jeudi 21 avril 2022

les 14 saints protecteurs dans "Paraskewia, La Parque" d'Olga Tokarczuk

"J'allais de temps en temps dans cette petite église. Je m'asseyais au premier rang, et je contemplais le tableau.
On y voit quatorze saints protecteurs avec leurs attributs, qui permettaient jadis de les identifier au premier coup d'œil mais qui, de nos jours, ne disent plus grand chose à quiconque. Mais moi, j'avais déniché à la bibliothèque un livre avec des explications et, comme ça, je savais ce que j'avais devant les yeux. 
Sur ce tableau, les saints qui entourent l'Enfant Jésus sont représentés comme des invités venus assister à un baptême. Tout en bas, on voit saint Eustache agenouillé devant un cerf avec un crucifix entre les bois. À côté, c'est saint Christophe, le géant portant l'Enfant Jésus sur son épaule, comme s'il arborait un trophée de chasse. Juste au-dessus, il y a saint Gilles. De sa main percée d'une flèche par ses persécuteurs, il caresse une biche apprivoisée. Juste à côté, on trouve saint Cyr - un modeste garçon, qui porte une écuelle. Un peu au-dessus de lui se tient Marguerite d'Antioche, vénérée par les femmes enceintes et représentée toujours à côté d'un petit monstre, un dragon peut-être. La sainte suivante, avec une coupe à la main, vêtue d'une robe rouge et appuyée contre une tour, c'est sainte Barbe, la garante d'une bonne mort. Sainte Catherine d'Alexandrie, la tête levée vers le ciel, porte la roue de son supplice, qui se serait brisée miraculeusement. Vient ensuite saint Blaise, coiffé de la mitre d'évêque ; il aurait, paraît-il, retiré une arête de poisson de la gorge d'un garçonnet. Ah, voici saint Guy ! Il guérissait les gens possédés du démon. Sur ce tableau, il tient le chaudron plein d'huile bouillante dans laquelle il a été plongé. À ses côtés, un homme cloué à un tronc d'arbre : saint Pantaléon. En dessous, on voit un homme qui tient sa tête coupée à bout de bras, telle une offrande : c'est saint Denis, le premier évêque de Paris. À côté de saint Denis se tient saint Érasme, qui porte ses intestins enroulés autour d'un treuil. Et aussi saint Georges, que tout le monde connaît bien. Et enfin, ce beau jeune homme au doux visage, le corps criblé de flèches, c'est saint Sébastien, patron des pestiférés." 
Olga Tokarczuk, Paraskewia, La Parque, dans le recueil Récits ultimes, Le Livre de Poche, 2021, p. 225-227. J'ai abrégé le texte. Saint Cyr, c'est saint Cyriaque. Saint Acace n'a pas été nommé, mais remplacé par saint Sébastien. 
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En Lorraine, le culte des 14 saints protecteurs ou auxiliaires, ou encore appelés intercesseurs, s'est surtout propagé dans la partie germanophone. En voici quelques lieux : Altkirch (Rahling), Basse-Vigneulles, Folschviller, Heckling,  Hombourg-Haut, Launstroff, Montenach, Soucht. 

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