lundi 28 juin 2021

Le renouveau de "la Passion" au Musée National de la Renaissance d'Écouen











"Quittant Rouen pour Paris, Goujon signe le 12 janvier 1544 un marché avec les marguilliers de Saint-Germain-l'Auxerrois pour les reliefs en pierre du garde-corps de leur nouveau jubé. Le travail s'achèvera un an plus tard. Pierre Lescot, abbé de Clagny, noble érudit, alors au début de sa carrière, en est le concepteur, auteur du dessin préparatoire et directeur des travaux. Rompant avec l'esthétique des jubés gothiques, Lescot confie à Goujon la part la plus ambitieuse de ce nouvel arc de triomphe, les reliefs de la balustrade. Au centre, la Déploration du Christ est sculptée sur une pierre fine ; sur les côtés, quatre petits reliefs figurent les évangélistes accompagnés de leurs attributs. Le sculpteur y montre pour la première fois une technique toute personnelle, incisant une fine ligne pour cerner les figures, modulant les chairs, diversifiant les drapés fins, plissés, complexes, agités de mouvements géométriques.
L'invention a été soutenue par la connaissance de modèles italiens. La position d'un personnage de la Déploration est analogue à l'un de ceux de la composition peinte sur le même thème par Rosso Fiorentino ; le corps du Christ s'apparente à une composition de Girolamo Francesco Mazzola dit le Parmesan ; les évangélistes manifestent une parenté avec des gravures  d'Agostino Veneziano. L'italianisme, qui alors domine à la cour avec Rosso puis Primatice, a exercé sa fascination sur Lescot et Goujon, lequel garde cependant son propre langage dans l'exécution : le refus de la perspective picturale, la subtilité des plans successifs dans une très fine matière. La dorure, qui à l'origine recouvrait les seuls personnages comme l'a démontré Guillaume Fonkenell, devait encore renforcer l'illusion des volumes."
Geneviève Bresc, directrice honoraire du département des Sculptures du musée du Louvre. 

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