Voilà environ quatre ans que Frank Neveu, professeur de linguistique française, observe une "demande d'inclusivisme linguistique de la part de certains syndicats étudiants et associations universitaires". Une demande qui reçoit un "accueille favorable" de la part de la part de la communauté enseignante, constate-t-il. "Cependant, on ne peut certainement pas dire que l'écriture se répande de manière consensuelle." Si, selon lui, la majorité des étudiants n'y prête pas vraiment attention, ceux qui la pratiquent ont une démarche qui "abrite souvent un fond de militantisme". Quitte à omettre le fait que l'écriture inclusive "déstructure très largement la graphie ainsi que le lien qui doit naturellement s'établir entre la pratique orale et la pratique écrite", rappelle l'enseignant. "On sait très bien que cette écriture ne marche pas. Seulement, il ne s'agit pas de respecter une cohérence linguistique mais d'afficher une forme d'idéologie et de dénoncer le prétendu patriarcat de certains fonctionnements institutionnels".
Franck Neveu est professeur de linguistique française à,Sorbonne-Université.
Anne Dister, qui enseigne la linguistique française à l'université Saint-Louis-Bruxelles, renchérit : "L'écriture inclusive part d'une idée fausse qui est que le masculin dans la langue invisibilise les femmes. C'est une croyance qui n'est pas fondée sur le fonctionnement des genres en français où la plupart des usages du masculin sont inclusifs." Exemple : si nous parlons de "nos voisins", nous partons du principe qu'il y a des hommes et des femmes parmi eux. "Faire du masculin un genre qui invisibilise les femmes, c'est faire comme si les mots n'étaient jamais utilisés dans un contexte qui nous aide à en comprendre le sens", analyse l'enseignante. " Je suis effarée que face à ces arguments objectifs, il y a encore des acteurs dans l'enseignement supérieur qui défendent l'usage de cette écriture. mais nous sommes dans une période où la conviction et la croyance ont plus de poids que la réflexion scientifique. L'écriture inclusive revient à éloigner les gens qui des difficultés avec la langue. On ne peut pas militer pour un français plus accessible et la pratiquer."
Mathieu Avanzi, linguiste et maître de conférence à Sorbonne-Université : "Cette forme d'écriture génère de de l'insécurité linguistique, de l'hypercorrection."
Le député LRM François Jolivet prépare une proposition de loi pour interdire l'écriture inclusive à l'école. Et à l'Université ?
D'après Le Figaro du vendredi 5 février 2021.
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