" J'ai trouvé là tous les débris de mes diverses fortunes, les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans. C'est un capharnaüm comme celui du docteur Faust. Une table antique à trépied aux têtes d'aigle, une console soutenue par un sphinx ailé, une commode du dix-septième siècle, une bibliothèque du dix-huitième, un lit du même temps, dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas rouge ; une étagère rustique chargée de faïences et de porcelaines de Sèvres ; un narguilé rapporté de Constantinople, une grande coupe d'albâtre, un vase de cristal ; des panneaux de boiseries provenant de la démolition d'une vieille maison que j'avais habitée, et couverts de peintures mythologiques ; deux grandes toiles dans le goût de Prudhon, représentant la Muse de l'histoire et celle de la comédie.
Mes vêtements arabes, mes deux cachemires industrieusement reprisés, une gourde de pèlerin, un carnier de chasse.
Au-dessus de la bibliothèque s'étale un vaste plan du Caire ; une console de bambou, dressée à mon chevet, supporte un plateau de l'Inde vernissé.
Un petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l'Amour, des trumeaux de chasseresses et de satyres, et une flèche que j'avais conservée en mémoire des compagnies de l'arc du Valois.
Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie, à réjouir les ombres de Pic de la Mirandole, du sage Meursius et de Nicolas de Cusa, - la tour de Babel en deux cents volumes, - on m'avait laissé tout cela !"
Gérard de Nerval, "Aurélia", dans Œuvres tome I, Bibliothèque de la Pléiade, 1952, p. 405-406.
Gérard de Nerval, "Aurélia", dans Œuvres tome I, Bibliothèque de la Pléiade, 1952, p. 405-406.
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