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mardi 28 octobre 2025

l'explicit de "Lélia" de George Sand

Il [Trenmor] salua de loin le marbre qui renfermait Lélia. Il baisa celui où dormait Sténio  ; puis il regarda le soleil, ce flambeau qui devait éclairer ses journées de travail, ce phare éternel qui lui montrait la terre d'exil, où il faut agir et marcher, l'immensité des cieux toujours accessibles à l'espoir de l'homme.
Il ramassa son bâton blanc, et se remit en route.

samedi 12 octobre 2024

le cercle de Popilius dans une nouvelle de George Sand

"Mais la plus grande de mes folies [c'est Lélio qui parle, un comédien], c'est d'avoir jeté mes regards au-delà de cette rampe de quinquets qui trace une ligne invincible entre moi et le reste de la société. C'est pour moi le cercle de Popilius."
George Sand, La Marquise. Vies d'artistes, Paris, Presses de la Cité, collection Omnibus, 1992, p. 27-28.

Cercle de Popilius, cercle qu'avec sa baguette Popilius Lénas, député de Rome, traça autour du roi de Syrie Antiochus Épiphane, lui défendant de franchir cette limite avant d'avoir répondu catégoriquement à la demande du peuple romain ; d'où, figurément et par allusion, situation dont on ne peut sortir qu'en accomplissant une certaine condition. (D'après le Littré) 

vendredi 2 août 2024

la purification des lèvres d'Isaïe sur une clef de voûte de l'église de Marville



clefs de voûte de la chapelle Sainte-Croix - photo JLJ


La purification des lèvres d'Isaïe
sur la clef de voûte centrale de la chapelle Sainte-Croix de 1517
Église Saint-Nicolas - Marville, Meuse

 "La clé de voûte du centre [de la chapelle Sainte-Croix] présente le visage d'un homme jeune, d'une beauté idéalisée, avec une coiffure de style Renaissance. Comment expliquer la position de sa bouche ? Non, il ne tire pas la langue, symbole de moquerie, comme on pourrait le croire, depuis le sol, mais une sorte de pince tient un petit objet cylindrique tout proche de cette bouche : non avons la purification des lèvres d'Isaïe. L'explication se trouve dans l'Ancien Testament au début du livre du prophète Isaïe : «...je suis un homme aux lèvres impures... L'un des séraphins vola vers moi tenant dans sa main une braise qu'il avait prise sur l'autel avec des pinces. Il m'en toucha la bouche et dit : Voici, ceci a touché tes lèvres ; ta faute est effacée, ton péché est pardonné.»"
Pim Den Boer, "Renaissance et humanisme à Marville. L'identification de quelques portraits familiers", dans Lotharingia, tome XVIII, 2013, p. 199. 

Dans sa note 8, Pim den Boer indique un exemple célèbre de ce thème dans l'église Saint-Martin de Vic, commune de Nohant-Vic. La bonne dame de Nohant, George Sand, connaissait bien ces fresques romanes de l'église de Vic, et en particulier celle où un ange touche d'un charbon embrasé la lèvre muette d'Isaïe (Lélia, Éditions Garnier, 1960, p. 87). 

lundi 24 juin 2024

les Pyrénées de George Sand

Pour George Sand, le voyage dans les Pyrénées de juillet 1825 a été inoubliable :

"Enfin nous sommes entrés dans les Pyrénées. La surprise et l'admiration m'ont saisie jusqu'à l'étouffement."
"C'est en quittant Pierrefitte, c'est en gravissant une montagne inouïe de rapidité pour des chevaux attelés, c'est en entendant mugir le torrent dans toute sa fureur, que l'âme se resserre et qu'un sentiment d'effroi insurmontable vient glacer le cœur. Là, le jour devient bleuâtre, de noires montagnes de marbre et d'ardoise où se traînent une sombre bruyère et des arbres nains resserrent le ciel. La route serpente aux flancs d'une gorge, aux parois d'un abîme. Les blocs se penchent et surplombent. Le précipice se creuse, le gave s'enfonce et gronde, tantôt complètement disparu sous une masse de sauvage et splendide végétation, tantôt écumeux, blanc comme la neige dans les murailles arides qui le pressent, ou parmi les rochers qui l'encombrent... Tout cela m'a paru horrible et délicieux en même temps."
"Les Pyrénées m'avaient exaltée et énivrée comme un rêve qui devait me suivre et me charmer pendant des années. Je les emportais avec moi pour m'y promener en imagination le jour et la nuit, pour placer mon oasis fantastique dans ces tableaux enchanteurs et grandioses que j'avais traversés si vite, et qui restaient pourtant si complets et si nets dans mon souvenir, que je les voyais encore dans leurs moindres détails."
George Sand, Histoire de ma vie. Œuvres autobiographiques, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1971, p. 59-60, 72. 

