En lisant le Carnet du Caire de Gérard de Nerval, je tombe sur le mot somnamb (1). Somnambule ou somnambulisme ? Pérégrinus était-il somnambule ?
Dans ma jeunesse, j'ai eu trois accès de somnambulisme. Le dernier à l'âge de seize ans.
Ce fut pendant les vacances d'été 1957. J'avais réussi à me faire embaucher dans une ferme de l'île de Majorque pour gauler les amandes. J'étais nourri (bien faiblement) et logé (peu confortablement) à l'étage dans une sorte de grenier avec un ouvrier agricole du prénom de Pablo. Nous avions chacun un lit placé aux angles de la pièce, et dormions en slip, le corps recouvert d'un drap, tellement les nuits étaient étouffantes. Une nuit (c'est ce qu'on m'a raconté le lendemain matin), je me suis levé, recouvert de mon drap, ouvert la porte de ce dortoir rustique et resté quelques instants sur le palier de l'escalier extérieur en bois. En rentrant dans la pièce, Pablo, réveillé par les craquements du plancher, le grincement de la porte, poussa un petit cri en croyant voir un fantôme se détachant dans la clarté lunaire de l'encadrement de la porte.
J'ai refermé la porte et je me suis recouché.
Le lendemain, au petit déjeuner collectif, Pablo raconta avec amusement mon dernier accès de somnambulisme.
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(1) Gérard de Nerval, Oeuvres complètes, tome II, nouvelle édition, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1984, p. 853.
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