Le destin de Pierre Gambie
dessin de Jacques Le Moyne, gravure de Théodore de Bry, 1591
Brevis narratio eorum quae in Florida Americae provincia Gallis acciderunt, secunda in illam navigatione duce Renato de Landonniere Classis praefecto anno M. D. LXIIII . Quae est secunda pars Americae... Auctore Jacobo Le Moyne cui cognomen de Morgues,... Nunc primum gallico sermone a Theodoro de Bry,... in lucem edita : latio vero donata a C. C. A. Pl. XLII
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"Un de mes hommes, nommé Pierre Gambye, lequel avoit demouré long temps auparavant en ce païs, pour apprendre les langues, et trafiquer avec les Indiens, finallement arriva au village d'Edelano, où ayant amassé une quantité d'or et d'argent, et voulant retourner vers moy, pria le roy du village de luy vouloir prester une canoa (canoë), qui est un vaisseau fait tout d'une pièce, duquel les Indiens s'aident coustumièrement à la pesche, et en navigeant sur les rivières, ce que ce seigneur d'Edelano lui octroya. Mais estant envieux de la richesse qu'il emportoit, commanda aux deux Indiens qu'il avoit chargez de le conduire dans la canoa, de le tuer, puis de luy apporter la marchandise et l'or qu'il pouvoit avoir : ce que les deux traistres executèrent inhumainement, car ils l'assommèrent d'une hache, ainsi qu'au meilleu de la canoa il souffloit le feu pour cuire du poisson."
René de Laudonnière, L'histoire notable de la Floride située ès Indes Occidentales : contenant les trois voyages faits en icelle par certains capitaines et pilotes français / descrits par le capitaine Laudonnière ... ; mise en lumière par M. Basanier,.... à laquelle a esté adjousté un Quatriesme voyage fait par le capitaine Gourgues, Paris, P. Jannet, 1853, p. 139-140.
Réédition de René de Laudonnière, L'Histoire notable de la Floride situee es Indes Occidentales, Paris, 1586.
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Jacques Le Moyne, dans son court récit (Brevis narratio...), relate l'histoire de Pierre Ganmbie d'une façon légèrement différente de celle rapportée par René de Laudonnière. Gambie était marié avec la fille du chef du village d'Edelano et ce dernier l'avait honoré en lui déléguant son commandement quand il partait. En ces occasions, Gambie s'en servait pour punir les Indiens quand ils ne pouvaient pas satisfaire ses brutales demandes de marchandise (or et argent, sans doute) et ils le tuèrent pour se venger de ses mauvais traitements.
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"Aujourd'hui, il [Jacques Le Moyne] a délaissé le chantier naval pour dessiner le meurtre de Gambie, un de leurs compagnons parti en solitaire l'automne dernier pour faire fortune en troquant avec les Indiens des bagatelles parisiennes - perles de verre, couteaux en acier de pacotille ou étoles aux teintes criardes. Il s'était établi sur une île fluviale en forme de bateau et avait pris pour épouse la fille d'un chef indigène.
Sur le dessin de Le Moyne, Gambie est agenouillé au centre d'une pirogue creusée dans un tronc de cyprès. Il souffle sur un petit foyer de racines embrasées et de la fumée brouille son visage. Devant lui, un Indien pagaie debout, tourné vers le Français qu'il contemple d'un air triste. Derrière, un autre indigène est accroupi et brandit une hache au-dessus de sa tête. Le fer semble sur le point de s'abattre sur le crâne de Gambie. Ses yeux sont écarquillés , presque désolés, et tous ses muscles, ornés de tatouages, sont bandés."
Taylor Brown, Le Fleuve des rois, Paris, Éditions Albin Michel, 2021, p. 300-301.
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