Elle utilisera ses souvenirs pyrénéens dans deux nouvelles, surtout dans Le Géant Yéous, nouvelle fantastique, écrite en1873, et moindre dans Lavinia (la montagne, les fleurs, l'orage).

vendredi 7 juin 2024

coopinionnaire, un hapax de George Sand ?


"Je vous ai demandé si quelqu'un de mes amis ou de mes prétendus coopinionnaires, si Jean le bousingot, par exemple, pourrait s'arroger le droit de me blâmer en me voyant renoncer aux folies de la conspiration émeutière, pour renter dans cette voie plus large et plus morale dont je n'aurais jamais dû sortir."
George Sand, Horace. Vies d'artistes, Paris, Presses de la Cité, 1992, p. 476.

mardi 4 juin 2024

les bousingots, étudiants émeutiers des années 1830

"Les étudiants émeutiers on les appelait alors les bousingots, à cause du chapeau marin de cuir verni qu'ils avaient adopté pour signe de ralliement. Ils portèrent ensuite une coiffure écarlate en forme de bonnet militaire, avec un velours noir autour. Désignés encore à la police, et attaqués dans la rue par les mouchards, ils adoptèrent le chapeau gris ; mais ils n'en furent pas moins traqués et maltraités. On a beaucoup déclamé contre leur conduite ; mais je ne sache pas que le gouvernement ait pu justifier celle de ses agents, véritables assassins qui en ont assommé un bon nombre sans que le boutiquier en ait montré la moindre indignation ou la moindre pitié."
George Sand, Horace. Vies d'artistes, Paris, Presses de la Cité, 1992, p. 351.

dimanche 2 juin 2024

Godefroy Cavaignac (1801-1845), évoqué par George Sand

"À cette époque [1832] l'association politique la plus importante et la mieux organisée était celle des Amis du peuple. Plusieurs des chefs qui la représentaient avaient joué déjà un rôle dans la charbonnerie ; ceux-là et d'autres plus jeunes en ont joué un plus brillant depuis 1830. Parmi ces hommes, qui ont surgi et grandi durant cette période de dix années, et qui ont déjà des noms historiques, la société des Amis du peuple comptait Trélat, Guinard, Raspail, etc. ; mais celui qui exerçait le plus de prestige sur les jeunes gens des Écoles et sur les jeunes républicains populaires, c'était Godefroy Cavaignac. Presque seul, il n'avait pas cette suffisance puérile qui perce chez la plupart des hommes remarquables de notre temps, et qui fait chez eux de l'affectation une seconde nature. Sa grande taille, sa noble figure, quelque chose de chevaleresque répandu dans ses manières et dans son langage, sa parole heureuse et franche, son activité, son courage et son dévouement, tout cela eût suffi pour enflammer la tête du belliqueux Jean, et pour échauffer le cœur du généreux Arsène, quand même Godefroy n'eût pas émis les idées sociales les plus complètes, les plus logiques, je dirais même les plus philosophiques qui aient pris une forme à cette époque dans les sociétés populaires. Ce président des Amis du peuple a seul professé dans ces clubs ce qu'on peut appeler les doctrines ; doctrines qui, à beaucoup d'égards, ne satisfaisaient pas encore le secret instinct d'Arsène et les vastes aspirations de son âme vers l'avenir, mais qui, du moins, marquaient un progrès immense, incontestable, sur le libéralisme de la Restauration. Suivant Arsène, et suivant le jugement toujours sévère et méfiant du peuple, les autres républicains étaient un peu trop occupés de renverser le pouvoir, et point assez d'asseoir les bases  de la république ; lorsqu'ils l'essayaient , c'était plutôt des règlements et une discipline qu'ils imaginaient, que des lois morales et une société nouvelle. Cavaignac, tout en faisant cette belle opposition qu'il a si largement et si fortement développée l'année suivante jusque devant la pâle et menteuse opposition de la Chambre, s'occupait à mûrir des idées, à l'éducation publique gratuite, au libre vote de tous les citoyens, à la modification progressive de la propriété, et il ne renfermait pas, comme certains républicains d'aujourd'hui, ces deux principes nets et vastes dans l'hypocrite question d'organisation du travail et de réforme électorale ; mots bien élastiques, si l'on n'y prend garde, et dont le sens est susceptible  de se resserrer autant que de s'étendre."
George Sand,  Horace. Vies d'artistes, Presses de la Cité, 1992, p. 437. Godefroy Cavaignac était le frère ainé du général Cavaignac (1802-1857).
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Horace, roman publié dans La Revue Indépendante en novembre 1841, est l'un des rares romans de George Sand comportant une allusion directe aux questions politiques et historiques contemporaines. Le grand désastre des journées révolutionnaires de 1832 marque ici les enjeux d'une peinture de personnages très amère. Le contexte explique le désenchantement : le régime de Louis-Philippe, contesté, se fait répressif, Lamennais a été arrêté. Le brassage des idées politiques libérales, légitimistes et républicaines (belle figure du bousingot Jean Laravinière) dans cette bohème intellectuelle reflète l'effervescence créatrice et généreuse : Lamennais, la réhabilitation des femmes, la liberté... Autant d'idées fortes qu'évoque avec chaleur Théophile, le narrateur.
D'après Marie-Madeleine Fragonard

