vendredi 1 juin 2018

Jonathan Franzen, lecteur de Proust

"Il y a ce superbe passage dans Proust où Marcel parle de ce qui se passe quand on imagine le visage de celle qu'on a seulement aperçue de dos. Combien le visage invisible est toujours beau."
Jonathan Franzen, Purity, Points Seuil, 2017, p. 342.

Voici le passage :
"J'étais dans une de ces périodes de la jeunesse, dépourvues d'un amour particulier, vacantes, où partout - comme un amoureux, la femme dont il est épris - on désire, on cherche, on voit la Beauté. Qu'un seul trait réel - le peu qu'on distingue d'une femme vue de loin, ou de dos - nous permette de projeter la Beauté devant nous, nous nous figurons l'avoir reconnue, notre cœur bat, nous pressons le pas, et nous resterons toujours à demi persuadés que c'était elle, pourvu que la femme ait disparu : ce n'est que si nous pouvons la rattraper que nous comprenons notre erreur."
Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche Classiques, 1992, p. 419-420.

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