mercredi 18 mars 2026

une référence à Proust dans "Plongées" de François Mauriac

"Louis allume la lampe de chevet, s'assied, regarde en face de lui, dans la glace, une figure terrible et comique, sa grimace confuse. L'ascenseur s'arrête à un étage. Ne sait-elle pas qu'il est seul ? Si elle venait pourtant... si elle venait ! Non, sa douleur ne serait que suspendue par cette présence. Louis se rappelle l'histoire d'un amant heureux et calme, tout le temps qu'il tenait sa maîtresse prisonnière dans une chambre. Qu'il se sentait différent de cet homme ! Qu'importe la présence corporelle de la bien-aimée ? Il ne faut pas les plaindre, ces jaloux, que la possession physique délivre. Mais malheur à ceux qui ont besoin, pour ne pas être torturés, de toucher ce que la main ne touche pas, d'étreindre ce que le bras n'étreint pas : le cœur insaisissable, la pensée rapide, le désir hypocrite et caché. Si votre bonheur dépend de la position physique d'un corps en face du vôtre, heureux vous êtes. Mais il est une absence contre laquelle aucun  pouvoir au monde ne nous prémunit : absence de l'être étendu à nos côtés, blotti dans nos bras."
Dans Plongées de François Mauriac. 
L'histoire d'un amant heureux et calme qui tient sa maîtresse [Albertine] dans une chambre, c'est celle du Narrateur dans La Prisonnière de Marcel Proust. Heureux un temps, mais après ?
Marcel Proust, La Prisonnière, Le Livre de Poche classique, 2016, p. 148 : "Entre vos mains mêmes, ces êtres-là [dont Albertine] sont des êtres de fuite."

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