dimanche 6 septembre 2026

il n'a pas plu depuis sept semaines

"J'écris sur un banc de pierre, dans un bourdonnement vague. Il est midi. Le soleil achève de tuer les lilas. Même les oiseaux ne s'affairent plus et ne chantent qu'à mi-voix comme s'ils se parlaient à eux-mêmes. Il n'a pas plu depuis sept semaines. On ne peut labourer tant la terre est dure. Sommes-nous en avril ou en août ? Des nuées d'orage se concentrent du côté de la mer. Et tout à coup je me retrouve au cœur d'un été d'autrefois, torride et mortellement triste. L'adolescent ne transmuait pas en joie toute cette lumière. La route que je regarde en ce moment, enjambant un coteau lointain, m'était en ce temps-là le signe d'une interdiction de fuite. C'est ma paix de ce matin que le printemps reflète, la paix de mon déclin, comme jadis les les sauterelles et les grillons des aoûts accablants jetaient vers l'azur la plainte d'un être jeune et désespéré. Mais ce n'est pas la réponse à la question posée : si aucun regard humain, si aucune oreille ne percevait plus rien du monde, chaque saison aurait-elle son visage singulier et irremplaçable ?"
François Mauriac, Nouveaux Mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 703. 

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