"Martin du Gard... Nous nous sommes rencontrés rarement mais nous étions attentifs l'un à l'autre, adversaires fraternels. Il ne me passait rien dans un certain ordre : c'est que la guerre de religion dont je parlais régnait entre nous : sans haine, je le crois de sa part, et je puis l'assurer de la mienne. Cet obstacle nous séparait : cette réponse différente que nous avions donnée, lui et moi, à la question posée dès le départ et qui presse l'écrivain, né, comme nous deux, en pays chrétien, d'une lignée bourgeoise et conservatrice : seras-tu docile ? ou vas-tu t'insurger ? Jean Barois [Par son testament, jusqu'après sa mort, le libre penseur Jean Barois aura vaincu le croyant torturé par le néant] fut la première réponse du jeune Martin du Gard, et Les Thibault ont formé livre après livre le dossier définitif que ce fils de la grande bourgeoisie a constitué contre sa classe avec une conscience scrupuleuse, servie par une technique sans défaut. Par là nous avons été proches l'un de l'autre : nous avons, sur le plan social et politique, pareillement réagi, — mais je le répète : notre guerre fut une guerre de religion."
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 693.
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