samedi 1 juin 2024

valeur et sens des mots dans "Horace" de George Sand


"Il n'y a pas de gens plus difficiles à convaincre que ceux qui ne comprennent pas la valeur des mots, et qui en altèrent le sens dans leur imagination."
George Sand, Horace. Vies d'artistes, Presses de la Cité, 1992, p. 390.

vendredi 31 mai 2024

George Sand par Charles-Louis Gratia


Charles-Louis Gratia (Rambervillers, 1815 - Montlignon, 1911), Portrait de George Sand
vers 1835 (?), pastel, collection particulière, photo de Wikipédia


- Adrien Recouvreur, "Le pastelliste Ch.-L. Gratia", dans la Revue lorraine illustrée, 1908, p. 65-74. C'est dans son atelier de Fitzroy-Square à Londres que Charles Blanc, en admiration devant la Liseuse, a dit que Gratia est considérablement en avance sur tous les pastellistes anciens et modernes. Et c'est cette Liseuse que le Ministère des Beaux-Arts acquit dans la suite et qui se trouve aujourd'hui au Palais de l'Élysée. C'est aussi pendant son séjour en Angleterre qu'il a écrit son excellent Traité de la peinture au pastel, qu'il ne doit donner à l'impression que beaucoup plus tard. 
La reine Victoria exprima le désir de se faire peindre par Gratia. Ce qui fut fait :


- Jean Lalance, "Le doyen des artistes français sans sépulcre", dans le Bulletin des Sociétés artistiques de l'Est, novembre 1912, p. 121-124. Tout jeune, son père l'emmena à Paris, il entra dans l'atelier du peintre Decaisne (Bruxelles, 1799 - Paris, 1852) qui, bientôt lui prédit un brillant avenir. Gratia se consacra à la peinture à l'huile et au pastel. C'est dans ce dernier genre qu'il se spécialisa  et se fit, plus tard, une grande réputation comme portraitiste. Ayant quitté la France en 1850, très éprouvé à la suite de la révolution, il demeura pendant dix-sept ans en Angleterre : là, il fit de nombreux portraits de personnalités anglaises. De retour en France, en 1867, notre artiste fit, entre autres portraits, , ceux de Mme la baronne Salomon de Rothschild et de sa fille ; puis le portrait  du cardinal Lavigerie, alors évêque de Nancy. Charles Blanc [critique d'art français, 1815-1882] a écrit : « Ch.-L. Gratia n'a point de rival dans le genre pastel, il sait lui donner la vigueur du coloris, l'harmonie, la chaleur de ton, unie à la fraîcheur et au velouté des teintes. »

