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samedi 1 juin 2019

enchaîné sur un lit comme Prométhée sur son rocher


Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Le Temps retrouvé de Marcel Proust
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"Alors je m'aperçus qu'il y avait dans cette chambre un œil-de-bœuf latéral dont on avait oublié de tirer le rideau ; cheminant à pas de loup dans l'ombre, je me glissais jusqu'à cet œil-de-bœuf, et là, enchaîné sur un lit comme Prométhée sur son rocher, recevant les coups d'un martinet en effet planté de clous que lui infligeait Maurice, je vis, déjà tout en sang, et couvert d'ecchymoses qui prouvaient que que le supplice n'avait pas lieu pour la première fois, je vis devant moi M. de Charlus."

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Le Livre de Poche Classique, 1993, p. 167.

jeudi 30 mai 2019

à la tendresse, à la verduresse...


Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour La Prisonnière de Marcel Proust
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Une marchande des quatre-saisons, poussant sa voiturette, 
usait pour sa litanie de la division grégorienne :
À la tendresse, à la verduresse
Artichauts tendres et beaux
Arti-chauts
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Marcel Proust, La Prisonnière, Le Livre de Poche Classique, 2008, p. 180-181.


jeudi 4 avril 2019

trois jeunes filles en fleurs à Balbec


"Une de ces inconnues poussait devant elle, de la main, sa bicyclette ; deux autres tenaient des clubs de golf ; et leur accoutrement tranchait sur celui des autres jeunes filles de Balbec, parmi lesquelles quelques-unes, il est vrai, se livraient aux sports, mais sans adopter pour cela une tenue spéciale."
Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche classique, p. 420.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust

mardi 19 mars 2019

Albertine en bicyclette saluant le peintre Elstir


"Elstir et moi étions allés jusqu'au fond de l'atelier, devant la fenêtre qui donnait derrière le jardin sur une étroite avenue de traverse, presque un petit chemin rustique... Je me croyais bien loin des jeunes filles de la petite bande, et c'est en sacrifiant pour une fois l'espérance de les voir que j'avais fini par obéir à la prière de ma grand-mère et aller voir Elstir. Car  trouve ce qu'on cherche, on le sait pas et on fuit souvent pendant bien longtemps le lieu où, pour d'autres raisons, chacun nous invite ; mais nous ne soupçonnons pas que nous y verrions justement l'être auquel nous pensons. Je regardais vaguement ce chemin campagnard qui, extérieur à l'atelier, passait tout près de lui mais n'appartenait pas à Elstir. Tout à coup y apparut, le suivant à pas rapides, la jeune cycliste de la petite bande avec, sur ses cheveux noirs, son polo abaissé vers ses grosses joues, ses yeux gais et un peu insistants ; et dans ce sentier fortuné miraculeusement rempli de douces promesses, je la vis sous les arbres adresser à Elstir un salut souriant d'amie, arc-en-ciel qui unit pour moi notre monde terraqué à des régions que j'avais jugées jusque-là inaccessibles."
À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche classique, p. 478-479.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Ȧ l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust

lundi 18 mars 2019

le gâteau architectural ou la pâtisserie ninivite de Gilberte Swann


"Et elle [Gilberte] nous faisait entrer dans la salle à manger, sombre comme l'intérieur d'un Temple asiatique peint par Rembrandt, et où un gâteau architectural aussi débonnaire et familier qu'il était imposant, semblait trôner là à tout hasard comme un jour quelconque, pour le cas où il aurait pris fantaisie à Gilberte de le découronner de ses créneaux en chocolat et d'abattre ses remparts aux pentes fauves et raides, cuites au four comme les bastions du palais de Darius. Bien mieux, pour procéder à la destruction de la pâtisserie ninivite, Gilberte ne consultait pas seulement sa faim ; elle s'informait encore de la mienne, tandis qu'elle extrayait pour moi du monument écroulé tout un pan verni et cloisonné de fruits écarlates, dans le goût oriental." 
Ȧ l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche classique, p. 121.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Ȧ l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust



la sonate pour piano et violon de Vinteuil


La sonate pour violon et piano de Vinteuil jouée lors d'une soirée Verdurin

"L'année précédente, dans une soirée, il avait entendu une œuvre musicale exécutée au piano et au violon. D'abord, il n'avait goûté que la qualité matérielle des sons secrétés par les instruments. Et ç'avait été déjà un grand plaisir quand, au-dessous de la petite ligne du violon, mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d'un coup chercher à s'élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune."
"Mais maintenant il [Swann] pouvait demander le nom de son inconnue (on lui dit que c'était l'andante de la Sonate pour piano et violon de Vinteuil), il la tenait, il pourrait l'avoir chez lui aussi souvent qu'il voudrait, essayer d'apprendre son langage et son secret."
Du Côté de chez Swann, Le Livre de Poche classique, p. 256 et 259
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Du côté de chez Swann de Marcel Proust

dimanche 17 mars 2019

la duchesse de Guermantes dans la chapelle de Gilbert le Mauvais


"Tout d'un coup pendant la messe de mariage, un mouvement que fit le suisse en se déplaçant 
 me permit de voir dans une chapelle une dame blonde avec un grand nez, des yeux bleus 
et perçants, une cravate bouffante en soie mauve, lisse, neuve et brillante,
et un petit bouton au coin du nez."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche Classique, 1992, p. 220.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Du côté de chez Swann de Marcel Proust

la profanation du portrait de M. Vinteuil


"Oh ! ce portrait de mon père qui nous regarde, je ne sais sais pas qui a pu le mettre là, j'ai pourtant dit vingt fois que ce n'était pas sa place." Ce portrait leur servait sans doute habituellement pour des profanations rituelles,  car son amie lui répondit par ces paroles qui devaient faire partie de ses réponses liturgiques :" Mais laisse-le donc où il est, il n'est plus là pour nous embêter."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche Classique, 1992, p. 206.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Du côté de chez Swann de Marcel Proust

Tante Léonie avait la rue sous les yeux


"De l'autre côté, son lit [de tante Léonie] longeait la fenêtre, elle avait la rue sous les yeux et y lisait du matin au soir, pour se désennuyer, à la façon des princes persans, la chronique quotidienne mais immémoriale de Combray, qu'elle commentait ensuite avec Françoise."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche Classique, 1992, p. 96.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Du côté de chez Swann de Marcel Proust


À Combray M. Swann venait nous rendre visite


"Le monde se bornait habituellement à M. Swann, qui, en dehors de quelques étrangers de passage, était à peu près la seule personne qui vînt chez nous à Combray, quelquefois pour dîner en voisin (plus rarement depuis qu'il avait fait ce mauvais mariage, parce que mes parents ne voulaient pas recevoir sa femme), quelquefois après le dîner, à l'improviste."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Le Livre de Poche Classique, 1992, p. 56.
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Une illustration de Philippe Jullian (1919-1977)
pour Du côté de chez Swann de Marcel Proust