mercredi 25 février 2026

défense de la forêt par Astrov, personnage de "L'Oncle Vania" de Tchekhov

"Tu peux chauffer tes poëles avec de la tourbe et construire les hangars en pierre. Bien, j'admets que l'on coupe les bois par nécessité, mais pourquoi les détruire ? Les forêts russes gémissent sous la hache, des milliards d'arbres périssent, les gîtes des bêtes, les nids des oiseaux se vident, les rivières s'ensablent et se dessèchent, des paysages ravissants disparaissent pour toujours, et tout cela parce que l'homme est paresseux et qu'il n'a pas assez de sens commun pour se baisser et ramasser le combustible [...]. Il faut être un barbare pour follement brûler dans un poële toute cette beauté, pour détruire ce que nous ne pouvons pas créer. L'homme est doué d'une raison et d'une force créatrice, pour multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu'ici, il n'a pas encore créé, il n'a que détruit. Il y a de moins en moins de forêts, les rivières se dessèchent, le gibier a disparu, le climat est plus rude et la terre s'appauvrit  et enlaidit de jour en jour. (À Voïnitzki = Vania.) Je te vois qui me regardes avec ironie, et tout ce que je dis te semble manquer de sérieux et... et, peut-être est-ce vraiment de la manie, mais quand je passe à côté de la forêt que j'ai sauvée, ou quand j'entends le bruissement de ma jeune forêt que j'ai plantée de mes mains, je deviens conscient du fait que le climat aussi est un peu entre mes mains et que si, dans mille ans, l'homme doit être heureux, cela sera un peu de ma faute à moi aussi. Quand je plante un jeune bouleau et que je le vois ensuite se couvrir de feuilles vertes et se balancer dans le vent, mon cœur se rempli de fierté."
Tchekhov, L'Oncle Vania, acte I. Traduction d'Elsa Triolet. 

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