jeudi 30 mai 2024

le mégalosoma de George Sand


 Megasoma acteon, coléoptère dont s'est inspiré George Sand
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"Comme je regardais de tous côtés, j'entendis ce bruit [un rugissement] au-dessus de ma tête et vis voler quelque chose de si énorme, qu'instinctivement je me baissai pour n'être pas atteint par le passage de cet être incompréhensible.
Il s'abattit près de nous, et je reconnus un individu qui me parut appartenir d'assez près, sauf la taille inouïe , au genre mégalosoma. Il était de la grosseur d'un buffle, et il en avait, d'ailleurs, les cornes plates et le pelage foncé. Bien que ce monstre me causât un effroi réel, je ne pus me défendre de l'admirer, car c'était à tout prendre un bel animal. Ses élytres et sa cuirasse impénétrable étaient revêtues d'une fourrure épaisse vert olive à reflets dorés, et sur son dos s'élevait majestueusement cette armature en forme de fourche et en matière cornée qui est l'attribut du mâle. Il ne parut pas seulement remarquer notre présence, et se mit à brouter autour de nous ainsi qu'eût pu le faire un animal familier ; puis il souleva ses puissantes élytres, développa les plis de ses larges ailes de gaze irisée, et, sans s'élever de deux ou trois mètres, alla s'abattre à quelques centaines de pas plus loin."
George Sand, Laura. Voyage dans le cristal, collection Motifs poche, 2024, p.120-121.

mercredi 29 mai 2024

la récente aurore boréale et George Sand


"Le ciel et les eaux se remplirent d'une lumière si vive, qu'elle était difficile à supporter. C'était la plus magnifique aurore boréale que nos yeux eussent encore contemplée, et pendant douze heures son intensité ne faiblit pas un instant, bien qu'elle présentât des phénomènes de couleur et de forme variés à l'infini et plus magiques les uns que les autres."
George Sand, Laura. Voyage dans le cristal, collection Motifs poche, 2024, p. 109-110.

samedi 18 mai 2024

George Sand et le vin

"À Dieu ne plaise que je médise du vin ! Généreux sang de la grappe, frère de celui qui coule dans les veines de l'homme ! que de nobles inspirations tu as ranimées dans les esprits défaillants ! que de brûlants éclairs de jeunesse tu as rallumés dans les cœurs éteints ! Noble suc de la terre, inépuisable et patient comme elle, ouvrant comme elles les sources fécondes d'une sève toujours jeune et toujours chaude, au faible comme au puissant, au sage comme à l'insensé ! - Mais il est ton ennemi, comme il est l'ennemi de la Providence, celui-là qui cherche en toi un stimulant à d'impurs égarements, une excuse à des délires grossiers ! Il est le profanateur des dons célestes, celui qui veut épuiser tes ressources bienfaisantes, abdiquer et rejeter avec mépris dans la main de Dieu même le trésor de sa raison."
George Sand, Lettres d'un voyageur, Lettre X, Œuvres autobiographiques, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1971, p. 882-883.

jeudi 3 août 2023

Alexis de Tocqueville rencontre George Sand

"Milnes [l'hôte chez lequel Tocqueville est invité pour un déjeuner littéraire] me plaça à côté de Mme Sand ; je n'avais jamais parlé à celle-ci, je crois même que je ne l'avais jamais vue (car j'avais peu vécu dans le monde d'aventuriers littéraires qu'elle habitait). Un de mes amis lui ayant demandé un jour ce qu'elle pensait de mon livre sur l'Amérique : «Monsieur, lui dit-elle, je suis habituée à ne lire que les livres qui me sont offerts par leurs auteurs.» J'avais de grands préjugés contre Mme Sand, car je déteste les femmes qui écrivent, surtout celles qui déguisent les faiblesses de leur sexe en système, au lieu de nous intéresser en nous les faisant voir sous leurs véritables traits ; malgré cela, elle me plut. Je lui trouvai des traits assez massifs, mais un regard admirable ; tout l'esprit semblait s'être retiré dans ses yeux, abandonnant le reste du visage à la matière ; ce qui me frappa surtout fut de rencontrer en elle quelque chose de l'allure naturelle des grands esprits. Elle avait, en effet, une véritable simplicité de manières et de langage, qu'elle mêlait peut-être à quelque peu d'affectation de simplicité dans ses vêtements. Je confesse que, plus ornée, elle m'eût paru encore plus simple."
Alexis de Tocqueville, Souvenirs, collection Folio Histoire, Gallimard, 2004, p. 179-180.

lundi 5 juillet 2021

une référence à l'Ancien Testament peu connue dans Lélia de George Sand

"Vous avez envoyé un ange pour toucher d'un charbon embrasé la lèvre muette d'Isaïe."
George Sand, Lélia, Paris, Éditions Garnier, 1960, p. 87. 

