"Pourquoi suis-je demeuré loin de Marie Noël jusqu'à ce jour ? C'est que plus nous avons aimé la poésie dans le temps de notre jeunesse et plus nous sommes les prisonniers de ceux qui l'incarnaient pour nous. Notre cœur se referme sur ces inspirés préférés à tous les autres. À partir d'un certain âge, nous n'accueillons plus personne.
Paul Valéry, au déclin de la Grande Guerre, aura été le dernier qui aura, en quelque sorte, forcé ma mémoire. Même Apollinaire sera resté sur le seuil. Depuis Valéry, aucune voix ne s'est plus mêlée au chœur familier de mes poètes : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Claudel, Jammes, Anna de Noailles. En ce qui concerne Marie Noël, peut-être cédais-je aussi à une prévention : je m'en faisais l'idée d'une Eugénie de Guérin, mais sans Maurice. Or c'est Maurice que j'aime dans Eugénie.
Paul Valéry, au déclin de la Grande Guerre, aura été le dernier qui aura, en quelque sorte, forcé ma mémoire. Même Apollinaire sera resté sur le seuil. Depuis Valéry, aucune voix ne s'est plus mêlée au chœur familier de mes poètes : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Claudel, Jammes, Anna de Noailles. En ce qui concerne Marie Noël, peut-être cédais-je aussi à une prévention : je m'en faisais l'idée d'une Eugénie de Guérin, mais sans Maurice. Or c'est Maurice que j'aime dans Eugénie.
Elle est de ces poètes comme il n'en existe presque plus chez nous, qui échappent aux exclusives de l'avant-garde, qui sont aimés de ceux qui les aiment en dehors de toutes les considérations d'écoles et de modes littéraires. Même ses lecteurs qui n'ont part ni à sa foi ni à son espérance bénéficient de l'amour qui l'a portée elle-même, qui l'a soutenue, qui lui a inspiré les chansons dont elle berçait sa souffrance et la nôtre. Car nous sommes tous pareils, en dépit de nos vies différentes ; et tous les cœurs d'une certaine race auront eu la même histoire."
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 667 et 670.
Suzanne Julliard, Anthologie de la poésie française, Paris, Éditions de Fallois, 2002. Marie Noël, pages 986-992.
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