"Personne jamais ne verra plus ce visage consumé de la lande à cet endroit auquel je songe, qui est effacé à jamais. Je sais bien que la terre est cette ardoise d'écolier où chaque génération trace des signes que la suivante effacera. Il subsiste tout de même des jardins où les anciens se reconnaîtraient s'ils y revenaient, des maisons où ils pourraient se diriger les yeux fermés : c'est ce qui m'attache encore à certains lieux de ce monde. Mais tout a été dit par Proust de ce que j'exprime ici, dans la dernière phrase de du Côté de chez Swann qui réalise, il me semble, le miracle du style, puisque l'œuvre la plus complexe de la littérature romanesque française y tient dans le raccourci de quelques mots. Que de fois l'aurai-je citée et je ne me retiens pas de la citer encore : « Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas, comme les années. »"
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs, Œuvres autobiographiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 673.
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