En 1625, le capucin François Leclerc du Tremblay (le père Joseph) terminait La Turciade, épopée en latin de quatre mille six cent trente-sept hexamètres. Analysée froidement par Aldous Huxley, La Turciade semble presque uniquement ridicule.
"La Turciade s'ouvre sur la description d'une réunion publique d'anges, convoquée par la Seconde Personne de la Trinité. S'adressant à l'assemblée, le Christ exprime sa douleur devant la suprématie musulmane dans le Proche et le Moyen-Orient, et invite les puissances célestes à y porter remède. La Vierge elle-même, indique-t-on, serait heureuse de participer à une croisade, si son état le lui permettait. Après cet exorde, l'orateur passe à un récit de la vie de Mahomet, considérablement plus pittoresque qu'historique. Près de La Mecque, dit-il à ses auditeurs, se trouve une caverne d'où une cheminée descend directement en enfer. Un jour, le jeune Mohammed trouva le chemin de cette caverne, où il fut aimablement reçu et instruit par Lucifer dans les arts du mal. Cette instruction était facile à donner ; car, autour de la cheminée, s'étendait une série de galeries qui avaient été installées par les démons en une espèce de musée du Mal. Ils y avaient réuni des objets intéressants, tels que les dents du serpent qui tenta Eve ; la massue de Caïn ; les premières armes en fer, inventées par Tubal-Caïn ; les emblèmes de Vénus et de Bacchus ; tout le riche appareil de la sorcellerie et de la magie ; des pièces illustrant toutes les hérésies, depuis Arius jusqu'à Calvin ; et enfin l'armement, déjà prêt pour les besoins futurs, qui devait être utilisé dans les campagnes de l'Antéchrist. Dûment instruit par sa visite à ce cabinet des horreurs, Mohammed fut renvoyé chez lui pour écrire le Coran et établir son projet de conquête des Lieux saints.
Ayant obtenu le soutien des hiérarchies célestes pour une croisade, le Christ s'attaque aux princes de l'Europe, particulièrement à Louis XIII et à Philippe IV d'Espagne. Par l'entremise d'un rêve, il leur explique pourquoi une guerre sainte est une nécessité si urgente."
Aldous Huxley, L'éminence grise, Folio Gallimard, 1980, p. 174-175.
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