Isaïe, chap. VI, versets 5-7 : "Malheur à moi, m'écriai-je. C'en est fait de moi, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite avec un peuple aux lèvres impures, et cependant mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur des Armées!" Mais un des séraphins vola vers moi ; il tenait à la main une braise qu'il avait prise sur l'autel avec des pincettes. Il l'appliqua sur ma bouche et dit : "Maintenant que ceci a touché tes lèvres, ton péché est enlevé, ta faute est effacée."


La clef de voûte centrale de la chapelle Sainte-Croix de l'église Saint-Nicolas de Marville présente une tête de profil, où, devant la bouche, un sorte de pince tient un petit objet cylindrique : nous avons là la purification des lèvres d'Isaïe.
Pim Den Boer, "Renaissance et humanisme à Marville. L'identification de quelques portraits familiers", dans Lotharingia, tome XVIII, 2013, p. 199.

J'ai retrouvé cette citation dans un roman américain :
"Aucun charbon ardent ne purifiera votre langue, femme". Parole adressée par le révérend Cody Daniels à Pam Tibbs, adjointe du shérif Hackberry Holland.
Pam Tibbs à Hackberry Holland : "Comment tu comprends ça, cette histoire de charbon ardent sur ma langue?"
Réponse de Hackberry Holland : "C'est le livre d'Isaïe, dans l'Ancien Testament. Isaïe était persuadé qu'il était un homme aux lèvres impures vivant dans un pays impur. Mais un ange plaça un charbon ardent sur sa langue et le libéra de son iniquité."
James Lee Burke, La Fête des fous, Paris, Éditions Rivages, 2017, p. 43 et 44.

dimanche 16 mai 2021

Le Bernica, George Sand et Leconte de Lisle

Cette île conique [La Réunion, autrefois Bourbon] est fendue vers sa base sur tout son pourtour, et recèle dans ses embrasures des gorges profondes où les rivières coulent leurs pures et bouillonnantes  ; une de ces gorges s'appelle Bernica. C'est un lieu pittoresque, une sorte de vallée étroite et profonde, cachée entre deux murailles de rochers perpendiculaires, dont la surface est parsemée de bouquets d'arbustes saxatiles et de touffes de fougère.
Un ruisseau coule dans la cannelure formée par la rencontre des deux pans. Au point où leur écartement cesse, il se précipite dans des profondeurs effrayantes et forme, au lieu de sa chute, un petit bassin entouré de roseaux et couvert d'une fumée humide. Autour de ses rives et sur les bords du filet d'eau alimenté par le trop-plein du bassin, croissent des bananiers, des letchis et des orangers, dont le vert sombre et vigoureux tapisse l'intérieur de la gorge.
George Sand, Indiana, Folio Gallimard, 2020, p. 255-256.

*****
Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage, au rêve hospitalier,
Qui, dès le premier jour, n'a connu que peu d'hôtes ;
Le bruit n'y monte pas de la mer sur les côtes,
Ni la rumeur de l'homme : on y peut oublier.

La liane y suspend dans l'air ses belles cloches
Où les frelons, gorgés de miel, dorment blottis ;
Un rideau d'aloès en défend les approches ;
Et l'eau vive qui germe aux fissures des roches
Y fait tinter l'écho de son clair cliquetis. 
.   .   .   .   .   .  .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
Leconte de Lisle, Le Bernica, Poèmes barbares. 

dimanche 28 février 2021

paille-en-cul ou paille-en-queue aux Mascareignes

"Il y a des paillencus [paille-en-cul] de deux sortes : l'une, d'un blanc argenté ; l'autre ayant le bec, les pattes et les pailles rouges. Quoique cet oiseau soit marin, il fait son  nid dans les bois. Son nom ne convient pas à sa beauté. Les anglais l'appellent plus convenablement l'oiseau du tropique." 
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l'Isle de France, à l'Isle de Bourbon, au Cap de Bonne-Espérance, etc., tome I, 1773, p. 124-125.

"Il y a des paille-en-cul de deux sortes : l'une, d'un blanc argenté ; l'autre ayant le bec, les pattes et les pailles rouges. Quoique cet oiseau soit marin, il fait son nid dans les bois. Son nom ne convient pas à sa beauté. Les anglais l'appelle plus convenablement l'oiseau du tropique.
Henri Bernardin de  Saint-Pierre, Voyage à l'Île de France (Maurice), 1768-1771, Clermont-Ferrand, Éditions Paleo, 2008, p. 90.
 
