dimanche 13 septembre 2026

Italo Calvino a visité le Musée Guggenheim de New York en novembre 1959

"Durant ces semaines, le sujet obligé de toutes les conversations new-yorkaises est le nouveau musée dessiné pat Frank Lloyd Wright pour recevoir la collection Salomon Guggenheim, inauguré depuis peu. Tout le monde le critique ; j'en suis un défenseur acharné mais je me retrouve presque toujours isolé. C'est une sorte de tour en spirale, une rampe continue d'escalier sans marches, avec une coupole en verre. En montant et en se penchant, on a toujours une vue différente avec des proportions parfaites, grâce à une saillie semi-circulaire qui corrige la spirale ; en bas, il y a une petite tranche de parterre elliptique et une verrière avec un croissant de jardin. Ces éléments, qui changent toujours quelle que soit la hauteur à laquelle on se déplace, sont un exemple d'architecture en mouvement, d'exactitude et d'imagination unique. Tout le monde dit que l'architecture domine la peinture et c'est vrai (il paraît que Wright détestait les peintres), mais quelle importance ! On va là pour voir l'architecture, et puis les tableaux, on les voit toujours bien éclairés, uniformément, ce qui est primordial. Reste le sol, toujours incliné, qui constitue un problème﹘à savoir, comment faire tenir le tableau droit ? Ils l'ont résolu en accrochant les tableaux non pas aux murs mais à des bras de fer qui sortent du mur jusqu'au centre du tableau. En fait, la collection Guggenheim n'est pas extraordinaire, à part la formidable collection de Kandinsky que nous avions déjà vue à Rome, et il ya beaucoup de pièces de second ordre."
Italo Calvino, Ermite à Paris - Pages autobiographiques, Gallimard, 2014, p. 59.

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