trop. Plus Henri (Beyle) écrit son Journal et se dénude, plus il se sent dans l'impasse : l'essentiel, les émotions vraiment personnelles, la couleur unique des faits, il ne peut pas les dire, et ce qu'il en dit est déjà trop dangereux ; pour l'indiscret, pour l'espion, il en dit déjà trop et, dans le fond, le langage est une sorte d'espion, de policier, une norme et une censure. D'autant plus que la découverte de la musique, précédée de belles réflexions sur le style et le rythme, a appris à Beyle que la vraie communication était au-delà des mots et d'ordre extatique. "
Michel Crouzet, Stendhal ou Monsieur Moi-même, Flammarion, 1990, p. 170-171.