"Les oiseaux de mer, attirés par ces retraites paisibles, y venaient passer la nuit. Au coucher du soleil on y voyait voler le long des rivages de la mer le corbigeau et l'alouette marine, et au haut des airs la noire frégate, avec l'oiseau blanc du tropique [paille-en-cul] qui abandonnaient, ainsi que l'astre du jour, les solitudes de l'océan indien."
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, Folio Classique Gallimard, 2004, p. 144.

"Vers le soir, ils se rassemblaient [les oiseaux aquatiques] en troupes inquiètes, et remplissaient la gorge sonore de leurs cris rauques et farouches. Ralph se plaisait à suivre leur vol majestueux, à écouter leur voix mélancolique. Il enseignait à sa petite élève leurs noms et leurs habitudes ; il lui faisait admirer le vol du paille-en-queue à brins rouges, qui s'égare quelquefois sur ces rivages et voyage en quelques heures de l'île de France à l'île Rodrigue, où, après des pointes de deux cents lieues en mer, il revient chaque soir coucher sous le veloutier qui cache sa nichée."
George Sand, Indiana, Folio Gallimard, 2020, p. 256-257.

"À peine une échappée , étincelante et bleue,
Laisse-t-elle entrevoir, en un pan du ciel pur,
Vers Rodrigue ou Ceylan le vol du paille-en-queue,
Comme un flocon de neige égaré dans l'azur."
Leconte de Lisle, "La ravine Saint-Gilles", dans Poèmes barbares. 
Dans ce recueil, voici les poèmes évoquant son pays natal (l'île de la Réunion) : La fontaine aux lianes, La ravine Saint-Gilles, Le manchy, L'aurore, Le bernica, Ultra cœlos, Le colibri.

mardi 29 mars 2011

voyage autour de mon bureau - 14.

Les trois livres que j'ai lus au cours
de mon voyage autour de mon bureau
-
1. Pascale Fautrier, Chopin, Folio Biographies, 2010.
Dans sa discographie, l'auteur a choisi pour l'intégrale des Nocturnes l'interprétation de Samson François en plus de celle d'Arthur Rubinstein. Ce sont de très bons choix.
2. Laurence Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, traduction de Charles Mauron, GF Flammarion, 1982.
J'ai relevé beaucoup de références à Don Quichotte de Cervantès.
"... l'inégalé Chevalier de la Manche, lequel m'est très cher et m'eût fait faire plus de chemin pour l'aller voir que le plus grand héros de l'antiquité."
3. Gautier journaliste. Articles et chroniques. Choix de textes, présentation, notes, chronologie, bibliographie et index par Patrick Berthier, GF Flammarion, 2011.
Les articles sur les artistes plasticiens ont beaucoup d'intérêt : Delacroix, Decamps, Ingres, Préault, Courbet, Millais et Hunt, deux peintres anglais, Chassériau, Baudry et Bouguereau, Gavarni, Gustave Doré, Manet, Monet, etc.
Alexandre Decamps est l'un des peintres les plus admirés de Gautier. Il a critiqué, présenté, décrit, cité plus d'une centaine de toiles de ce peintre (1). Les musées français montrent le plus souvent de petits Decamps bitumeux, sauf au musée des Beaux-Arts de Brest où on peut admirer Les Danseurs Albanais.
Pour voir de belles toiles de Decamps, il faut aller à Londres à la Wallace Collection. Decamps était le peintre contemporain favori de Richard Seymour-Conway, 4ème marquis de Hertford. Il a acquis 25 tableaux de Decamps sur les 28 que compte la collection de Richard Wallace. En juin 2000, les trois tableaux de Decamps que j'ai le plus admirés : Le Supplice des crochets, Cadji-Bey, chef de la police de Smyrne, faisant sa ronde (le plus souvent dénommé La Patrouille turque), L'Abreuvoir avec son grand mur peint d'une façon extraordinaire (2).
1. Claudine Lacoste-Veysseyre, La Critique d'art de Théophile Gautier, Montpellier, 1985, p. 64-66.
2. Par hasard, je tombe sur un passage d' Un hiver à Majorque où George Sand exprime son enthousiasme pour Decamps : " Decamps, le grand maître de la caricature sérieuse et ennoblie jusqu'à la peinture historique, l'homme de génie, qui sait donner de l'esprit, de la gaieté, de la poésie, de la vie en un mot, aux murailles même ."