"On ne parle que du retour au pays. On sait que certains vont y avoir droit, d'autres devront se contenter de trois ou quatre jours à Oran, et d'autres encore de devoir attendre.
On prie tous, secrètement pour ne pas être de ceux-là.
Ceux qui réussissent à avoir huit jours et vont partir en France le savent, au retour ils devront raconter et faire un récit qui soit à la hauteur des attentes de ceux qui sont restés. Ils ne savent pas encore qu'il leur faudra raconter un trajet long et pénible, des casernes lugubres, des heures à attendre pour rien, tout ce temps perdu, de liberté gâchée, le centre de transit et une nuit au poste de garde du port, la traversée dans la nuit, étendu sur le plancher sans rien voir du gris acier de l'eau et le sommeil sans rêves."
Laurent Mauvignier, Des Hommes, Editions de Minuit, 2009, p. 197.
Sur le Ville d'Alger ou le Ville d'Oran, lors de la traversée de la Méditerranée, nous n'étions pas étendus sur le plancher, mais sur de simples transats dans les cales. Nous débarquions ou embarquions à Mers-el-Kébir et non à Oran.
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