mardi 6 octobre 2026

la rareté d'art chinois et le tableau de l'Ecce homo d'un cabinet d'art

"J'entrai un jour avec un homme de qualité dans un cabinet d'art où étaient de belles raretés. Parmi les tableaux, je ne goûtai rien mieux qu'un Ecce homo pour l'expression de miséricorde par quoi il ravissait pour ainsi dire les spectateurs en compassion ; à côté se trouvait une charte de papier peinte en Chine où étaient des faux dieux des Chinois en majesté, dont une partie étaient faits comme des diables ; le maître de maison me demanda quelle pièce de son cabinet d'art me plaisait le mieux. Je montrai l'Ecce homo, mais il dit que je me trompais, car la peinture chinoise était plus rare et par conséquent plus précieuse ; il ne l'aurait pas donnée contre dix Ecce homo. Je répondis : « Monsieur, votre cœur est-il comme votre bouche ? » Il dit : « J'y veille. » Sur quoi je dis : « Ainsi le dieu de votre cœur et celui de votre bouche avoue que le portrait est le plus précieux. » « Rêveur ! » dit cet autre, « J'estime la rareté. » Je répondis : « Est-il chose plus rare et plus admirable  que le fait que le Fils de Dieu ait souffert pour nous comme nous le représente ce tableau ? »"
Grimmelshausen, Les aventures de Simplicissismus, Paris, Fayard, 1990, p. 72.

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