L'orangeade dans la Recherche du temps perdu de Marcel Proust
-
C''est à la fin du XIXe siècle que l'orange est devenue un cadeau de Noël dans les familles modestes. Par contre, dans les familles de la grande bourgeoise et de l'aristocratie, c'était un produit de semi-luxe que l'on pouvait s'offrir assez couramment. Une bonne indication de cette habitude de se désaltérer avec de l'orangeade est le nombre considérable de services à orangeade (généralement une cruche, six ou huit verres et un plateau) sortis des ateliers de Daum et de Gallé autour de 1900 et après.
Le jeune pianiste [certainement Dechambre, évoqué dans Sodome et Gomorrhe] ayant fini de jouer l'andante de la sonate de Vinteuil, et ayant reçu les compliments de Mme Verdurin, celle-ci dit à son mari : "Allons, donne-lui de l'orangeade, il l'a bien méritée." Est-ce à dire que Mme Verdurin n'offrait pas à n'importe qui un verre d'orangeade, et qu'après une telle prestation, le jeune pianiste avait bien droit à une orangeade ?
Chez le duc et la duchesse de Guermantes, on servait aussi de l'orangeade : "De vieux amis de M. et Mme de Guermantes venaient les voir après dîner, en cure-dents aurait dit Mme Swann, sans être attendus, et prenaient l'hiver une tasse de tilleul aux lumières du grand salon, l'été un verre d'orangeade dans la nuit du petit bout de jardin rectangulaire. On n'avait jamais connu des Guermantes, dans ces après-dîners au jardin, que l'orangeade. Elle avait quelque chose de rituel. Y ajouter d'autres rafraîchissements eût semblé dénaturer la tradition..."
Mais quelle sorte d'orangeade ? Il est sûr que cette orangeade était faite d'oranges pressées, auxquelles on ajoutait de l'eau : "Et l'orange pressée dans l'eau semblait me livrer au fur et à mesure que je [le Narrateur] buvais la vie secrète de son mûrissement, son action heureuse contre certains états de ce corps humain qui appartient à un règne si différent, son impuissance à le faire vivre, mais en revanche les jeux d'arrosage par où elle pouvait lui être favorable, cent mystères dévoilés par le fruit à ma sensation, nullement à mon intelligence."
Mentions de l'orangeade dans la RTP, édition du Livre de Poche Classique :
tome 1, p. 260 et 346 ; tome 3, p. 571 et 572 ; tome 4, p. 110, 112, 209-210, 217 (orangeade et petits fours), 453 (Charlus préfère la fraisette à l'orangeade de Mme Verdurin), 578 (Elle lui dit que Morel avait demandé à prendre une orangeade et que dès qu'on la lui aurait servie, on conduirait les deux voyeurs dans un salon transparent.) ; tome 5, p. 380 (...l'orangeade aurait donné la colique à tout le monde dit Charlus) ; tome 7, p. 223.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire