"J'écris de la fiction, mais celle-ci n'est jamais privée d'assise, elle ne vient pas de nulle part. Quand j'écris, je dois tout ressentir en moi. Je dois être traversée par tous les êtres et tous les objets présents dans le livre, par tout ce qui est humain et tout ce qui ne l'est pas, ce qui est vivant et ce qui ne l'est pas. Je dois voir de près chaque chose et chaque personne avec le plus grand sérieux pour les doter d'existence en moi et les personnaliser.
C'est précisément à cela que me sert la tendresse, parce qu'elle est l'art de concrétiser un ressenti affectif partagé, elle est donc une découverte permanente de ressemblances. Concevoir un roman consiste à ne cesser de donner vie, à faire exister toutes ces particules du monde que sont les expériences humaines, les situations vécues, les souvenirs. La tendresse personnalise tout ce vers quoi elle se porte, elle lui donne la parole, lui assure de l'espace et du temps pour exister, elle lui permet de s'exprimer."
Olga Tokarczuk, Le tendre narrateur. Discours du Nobel et autres textes, Paris, Les Éditions Noir et Blanc, 2020, p. 38-39.
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