Germaine Richier, L'échiquier, grand, 1959, plâtre peint - © Tate Modern, Londres
Germaine Richier, Le Chardon (Soleil), 1959, bronze polychrome, équerre en ardoise
© Centre Pompidou - MNAM
Germaine Richier, La Chauve-souris (ou L'Homme chauve-souris), 1946, bronze, c.p.
Germaine Richier (Grans, 1902 - Montpellier, 1959), Le cheval à six têtes, 1954-1956, bronze
© Centre Pompidou - MNAM
"« Vous aimez Germaine Richier, j'imagine ? demande une des danseuses de tango penchée vers une figurine d'humain mâtinée de chèvre, ou peut-être est-ce l'inverse.
ー Beaucoup ! répond Audrey avec entrain, ravie chaque fois que quelqu'un mentionne cette artiste dont elle estime que l'importance n'est toujours pas assez reconnue. Mais je ne puise pas dans le même bestiaire qu'elle, elle avait une prédilection pour les insectes, les chauves-souris, et aussi les crapauds. Je m'inspire davantage des mammifères, grands et petits, et aussi des oiseaux. Mais j'ai là un travail encore en cours assez différent des autres. »
L'ébauche en glaise qu'elle montre alors, posée à part sur le coin d'une table, est celle d'un homme-poisson qui se tient debout sur ses deux jambes fusionnées en un membre oblong renflé dans sa partie supérieure et aminci à son extrémité, laquelle s'évase en deux larges pieds palmés. Le corps-torse est bombé, la tête engoncée dans des épaules ovoïdes, les yeux là encore sont ronds et la bouche large ouverte ; le poisson chante. Les oreilles sont façonnées en forme d'ailerons et une imposante nageoire hérisse le dos, le dos depuis le haut du crâne jusqu'aux talons comme une crête de casque antique. Les bras sont d'humain, levés à mi-hauteur du corps, les mains palmées sont épanouies en éventail. Le poisson soutient et scande le rythme de son chant muet."
Sylvie Germain, La Puissance des ombres, Le Livre de Poche, 2024, p. 70-71.
Germaine Richier est encore citée dans Petites scènes capitales :
"Elle partage [Barbara alias Lili, Liliane] un atelier avec d'autres apprentis artistes, elle sa passionne un temps pour les empreintes de sein, de ventre et de cuisses de femmes badigeonnés de peinture bleue et les pochoirs outremer saturé du plasticien Yves Klein, et surtout pour les œuvres de la sculptrice Germaine Richier, ses corps hybrides, difformes, perforés. Le corps, encore et toujours, le corps dans tous ses états, tous ses ébats, érotiques, guerriers, ludiques, et ses métamorphoses, sublimes, monstrueuses."
Sylvie Germain, Petites scènes capitales, Albin Michel, 2013, p. 174-175.
Germaine Richier. Elle reçoit d'abord une formation académique à Montpellier, où elle a pour professeur Guigues, un élève de Rodin, puis entre à Paris dans l'atelier de Bourdelle en 1925. Ses premières œuvres sont d'aspect classique : bustes et personnages, servis par une grande connaissance technique. C'est pendant la Seconde Guerre mondiale qu'elle met ses capacités au service d'un art animalier dont elle travaille les exemples les moins immédiatement séduisants (crapauds, chauves-souris), et qui l'amène à pétrir la glaise pour construire des personnages rongés, à l'apparence ravinée, ne restant debout que grâce au squelette révélé par leurs membres grêles. Ces êtres paraissent à la fois inachevés et définitifs, comme représentatifs d'une zone intermédiaire entre la vie naissante et les catastrophes. L'Orage (1948), L'Ogre (1951), portent dans leur bronze final les marques du pétrissement initial et participent d'une esthétique plus soucieuse de révéler la chair que l'épiderme, comme le Christ d'Assy, qui soulève en 1950 de sévères polémiques. À la fin de sa carrière, elle réalise des bronzes et des plâtres peints (Cheval, 195è-1958). Fascinée par un mélange des règnes qui lui permet d'inventer des monstres antérieurs à leur partage, elle n'hésite pas à donner à sa Sauterelle une tête de femme, non par goût d'un surréalisme facile, mais pour installer l'acte artistique en amont du monde conventionnel.
Dictionnaire de l'Art moderne et contemporain, Paris, Hazan, 1992, 531-532.

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