"Dans la seconde moitié du XVe siècle, il en coûtait trois fois plus d'éditer à Rome qu'à Venise, dont les cent treize éditeurs-imprimeurs mettaient sur le marché trois fois et demie plus de livres que Milan, Florence et Rome réunies.
Même si le volume de parutions augmenta régulièrement au XVIe siècle, c'est à son début que les imprimeurs vénitiens firent paraître leurs plus belles œuvres, quand ils disputaient encore leur clientèle aux fabricants de manuscrits et de codex enluminés et alors qu'ils fournissaient les étudiants humanistes et leurs maîtres. Le plus célèbre de ces imprimeurs, Aldo Manuce (Bassiano 1449 - Venise 1515), était lui-même un humaniste. Alors qu'il était tuteur des fils d'une noble famille du continent vers 1480, il conçut le projet d'imprimer les œuvres classiques grecques. À cette époque, elles faisaient l'objet d'un véritable culte, mais on ne les connaissait guère, rien pratiquement n'ayant été imprimé en langue grecque. Pour réaliser son entreprise, Manuce choisit Venise. Non seulement la ville était déjà le centre de l'imprimerie, mais elle abritait aussi nombre d'érudits grecs qu'il pourrait engager afin de préparer la copie et de relire les épreuves ; en outre, la bibliothèque léguée à Venise par le cardinal Bassarion recelait une collection de manuscrits grecs. Pietro Bembo, nommé bibliothécaire de la collection, était un ami d'Aldo et l'encouragea. Aldo savait en outre qu'il trouverait à Venise un artisan capable de tailler les matrices de caractères grecs qu'il dessinait lui-même en s'inspirant de la calligraphie d'un érudit grec tout à fait remarquable qu'il employait pour préparer les manuscrits avant la composition. Aldo choisit pour chiffre un emblème adapté à Venise : un dauphin et une ancre, symboles nautiques de la rapidité et de la fiabilité.
Aldo Manuce introduit également une innovation fondamentale dans la publication des livres en latin et en italien. Il dessina un nouveau caractère typographique, inspiré de l'écriture manuscrite, qu'il baptisa italique. Comme une grande page composée dans ce caractère était difficile à lire, il commença d'imprimer des volumes dont les dimensions étaient de moitié ou des trois quarts inférieures à celles des livres qui circulaient jusqu'alors. On les appela octavo, car chaque feuille était pliée en huit, permettant ainsi d'imprimer seize pages. Le format in-octavo et le resserrement des lettres italiques permirent à Aldo de faire tenir dans un livre au format de poche des œuvres qui n'étaient auparavant disponibles qu'en grand format, in-quarto ou in-folio, le Virgile de 1501 par exemple, sa première publication, sous un volume réduit. Le prix en fut, lui aussi, réduit des sept huitièmes, ce qui leur donna accès à un vaste marché, notamment parmi les étudiants. La ville de Venise décerna un brevet à Aldo pour son nouveau caractère typographique, qui n'en fut pas moins imité partout ailleurs."
- Frederic C. Lane, Venise, une République maritime, traduit de l'anglais (États-Unis), Paris, Flammarion, 1985, p. 416-417.
- Rosette Choné, "Aldo Manuzio, imprimeur-éditeur à Venise (145à-1515)", dans les Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 2016, p. 153-165.
- Rosette Choné, "Aldo Manuzio, imprimeur-éditeur à Venise (145à-1515)", dans les Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 2016, p. 153-165.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire