dimanche 8 mai 2022

Aldous Huxley et Jacques Callot

Dans L'éminence grise, son essai biographique sur François Leclerc du Tremblay, le père Joseph (1577-1638), Aldous Huxley a consacré plusieurs pages sur la série des dix-sept gravures (hors le titre) des Misères et malheurs de la guerre de Jacques Callot.


"Dans [cette] gravure, on nous montre une église incendiée et des soldats chargeant sur un chariot les ornements sacrés, pendant que, d'un couvent voisin, selon la légende rimée qui accompagne les planches, d'autres tirent des saints lieux les vierges désolées, qu'ils osent enlever pour être violées.
Une vingtaine de ces religieuses sont emmenées pour être violées à loisir autour du feu de camp, dans la soirée. L'une d'elles - la plus jeune sans doute et la plus jolie des novices - est hissée par deux soldats dans les bras d'un officier monté sur son grand cheval d'armes. D'ici un an ou deux, ces religieuses - celles du moins qui auront survécu - se seront jointes aux hordes des traînards, mâles et femelles, qui suivent les armées de-ci, de-là, d'un coin à l'autre de l'Allemagne. Affamées, couvertes seulement de haillons puants, pouilleuses et syphilitiques, portant des ballots sur le dos et traînant des enfants nus au ventre gonflé, elles marcheront l'été derrière leurs maîtres, elles trembleront sous la pluie et le gel des hivers interminables, jusqu'à ce qu'enfin longtemps avant que la guerre ne soit finie, le Dieu qui les a abandonnées prenne pitié et qu'elles meurent, pour être mangées par les chiens ou peut-être par leurs compagnons faméliques."
Aldous Huxley, L'éminence grise, Folio Gallimard, 1980, p. 281-282. Dans ce livre, de la page 278 à la page 285,  l'auteur décrit et commente presque toutes les gravures.

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