mercredi 24 juin 2026

comment François Mauriac s'est préparé à la mort

"Mais comment se préparer à la mort si nous n'y pouvons arrêter notre pensée ? Je sais aujourd'hui ce que j'ignorais à l'âge de la licence ès lettres : cette préparation se confond avec le détachement. Se préparer à la mort, c'est dénouer nous-mêmes un à un, les liens qui nous tiennent, c'est rompre le plus d'amarres que nous pouvons, de telle sorte que lorsque le vent se lèvera tout à coup, il nous entraînera sans que nous résistions. Détachement qui s'accomplit au-dedans de nous et ne se trahit pas au-dehors. Notre vie extérieure n'en est pas affectée. En ce qui concerne les êtres, nous n'avons pas d'ailleurs à nous en soucier : ce sont eux qui nous quittent, ils prennent pour eux toute la peine de l'arrachement. Un jour nous nous apercevons qu'il n'y a plus personne, sauf les créatures qui tiennent à nous jusqu'à se confondre avec nous. Il n'y aura plus personne d'étranger, il n'y aura plus personne venu d'ailleurs."
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 685-686. 

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